Zombi

Vendredi 6 juin 2008
Le Mot en Z.

Un matin, le monde se réveille et plus rien n'est pareil. Sans explication, les morts reviennent à la vie, condamnant les vivants à la survie. Chaque jour, chaque heure devient une lutte sans merci pour tenter de s'échapper de cette apocalypse. Jusqu'où irez-vous ?

Pour les amateurs de Romero, de Shaun Of The Dead, de Resident Evil et autres films de Zombis, voici la première histoire de l'Épisodier DesLyres : Le Mot en Z.
Quelques liens zombiesques en bande-dessinée :
Le Zombiblog
Eat It Fresh
Planet Zombi

Contr
aintes à respecter à chaque épisode :

Un auteur par semaine, minimum 500 mots (soit 2000 signes sans espace, environ une page word time 12 standard)

Chaque auteur s'approprie un personnage-fétiche qu'il est le seul à pouvoir faire mourir (s'il utilise ce pouvoir, il devra se désigner un autre personnage-fétiche). Dans sa partie, l'auteur doit obligatoirement faire mention de son personnage.

_ Rappelez-vous que dans un monde de Zombis, Il n'y a JAMAIS de bonnes solutions. (chaque situation, même la meilleure barricadés dans un supermarché avec des armes de pointes, n'est que temporaire et peut facilement se dégrader.)

Auteurs, personnages-fétiche et dates des futures épisodes (Il est possible à tout moment de s'inscrire pour cette histoire) :
 


Luma => Jam
Florent => Hélène
Par Deslyres
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 7 juin 2008

Zombi-Episode 1 : Sourire

 

 

 

Son nom est Nina Ichka. Un prénom doux, un nom de famille qui se crache. Personne ne l’appelle jamais par son prénom.

Ce qui lui convient très bien. Nina Ichka est une femme qui déteste l’humanité toute entière. Elle déteste les enfants parce qu’ils font du bruit et les vieux parce qu’ils n’en font pas. Elle déteste les amoureux parce qu’ils sont naïfs et les businessmen parce qu’ils sont cyniques. Elle déteste les hommes, elles déteste les femmes, elle déteste les chasseurs, elle déteste les végétariens, elle déteste les croyants, elle déteste les athées, elle déteste les chômeurs, elle déteste les travailleurs, elle déteste les gens qui ont les yeux bleus, ceux qui ont la peau noire, ceux qui ont un grand nez, ceux qui ont des petites épaules, ceux qui parlent, ceux qui respirent…

Nina Ichka a presque quarante ans aujourd’hui et parait bien plus âgée : jamais de sa vie elle n’a teint ses cheveux ni n’a pris soin de sa peau, et des mèches blanches parsèment sa chevelure brune coupée court, encadrant mal un visage sévère et ridé. Uniquement des rides de colère. Le visage de bois de Nina Ichka parait s’être figé il y a bien longtemps en un masque de fureur. Sans doute la colère de voir, autour d’elle, autant d’êtres humains s’ébattre en toute liberté. Elle est bloquée dans son indignation.

Mais si son visage est celui d’une vieille femme, son corps parait jeune et sain comme celui d’une championne olympique. Elle était grande et mince par sa nature, et a peu à peu ajouté des muscles à ses os longilignes, principalement en s'entraînant à la boxe. Personne n’osait lui faire face sur ce terrain, ce qui ne l’a pas empêchée, par provocations et manipulation, de défoncer le visage de nombreux adversaires. Elle est forte et aucuns travaux ne lui font peur. Heureusement pour elle, puisqu’elle vit seule, dans une maison loin de tout et surtout de tout le monde, sans téléphone, ni télévision, ni internet, et sans que le facteur n’ose mettre une roue de sa camionnette sur son chemin.

Nina Ichka vit en partie de sa propre production, et complète – pour ce qu’elle ne peut pas fabriquer elle-même ni faire pousser dans son jardin – en racketant ses voisins et tous les touristes sur lesquels elle peut mettre la main. Une fois qu’elle a trouvé ce dont elle a besoin, elle se sert, et si quelqu’un proteste, elle le tabasse. Personne ne porte plainte. Car ce n’est pas seulement la folie de Nina Ichka qui effraie. Ce sont surtout ses yeux. Deux vrilles de haine et de mépris lancés à la face du monde. Un regard impossible à soutenir. Un atroce scanner qui voit jusqu’au fond de l’âme de sa victime et lui affirme que oui, sans aucun doute, il vaut moins qu’un cloporte. Et qu’il sera tout à fait aussi facile à écraser.

Il ne fait donc aucun doute, dans le coin, que Nina Ichka est une sorcière et que porter plainte contre elle reviendrait à apporter le malheur sur toute sa famille pour des générations. Sans compter, plus prosaïquement, que le vol d’un bidon d’essence ou d’une hache neuve ne la conduirai pas en prison bien longtemps. Et qu’à son retour, si ce n’est pas sa magie qu’elle déclenche sur le délateur, ce sera la furie de ses poings. Des poings qui, dit-on, traversent l’écorce des arbres.

Et en plus, ajoutent les rumeurs, elle mange les petits enfants égarés.

(à ce stade-là, la narratrice ne peut confirmer ou infirmer, parce qu’elle a préféré ne pas vérifier.)

(en tous cas, Nina Ichka a un grand four.)

(taille 4 ans au moins)

Il faut donc le désespoir et la terreur la plus folle pour oser mettre un pied sur le terrain de Nina Ichka…

 

Désespoir et terreur folle, c’est bien ce qui a l’air d’arriver à ces quatre jeunes gens (Brenda, Joanna, Luc et Kévin) qui déboulent ce matin sur le chemin de Nina Ichka. Leur voiture fait un énorme dérapage incontrôlé dans la boue, devant la maison, et termine sa course brutalement arrêtée par un arbre. Alertée par le bruit, Nina Ichka attrape rapidement son fusil – toujours chargé – et sort voir. En l’apercevant sur le pas de la porte, la première fille, Joanna, se met aussitôt à hurler comme une possédée :

« A L’AIDE !!!!!!!!!!!!!!!! JE VOUS EN SUPPLIE, MADAME, AIDEZ-NOUS !»

Nina Ichka a souvent entendu appeler à l’aide quand elle apparaît, surtout quand elle apparaît avec son fusil, une imposante arme militaire qu’elle utilise pour chasser certaines grosses bêtes. Mais c’est bien la première fois qu’on la supplie de sauver qui que ce soit. L’espace d’un moment, elle se demande si ce sont des touristes qui s’imaginent poursuivis par un sanglier – avec les citadins, maudits soient-ils, tout est possible – mais très vite elle reconnaît les occupants de la voiture. Elle déteste tous ses voisins mais a une bonne mémoire. Il n’y a pas si longtemps, ceux-là étaient encore des gamins qui se lançaient comme défi d’oser approcher le plus près possible de la maison de Nina Ichka – ou peut-être pire, avec les campagnards, maudits soient-ils, tout est possible. Elle braque son arme vers eux et dit calmement :

_ Tirez-vous ou je vous tue.

Si Nina Ichka ne tire pas sur-le-champ, c’est bien pour éviter les ennuis avec la maréchaussée, et pour ne pas avoir à s’embêter des corps. La réaction des intrus la surprend. Ils sortent de la voiture. Oh, en pleurant et en suppliant, preuve qu’ils ne sont pas fous ni totalement dénués d’instinct de survie, mais ils sortent, alors qu’elle vient précisément de leur ordonner le contraire. Du moins, trois d’entre eux sortent. Le quatrième, Kévin, reste assis dans la voiture, respirant par des râles atroces. Les autres pleurnichent des histoires de monstres et morts qui tuent, d’abominables morts-vivants errant dans les rues à la recherche de cervelles à sucer et de morsures transmettant la maladie.

Nina Ichka est, pour sa part, une mauvaise vivante, et quelle que soit la chose encore plus terrifiante qu’elle – ce qu’elle demande à voir – qui a poussé ces gamins à venir l’emmerder, ils n’ont qu’à y retourner, ou sinon elle pourrait bien perdre patience et perdre son temps à enterrer quatre corps quelque part dans les bois. Tant pis pour les flics, elle fera l’effort de ne pas laisser d’indices derrière elle, ce ne serait pas la première fois.

Elle vise la voiture et tire.

Les filles hurlent, le garçon reste figé sur place et vide sa vessie. L’autre garçon, celui qui paraissait mal en point, se prend la balle en pleine poitrine, qui explose. Nina Ichka n’avait jamais testé cette arme sur un humain et elle trouve l’effet assez réussi. On sent que ça a été prévu pour.

Maintenant, elle doit se débarrasser des autres gêneurs avant qu’ils ne s’enfuient…

Mais avant qu’elle ait le temps de tirer à nouveau, Kévin, contre toute attente et malgré la garantie accompagnant l’excellent fusil, se redresse. Il a même l’air d’aller beaucoup mieux. On peut voir ses poumons bouger sous les cotes éclatées. Mais pas son cœur. Il perd du sang à gros bouillons. Ça n’a pas l’air de le déranger. Il peine un peu pour ouvrir sa portière, mais finit par sortir de la voiture.

Nina Ichka est assez surprise pour baisser légèrement son fusil. Ok, finalement, peut-être que les jeunes n’étaient pas des drogués cinglés ayant forcé sur les hallucinogènes et/ou les psychotropes. Elle marmonne pour elle-même :

_ Des morts qui tuent, hein ?

Les filles pleurent et s’écartent de la trajectoire de ce qui reste de Kévin, ce qui n’est pas difficile, étant donnée la lenteur avec laquelle il titube. Mais Luc reste pétrifié sur place. Arrivé à sa portée, Kévin bondit vers lui d’une façon étrangement plus souple et rapide – Nina Ichka note pour elle-même de se méfier de leur lenteur – et lui mord sauvagement la nuque.

_ Oh nooooooooooooooon ! gémit Brenda. Non, non, non, il est contaminé aussi, il va mourir, non, non, pitié, non…

_ Hé, Barbie ! lance Nina Ichka d’une voix méprisante. Comment ça se tue définitivement, ces machins ?

_ Je je je ne sais pas, je ne sais pas, ils se relèvent toujours, il…

_ Il faut exploser la cervelle, dit Joanna. Dans les films. En vrai, je ne sais pas.

Kévin est toujours très occupé avec Luc, qui ne hurle plus mais parait contempler le pire des cauchemars – alors que le pire des cauchemars est juste derrière lui. Un horrible bruit de succion s’élève distinctement dans le silence de la campagne. A la grande horreur de Joanna et de Brenda, Nina Ichka pose son fusil et rentre chez elle en claquant la porte. Les deux filles se précipitent pour tambouriner à la porte quand celle-ci se rouvre. Nina Ichka porte négligemment sur l’épaule une masse de bûcheron, pesant 4 kilos, qu’elle utilise ordinairement pour planter des piquets de ses bras puissants. Elle ignore les filles et s’avance vers les zombies.

La masse ne vaut rien comme arme : la force de son impact provient de son poids et ce même poids la rend trop lente à déplacer. En théorie.

En pratique, Nina Ichka lève la masse si vite qu’elle laisse une traînée noire dans l’air avant d’éclater d’un même geste les crânes de Kévin et de Luc, qui sont brutalement détachés de leurs colonnes vertébrales respectives et s’envolent. Les deux corps s’écroulent. Nina Ichka les enjambe, écrasant au passage ce qu’il reste d’une main, et va jusqu’aux têtes. La première a été arrêtée par un arbre. Le crâne a été fendu, la dure-mère aussi, et des morceaux de cervelle ont été projetés un peu partout. Pour plus de sécurité, Nina Ichka lève haut sa masse, le manche droit, et écrase ce qui reste dans un bruit atrocement mou. Puis elle part à la recherche de l’autre tête.

Une tâche difficile, même pour une chasseuse expérimentée comme Nina Ichka, car de hautes fougères, ronces et orties s’élèvent entre les arbres. Soudain elle sent que quelque chose lui agrippe la botte. C’est bien la tête de Luc, insuffisamment cabossée par le premier coup, qui tente de la mordre et qui a planté les dents profondément dans le cuir épais. Pas moyen de lui faire lâcher.

Nina Ichka choisi alors un arbre et donne un grand coup de pied dedans, fracassant la tête contre l’écorce.

Lorsqu’elle ressort des bois, elle voit les deux jeunes filles, terrorisées, agrippées l’une à l’autre et tremblant de tous leurs membres. Elles gémissent en la voyant revenir vers elles, la masse et la botte tachées de sang et autres résidus humains. Nina Ichka sent certains muscles inhabituels de son visage se contracter. Cet exercice lui a bien plus. Et, pour la première fois depuis des années, elle sourit.

Pour la première fois de leur vie, Brenda et Joanna voient Nina Ichka sourire.

Et elles hurlent de toute la force de leurs poumons.

 

Par Luma
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 14 juin 2008

Zombi-Episode 2 : Transfusion

 

 

 

Une décharge électrique lui parcourt l’échine. Ses yeux embués sont obstrués par le va-et-vient incessant de ses paupières. Il a froid, il a faim, il a mal. Dans sa main crispée glisse son téléphone portable, un doigt inlassablement collé au bouton des appels. Les larmes ne lui font plus aucun effet, coulant sans qu’il ne cherche à les éviter, à les empêcher de creuser son visage. Sur l’écran, toutes les dix secondes, le même prénom se met à clignoter, disparaissant à chaque fois sans que l’appel n’aboutisse.

“Joanna... Qu’est-ce tu fous... Joanna...”

Ses muscles se serrent, il a de la sueur collée sur toute la peau, comme une seconde couche d’épiderme. Il tremble, son pouls est fébrile et sa lèvre est marquée de longues traces de dents. Il ne sent plus rien derrière ce froid glacial qui le saigne intérieurement jusqu’aux os. Il ne sent même plus la morsure que sa mère lui a faite. Les chairs noires sont pourtant là pour le lui rappeler, suintantes par dessus le jean arraché. Il est assis dans le cagibi, le dos au mur, les jambes inutiles bien droites devant lui. Il s’est enfermé pour ne plus les voir. Son père, sa mère, son chien. Il les entend de temps à autres, reniflant de l’autre côté de la porte. Il a perdu la clef, pour ne plus pouvoir en ressortir. De l’autre côté, il y a aussi sa soeur et il ne veut pas être avec elle quand... Il espère qu’elle a eu le temps de se cacher, de se planquer dans sa chambre, sous son lit, la porte barricadée. Pour l’instant, la maison est encore fermée de l’intérieur et les autres, ceux de l’extérieur, ceux qui ont apporté ce mal, comme dans les films de zombis, ne peuvent pas entrer. Tant qu’il n’y a que sa famille au rez-de-chaussée, déambulant inlassablement, sa soeur ne risque rien. Si seulement ce fichu portable marchait...

“Allez... Putain, Joanna...”

Cette fois il sent ses larmes couler, des larmes pleines de sang qui lui rongent le visage. Il prend une grande respiration et la moitié de l’air aspiré reste coincé entre la bouche et la gorge, incapable d’aller plus loin. Il se sent glisser, sa tête heurte le mur. Des spasmes le secouent et ses sanglots reprennent de plus belle. Le portable. Il a perdu le portable. Il a glissé. Paniqué, il se met à cherche du bout des doigts le précieux appareil, en vain. Un fin filet de lumière perce encore sous la porte, d’où il peut voir leurs ombres à eux. Il y en a un d’ailleurs en ce moment, planqué là, de l’autre côté du pan de bois, guettant le moindre signe de vie pour venir l’arracher. Combien de temps est-ce que le bois peut tenir face à des ongles tenaces qui ne ressentent aucune douleur ?

Le portable, retrouver ce fichu portable. Dans un pénible effort il incline ses jambes pour se traîner en rond sur les deux mètres carrés du cagibi. Son portable est forcément là, quelque part, ayant glissé sous le balai, sous un pot de peinture ou les étagères. Ses doigts ne rencontrent que des morceaux de verres. Il ne ressent déjà plus la douleur. Il s’écroule, il n’a plus de force. Sans le portable, il n’a plus rien, plus aucun contact, plus moyen de secours. Il se recroqueville, les plis de sa chair meurtrie frottent contre le sol. Ça aurait dû lui faire mal. Il ne ressent déjà plus rien.

Un grand coup vient ébranler la maison et il sursaute. Nan, ce n’est pas possible ! Ils sont déjà là, Eux, ceux de l’extérieur. Et ils sont moins inoffensifs que ce que sont devenus ses parents. Il hurle, il s’entend hurler, sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche. Un grand coup, un autre, puis un fracas de verre et de bois. Qu’est-ce qui peut bien faire un tel vacarme ? Il n’ose même pas imaginer la taille du monstre capable de démolir une porte d’entrée. En plus, c’est stupide. Il y a plein d’autres endroits plus fragiles pour rentrer dans une maison. Il a eu le temps de s’en rendre compte une fois enfermé là-dedans. Il aurait dû barricader les fenêtres, briser les escaliers, mettre le feu au reste. Une cavalcade, des hurlements bestiaux, et les mêmes craquements assourdissants. Puis un coup de semonce et un silence abominable avale tous les bruits. Une arme à feu. Il ne sait plus ce que ça veut dire. Inquiet, il se redresse d’une main, aidé par une étagère, guettant à son tour les bruits du rez-de-chaussée. Et d’un coup, un hurlement humain, bien vivant :

“Brigade des Geeks ! Putain, Alexis t’es où ?”

Une porte de plus vient d’être démolie. Le vacarme se rapproche. Il ne peut y croire, il va être sauvé ! Il ne peut hurler mais ils vont bientôt être là. Tout le cagibi s’ébranle, un pot de peinture lui écrase la moitié de la tête. De la lumière. Un filet brisé vient pointer sur son torse. Il arrive de nouveau à voir les couleurs de son tee-shirt. Du jaune, du rouge, du noir... ce n’étaient pas les couleurs d’origine. Ses plaies purulentes s’avivent à la lumière et la douleur revient. Il hurle. Peut-être que ça c’est entendu. Une lampe torche l’éclaire. Où est passée la porte ? Il reconnaît la silhouette qui encadre la lumière. L’oncle Doc. Un ami de ses amis. Un ami d’un peu tout le monde, tant que l’on est étudiant et qu’on passe son temps à jouer aux cartes, aux jeux de rôles, à lire des bouquins de fantasy, de science-fiction, à regarder des films en tout genre... Un pilier des associations ludiques de la ville. Derrière lui, il aperçoit Jonathan, et peut-être Max. L’un d’eux pointe une lampe-torche et s’écrie :

“Oh putain !”

Mais l’oncle Doc coupe tout de suite l’effroi qui s’installe en le tirant par les pieds hors du cagibi. Il est à présent étendu sur la moquette du couloir. Sa mère ne sera pas contente, il met du sang partout. Et encore, si ce n’était que du sang. Il entend des mots, “t’inquiète”, “tiens bon”, “fichu mon gars”, “sortir de là”, mais rien ne parvient à remplacer l’état de béatitude qui l’envahit. Il ne sent même pas l’insertion des pinces métalliques dans sa chambre.

“Des tuyaux en caoutchouc, hurle l’oncle Doc, trouvez moi des tuyaux, ou des stylos billes, ou n’importe quoi qui y ressemble.”

Tout le monde s’affaire, ça bouge dans tout les sens. Affalé sur le dos, ça fait un moment qu’il ne comprend plus ce qu’ils essayent de lui faire. Il rigole, il sourit. Tout va bien. Il voudrait quand même parler de sa sœur, prévenir qu’il ne faut pas l’oublier. Il croit avoir désigné la porte de la chambre, d’ailleurs, mais il n’en est pas sûr, alors il recommence. Au bout de plusieurs tentatives, quelqu’un semble avoir compris et se met à casser la serrure avec un gros bélier portatif. Où est-ce qu’ils l’ont trouvé celui-là ? On dirait une vieille enclume toute allongée. Un cri, le gars qui vient d’entrer avait un fusil à pompe. Où est-ce qu’ils ont bien pu trouver tout ça ? Il voudrait poser la question, mais l’oncle Doc est occupé sur la jambe infectée. Il baragouine quand même un peu d’écume rouge, et l’autre jeune homme s’arrête deux secondes pour répondre :

“C’est la pagaille dehors. On peut trouver ce qu’on veut où on veut. Faut juste pas crever pour ça. Tu verras. T’as intérêt à venir voir, hein ?”

Mais il ne peut plus rien comprendre et l’oncle Doc s’en aperçoit. Sa mâchoire lui fait mal. Il n’arrive plus à la fermer. Sa petite soeur apparaît dans l’encadrement du couloir. Il tend une main mais il ne la voit pas apparaître dans son champ de vision. Eva a peur, elle se cramponne au chambranle de la porte. Elle pleure. Mais non, il ne faut pas. Tout va bien se passer. Regarde, il n’y a plus de douleur. L’oncle Doc vient de tout jeter contre le mur. Et ses poings avec, en hurlant :

“C’est pas possible ! Et merde, ça sert à rien ? On n’a pas réussit à en sauver un seul, merde !

_ C’était trop tard, murmure Jonathan.”

Il ne voulait pas être fataliste et s’en veut d’avoir prononcé de tels mots devant la petite sœur de son ami étendu là, sur la moquette. Il va falloir prendre soin de la petite, maintenant que son frère est mort et qu’ils ont éparpillé ses parents un peu partout sur les murs du rez-de-chaussée. Sans parler de la bouillie de chien qui traîne dans la cuisine. L’oncle Doc détourne le regard un instant, puis revient au cadavre. Il lui ferme les yeux et demande à avoir le fusil à pompe. C’est leur seule arme, pour l’instant. Il ne faut pas gâcher les munitions. Il y a trop de monde à protéger avec. Et maintenant, il y aura Eva dans le lot. Il attend, du haut de sa carrure d’ours, le fusil pointé vers la tête. Il demande à tout le monde de s’écarter, pour que le sang infecté ne les atteigne pas. Il réajuste son imperméable. Quelque chose le gratte dans sa botte, mais il n’a pas le temps de se laisser distraire. D’un instant à l’autre le cadavre allait recevoir une décharge électrique, se réveillera, comme les autres. Et il faudra l’abattre, comme les autres. Un ami de moins, un humain de moins. Pas question d’en faire un ennemi de plus.

Bam. Il a à peine sursauté quand le visage s’est agrippé par les dents au canon du fusil. Eva s’est mise à hurler. Il avait pourtant demandé à ce qu’on l’écarte. Des larmes demandent à être libéré mais l’oncle Doc ne peut se permettre de les essuyer avec ses doigts plein de sang contaminé. Il devra attendre d’avoir pu les laver, d’être en sécurité, d’avoir mis tout le monde en sécurité.

À se moment là un portable se mit à vibrer. Leurs portables ne vibraient quasiment plus depuis quelques heures, sauf une fois de temps en temps, pour recevoir l’un de ces appels qui les conduisaient trop tard au secours des amis ayant survécu. Ils vérifièrent qu’il ne s’agissait pas de l’un de les leurs, puis se mirent à chercher l’origine du bruit. C’était là, dans le cagibi. Avec précaution, Jonathan le fit glisser sur le parquet, l’attrapant avec sa main gantée. Il relève soudain la tête et murmure :

“C’est Joanna.”

Par Florent
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 22 juin 2008

Zombi-Episode 3 : Fleurs

 

 

 

Nina Ichka a réfléchi en contemplant les cadavres de Luc et de Kévin. Elle a réfléchi plus encore en écoutant les récits de Brenda et de Joanna, entrecoupés de sanglots. Après quoi elle a pris le temps pour peser chacune des possibilités s’offrant à elle– car Nina Ichka a beau être rapide comme la foudre, jamais elle ne prend une décision à la légère. Elle a même laissé les deux jeunes filles dormir dans la voiture accidentée. Et le lendemain matin, sa décision est prise.

Joanna se réveille avant son amie et décide d’aller parler à la terrifiante Nina Ichka. La situation ne peut plus durer : elles n’ont rien à manger ni à boire, alors que la maison est à quelques mètres à peine. Non, pour rien au monde elle ne retournerait au monde ‘civilisé’ ni à l’épidémie qui le ravage. Mais elle préfère mourir d’une balle dans la tête que de faim. La vie ne lui parait pas offrir de grands attraits à présent que tous ses proches sont morts et que son univers a sombré dans le chaos. Elle est prête à tenter le tout pour le tout.

Elle s’apprête à frapper à la porte quand Nina Ichka en personne l’ouvre, portant un chalumeau et des plaques de métal. Elle parait de bonne humeur : entre le crachat et le grognement, elle parvient à grommeler des mots compréhensibles.

« Où elle croit aller la Barbie ?

_ Je… Je… pardon, madame Ichka, mais nous nous nous aurions besoin…

_ Fous le camp. Tu m’empêches de passer.

_ Mais nous ne pouvons pas retourner en arrière !

Joanna laisse le passage à l’irascible chasseuse et ajoute en suppliant :

_ Pitié, nous n’avons pas de quoi manger.

_ Chasse.

Nina Ichka poursuit son chemin jusqu’à un hangar dont elle ouvre la porte d’un coup de pied vigoureux.

_ Mais nous… bredouille Joanna. Je vous en supplie ! Nous sommes peut-être les dernières survivantes de la Terre ! Nous devons nous entraider !

_ Les dernières ? Ça serait trop beau.

_ Mais… laissez-nous au moins entrer dans votre maison !

_ File. »

Joanna décide de prendre ce dernier mot pour une autorisation et se précipite à l’intérieur. La maison de Nina Ichka, outre le grand four célèbre auprès des petits enfants de la vallée, contient de nombreux appareils neufs et un mobilier pratique et confortable, pillé ça et là dans les maisons avoisinantes. Près de la porte un grand râtelier propose un choix de quatre fusils. Dans la cuisine un bel assortiment de couteaux étincelle sur le bloc magnétique. Joanna ne va pas voir plus loin. Elle n’ose pas voler une arme à Nina Ichka mais prend précipitamment dans le frigo et les placards ce dont elle a besoin avant de courir à la voiture, piètre refuge où elle reste quelques minutes à trembler avant de parvenir à ouvrir la bouche.

« Qu’est-ce qu’elle a dit ? lui demande anxieusement Brenda. On peut rester ?

_ Non, je ne crois pas… Je ne sais pas… Oh mon dieu, pourquoi ils ont tous disparus ? Qu’est-ce qu’on va faire ?

_ Ton téléphone a marché.

_ Quoi ?

_ Cette nuit. Tu n’as pas entendu ?

Joanna se précipite sur le précieux appareil, qui la veille encore refusait de fonctionner. Rien sur le répondeur, mais il signale dix appels en absence, tous venant de la même personne. Joanna crie :

_ C’est Alexis ! Alexis est vivant !

Brenda est parfaitement indifférente à cette nouvelle.

_ Alexis est vivant et m’a appelée ! insiste Joanna. Il y a des survivants ! On peut se réfugier là-bas ! Ils ont peut-être traversé la maladie !

_ J’y retourne pas, marmonne Brenda.

Joanna l’ignore et appelle fébrilement son ami.

_ Allô ? Alexis ?

Mais c’est un autre qui décroche, un autre qui murmure à d’autres personnes encore :

_ C’est Joanna.

_ Qui… qui vous… où est Alex ?

_ Je suis désolé, Joanna. C’est Jonathan. Je suis avec Max et l’oncle Doc, tu préfères leur parler ?

_ Alex ! Je veux parler à Alexis !

_ Navré, Jo. On ne peut pas…

_ Il m’a appelée !

_ Il est mort il y a quelques minutes. Vraiment mort. Ce n’est pas un zombi. On a fait le nécessaire.

Joanna croyait que rien ne dépasserait en horreur tout ce qu’elle a vécu. Elle croyait Alexis et les autres déjà morts depuis des jours. Et pourtant, ce n’est que maintenant, à cet instant précis, que la petite partie d’elle-même encore normale se brise définitivement. Alexis est mort et le nécessaire a été fait, sa cervelle a explosé, paix à son âme. Maintenant, Joanna peut gémir et se recroqueviller sur elle-même comme Brenda, ou renoncer à ce qui lui reste d’humanité et agir. Comme Nina Ichka.

Elle ferme les yeux.

_ Vous êtes où ?

_ Chez Alexis.

_ J’arrive.

_ Ne fait rien de dangereux.

_ J’arrive. »

Joanna éteint son portable et retourne au hangar. Elle a bien vu qu’il abrite un véritable monstre automobile, grand comme une camionnette, haut comme un tracteur, puissant comme un 4x4, solide comme un tank, le légendaire Requin de Nina Ichka. On raconte dans le coin qu’elle a déjà tué un taureau avec cet engin, percutant la bête grâce à l’énorme pare-buffle qui encercle toute la voiture, puis lui roulant dessus de ses monstrueuses roues aux jantes acérées. Une fois la bête à terre Nina Ichka avait coincée une roue sur son cou et l’avait fait tourner – rien qu’une – jusqu’à égorger le taureau déjà moribond. Malgré le luxe de détails, Joanna avait toujours douté de cette histoire, Nina Ichka n’ayant en principe rien contre les animaux, à part son appétit. Mais à présent qu’elle voit de ses yeux le fameux Requin, elle y croit. Peut-être que le taureau avait regardé Nina Ichka de travers.

L’aspect terrifiant de l’engin est augmenté par la lumière du chalumeau qui fait briller son pare-buffle massif et laisse le pare-brise dans l’ombre, donnant l’impression d’une immense gueule aux dents pointues surmontées d’yeux sombres et déments. Ça, et le fait que Nina Ichka soit en train de fixer des piques de métal sur le pare-buffle. Des piques acérées comme les jantes l’étaient déjà. L’engin est en train de passer de Requin à Porc-épic géant.

Joanna n’a pas besoin de rassembler son courage. Sa peur est morte. Toute envie de lutter contre son horrible destin a disparue. Il ne reste face à elle que l’évidence : elle doit monter à bord.

« Nina Ichka, emmenez-moi !

Nina Ichka continue de souder avec application.

_ Je peux vous être utile ! Je peux surveiller vos arrières ! Recharger vos armes ! Voler de l’essence pour vous ! Je n’ai pas peur. Je suis prête à tout pour vous aider, si vous m’emmenez. Je peux vous servir d’appât ! Je sais que vous partez pour chasser les zombis. Je viens de recevoir un appel, je sais où on peut en trouver un grand nombre.

_ Ferme-la.

En disant ces mots, Nina Ichka lance un morceau de fer sur Joanna, qui l’esquive tout juste : la pointe ne fait que lui écorcher l’épaule avant de planter dans le mur du hangar. Ce n’était qu’une pointe de métal, pas un couteau. Pourtant Nina Ichka l’a lancé avec habilité et force. Joanna est de plus en plus persuadée qu’elle est la seule à pouvoir l’aider. Elle réfléchit fébrilement : comment convaincre la sorcière qui déteste tout le monde et n’a besoin de personne ?

_ Je la bouclerai. Je ne dirais pas un mot et je vous obéirais en tout. Vous m’entendrez à peine respirer.

Pour prouver ses dires, Joanna s’assoit contre le mur et reste immobile et silencieuse. Elle voit le regard en coin de Nina Ichka et sait qu’elle est évaluée. Brusquement, la femme lui aboit un ordre. Joanna saute sur ses pieds et obéit. Puis elle retourne à sa place. Jusqu’à l’ordre suivant. Ça dure plusieurs heures. Nina Ichka achève de transformer le Requin en arme lourde, capable aussi bien de défendre que d’attaquer, bourré jusqu’à la gueule de provisions, de matériel divers et surtout d’armes hétéroclites. Nina Ichka part en chasse et son gibier est humain. Sa préparation est minutieuse et elle compte bien faire un beau score.

Enfin elle met le Requin en marche et dit à Joanna :

_ Grimpe.

Puis elle ressort. Joanna préfère ne pas descendre de l’engin, au cas où elle changerait d’avis. Mais Nina Ichka n’est pas du genre à changer d’avis quand elle a pris une décision. Et là, elle va s’amuser mais elle compte bien revenir, aussi elle attrape Brenda, l’extirpe de la voiture accidentée, la hausse jusqu’à ses yeux, et lui dit :

_ Je pars mais je reviendrais. Surveille la maison. Si quelqu’un s’approche, bute-le. S’il y a le moindre bordel ici quand je rentrerai, je t’écorche vive. C’est clair ?

Brenda n’arrive pas à répondre mais hoche frénétiquement la tête.

_ C’est bien, gentille Barbie. »

Nina Ichka la repose et retourne au Requin. Tout en démarrant, elle prévient Joanna :

_ Si jamais tu parles sans que je te le demande, je t’arrache la langue. Si tu me désobéis, je t’explose. C’est clair ? »

Joanna hoche la tête résolument. Nina Ichka est plutôt satisfaite. De toutes les créatures diverses composant l’humanité honnie, les muets lui ont toujours inspirés une haine légèrement plus faible que les autres. Et l’idée d’avoir un appât à zombis lui plaît bien. Elle prévoit une belle chasse.

 

L’engin est énorme mais la fluidité avec laquelle il glisse sur la route mérite bien son surnom du Requin. Le bitume est désert, à l’exception ça et là de voitures abandonnées et souvent accidentées, à bord desquelles des blessés contaminés sont sans doute morts et revenus à la vie. De temps à autre Nina Ichka en percute une, pour le plaisir de l’envoyer dans le fossé. Elle a laissé les pare-chocs des ailes de Requin dépourvus de piques et sait faire de longs dérapages pour frapper de coté. Le seul avantage qu’elle tire de tout ça, c’est de ne pas s’ennuyer. Le trajet est long et, à ses yeux, plutôt monotone. Joanna pour sa part souffre de voir le paysage détruit qui s’offre à elle et angoisse de voir que Nina Ichka ne se rend pas dans la bonne direction. Mais, fidèle à sa promesse, elle ne dit rien.

Finalement Nina Ichka sort brutalement de l’autoroute et prend un raccourci à travers champs pour se diriger vers une maison en flamme. Joanna met quelques instants avant de distinguer, à la lueur rouge du coucher de soleil, ce qui a motivé ce détour. Six zombis rôdent. Des prédateurs, pour les humains ordinaires. Des proies, pour Nina Ichka. Elle fonce sur eux puis s’arrête juste avant de les heurter, dans un grand crissement de pneu. Elle attrape à l’arrière un long étui de cuir et saute de la voiture sans prendre la peine d’éteindre le moteur. Les monstres s’arrêtent dans leurs déambulations et tournent la tête vers elle. Ils ne prêtent aucune attention au menaçant Requin. C’est la chair fraîche et le sang chaud qui les attire. Nina Ichka dégaine la longue lame de son épée qui rougeoie sous le soleil, comme si elle savourait à l’avance le sang qu’elle allait verser. Puis elle charge.

Nina Ichka a toujours considéré sa collection d’épées, de sabres et autres armes blanches comme un passe-temps, une preuve de plus que le seul intérêt de l’humanité était d’inventer les moyens de se détruire. Elle les a néanmoins toujours soigneusement aiguisées et n’a gardé que les épées de combat, solides et équilibrés. Elle ne voit pas l’intérêt des épées décoratives.

D’un geste souple et rapide elle décapite une femme qui s’apprête à la mordre, d’un coup de pied elle jette le corps inanimé sur les suivants. L’un des zombis est sans doute mort depuis longtemps, il tombe presque en morceaux. Le suivant est encore alerte et musclé. Les trois autres trépignent derrière eux sans avoir l’intelligence de les contourner pour encercler Nina Ichka. Elle tient son épée haut-dessus de sa tête, attendant que ses proies soient suffisamment près d’elle. C’est le zombi putréfié qui arrive le premier. Elle le fend en deux d’un seul gigantesque coup, traverse tout son corps du crâne au pubis et finit par enfoncer son épée dans la terre. Trop fort. Le zombi plus costaud se jette sur elle. Elle a tout juste le temps d’arracher l’arme au sol et de lui couper les jambes. Le monstre tombe dans un grognement surpris. Les deux zombis au sol tentent de ramper pour mordre Nina Ichka qui recule de deux pas, guettant les deux autres prêts à enjamber leurs compagnons pour venir la dévorer.

Il en manque un. Un qui a eu l’intelligence – ou l’instinct – d’éviter le danger et qui se met à gratter à la portière de Joanna. Les pointes qui la protège s’enfoncent dans sa chair et en arrache des lambeaux, sans qu’il cesse de secouer l’engin et de tenter de déloger la porte. Joanna ne perd pas de temps à hurler. Elle va à l’arrière et attrape un revolver. Elle ne s’en est jamais servie mais ça ne parait pas compliqué. Elle entrouvre sa vitre, glisse le canon de l’arme dans l’entrebâillement et vise approximativement la tête du zombi. Elle tire. Un déclic se fait entendre – et c’est tout. Le zombi met ses doigts dans l’ouverture et tente d’ouvrir la vitre de force.

Pendant ce temps Nina Ichka a décapité un autre zombi avec la même facilité que le premier mais éprouve quelques problèmes avec le suivant, une femme encore assez solide malgré sa mâchoire manquante, qui tient un panneau stop encore accroché à son poteau, et s’en sert pour se protéger. Elle est incapable de frapper Nina Ichka assez vite pour la toucher, mais elle ne souffre pas des nombreuses éraflures que l’épée creuse sur ses bras et ses flancs.

Nina Ichka se fend et plante sa lame dans le ventre de la zombie qui tente d’en profiter pour lui mordre le bras. Trop lente. Nina Ichka retire l’épée dans un grand moulinet qui arrache la moitié du ventre de son adversaire et vient prendre en crochet le poteau qu’elle lui arrache des mains. Ainsi désarmée, la zombie tente un saut étonnamment rapide, dents en avant. Sa tête roule avant qu’elle ait achevé son geste.

De son coté, Joanna tente de frapper le zombi à coups de crosse, mais il se fiche complètement des coups qui martèlent ses doigts et son crâne et tente de mordre la main heureusement trop rapide pour lui. Mais la vitre sur laquelle il s’appuie de toute sa force baisse de plus en plus, en dépits des efforts de Joanna pour la remonter.

Nina Ichka est occupée à achever le zombi dont elle a déjà coupé les jambes. Il est encore fort et l’épée ne lui arrache que des lambeaux de peau, il bouge trop vite pour qu’elle ait le temps de trancher le cou. Ses deux moignons de jambe s’agitent pour aider la masse du zombi à se projeter en avant pour mordre. En même temps, les deux moitiés du deuxième zombi, chacune encore connectée à sa moitié de cerveau, rampent de leur mieux sur l’herbe, freinées par l’amas putréfié des organes internes qui s’accrochent au sol. L’une de ses moitiés parvient  à s’accrocher à la jambe de Nina Ichka, qui le décapite avant qu’il n’ait eu le temps de mordre. Le cul-de-jatte prend alors appui sur ses bras puissants pour sauter à la gorge de Nina Ichka. Grave erreur d’attaquer ainsi la tête en avant. Il est décapité avant que ses dents aient pu effleurer les vêtements de Nina Ichka. L’autre moitié de zombie qui traînait encore est achevée d’un coup de talon dans la cervelle à nu.

Elle retourne à la voiture.

« Recule, prévient-elle.

Joanna obéit sans réfléchir. Tant mieux. Nina Ichka embroche par l’arrière la tête du zombi, qu’elle écarte délicatement du Requin. La créature grogne et râle, agitant les bras dans une tentative maladroite de se débarrasser de la lame, trop atteint pour parvenir à bouger correctement, mais pas assez pour mourir définitivement. Nina Ichka regarde le revolver couvert de sang que Joanna tient à la main.

_ Donne, dit-elle.

Elle prend l’arme de la main gauche, enlève le cran de sûreté d’un geste du pouce, retire son épée et tire. Le cerveau du zombi explose.

_ Prend la masse, dit Nina Ichka, et achève les têtes. »

Comme un somnambule, Joanna obéit. Elle n’a pas peur et a l’impression de percevoir le monde normalement, mais tous ses gestes lui paraissent ralentis, comme si elle devait se frayer un chemin dans de la gelée. Comme un cauchemar. Et comme tâche absurde et cauchemardesque, détruire des crânes de zombis à la masse, c’est presque classique. Joanna a un peu du mal au début, elle freine la masse pour viser correctement ou frappe à coté, mais peu à peu elle parvient à attraper le coup de main et achève rapidement son horrible besogne. Nina Ichka est déjà retournée dans le Requin. Elle jette un carnet à Joanna qui s’assoit.

_ Tiens. Note que j’en ai dégommé six.

Dans le carnet, Joanna voit des symboles qui paraissent classés par genre, mais rien qui ressemble à un zombi.

_ C’est les fleurs, précise Nina Ichka. Je trouve que lorsque leurs tronches éclatent, ça fait une très jolie fleur de sang. J’aime ça. C’est poétique.

Joanna tombe en effet, en fin de carnet, sur une page contenant deux fleurs. Luc et Kévin. Méthodiquement et toujours parfaitement silencieuse, elle en ajoute six. Nina Ichka démarre.

_ Tu m’as dit que tu connaissais un endroit où il y en a plein, c’est ça ?

Tentant de cacher la lueur d’espoir de ses yeux, Joanna hoche frénétiquement la tête.

_ Entre l’adresse dans le GPS, j’ai envie d’essayer avec la faux. »

 

Par Luma
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 1 juillet 2008

Zombi-Episode 4 : Langage des murs

Le crissement des ongles trompait le silence. Max, le front contre une bande du store, épiait les mouvements de la rue, les yeux à quelques millimètres du verre acrylique de la fenêtre. Il y avait peu de jour entre les planches de bois et le store pour pouvoir surveiller l’extérieur. À quelques mètres derrière lui l’oncle Doc, juché sur le canapé, tenait le fusil à pompe droit sur la porte d’entrée défoncée, rafistolée à la va-vite. Ils devaient pouvoir l’enlever en vitesse pour déguerpir à l’arrivée de Joanna. Jonathan quant à lui s’était retranché derrière le muret de la cuisine avec Eva, passant le temps à dessiner ou à d’autres jeux pour qu’elle ne panique pas. Elle devait déjà parfaitement avoir compris ce qui se passait, mais tant qu’ils pouvaient lui donner l’illusion d’un peu de civilisation, ce serait toujours ça de gagné. Parce qu’une fois à l’extérieur, tout ça volerait en miettes.

La ville avait immédiatement été ravagée par la première vague. Une demi-journée avait suffi pour mettre hors-service la majeure partie des infrastructures. La télévision, la radio, les connections internet, tout avait périclité en quelques heures, jusqu’à ce que l’électricité ne passe plus. Le centre-ville n’existait plus. Seuls les satellites, intouchables, continuaient de connecter les gens entre eux. Quand il s’agissait encore d’humains. Et encore, les relais terrestres allaient finir par tomber en panne, ou être ravagés à leur tour. Après la technologie et le chaos des morts-vivant, c’étaient les humains qui s’étaient mis à aller de travers. En arrivant jusqu’ici, ils avaient croisé quelques gangs en repérage. C’était leur seul moyen de se mettre en résistance, de faire front à l’ennemi. Les honnêtes gens allaient tout bonnement disparaître. Il n’y aurait bientôt plus que des fuyards poursuivis, des cadavres morts de faim, et des salauds armés jusqu’aux dents. Et il allait falloir se trouver une place parmi tout ça.

Revenant à Max, l’oncle Doc l’entendit marmonner :

“Même pas deux jours... ça fait même pas deux jours... et il y a déjà plus personne. C’est plus qu’une masse de... de... putr... de dégueulasserie... Y a plus personne.”

L’oncle Doc espérait que le reste du pays n’avait pas été ravagé aussi vite. Quelqu’un devait avoir organisé quelque chose de plus gros comme résistance. L’armée avait des bunkers, des scénarios catastrophes, de quoi faire face. Et toutes les villes n’avaient pas forcément été touchées aussi durement. Tout ce qui leur restait à faire était d’attendre. Sauf qu’il n’y avait rien de plus périlleux qu’attendre dans ce nouveau monde ravagé.

“T’es sûr qu’elle va venir ?

_ Elle a dit qu’elle arrivait, protesta Jonathan sans se lever.

_ Elle a dit qu’elle arrivait, répéta l’oncle Doc d’un ton monocorde.

_ Ben elle arrive pas.”

Cette seule remarque en disait long sur l’état d’esprit dans lequel Max sombrait petit à petit. L’oncle Doc allait répliquer par une cinglante remarque mais cela n’aurait rien arrangé. Il ne fallait pas laisser les choses s’envenimer. Max avait été le premier à se porter volontaire pour aller secourir les autres. Du petit groupe qu’ils étaient, seuls lui et Jonathan l’avait suivi, les autres se cherchant un meilleur abri. Et pour économiser les batteries de portable, plus personne n’était joignable. Ils ne communiquaient plus que par sms ou par répondeur, messages envoyés et reçus une fois toutes les six heures. Et par mur. C’était Max qui en avait eu l’idée. Les zombis n’étaient guidés que par leur attrait à la chair vivante, au sang. Ils ne pouvaient rien lire si les humains se laissaient des messages taggués de mur en mur. Il suffisait juste de se mettre d’accord sur le mur qui servirait à la communication, pour que les pillards ne tombent pas dessus. Ils avaient alors opté pour la façade de la cabane de l’oncle Doc, à proximité du Parc Clemenceau. Les lieux étaient infestés de zombis depuis leur fuite précipitée de la veille, mais il pouvait se voir de loin si l’on en connaissait l’existence.

“Suffirait de lui laisser un message, à elle aussi.”

L’évidence que Max venait de soulever s’était déjà imposé à l’oncle Doc. Ils ne pourraient plus rester très longtemps en embuscade, à attendre l’arrivée hypothétique de Joanna. Elle pouvait avoir du retard, elle pouvait de ne pas arriver vivante, elle pouvait... Il y avait tellement d’aléatoire, et tellement de cadavres ambulants dans les parages que chaque minute allait se révéler critique.

“Il t’en reste assez ?

_ De temps ou de peinture ? laissa Max en suspens avant de répondre, une demi-bombe.”

L’oncle Doc se mordit la lèvre et leva son imposante carcasse du canapé. Il alla jeter un coup d'œil à la fenêtre, puis à la petite sœur d’Alexis qui restait sage. Elle n’avait que huit ans selon Jonathan. Il se frotta les yeux. La fatigue commençait à se faire sentir. Il revint vers Max pour lui demander :

“Mais où aller ? Soit on repasse par le centre-ville pour jeter un coup d'œil au mur de la baraque, soit on se trouve une bonne planque pour laisser passer un peu de temps. T’as pas l’air bien frais toi non plus.

_ Trop risqué le centre-ville...

_ Mouais. J’arrête pas de penser à un truc depuis ce matin, tu me donnes ton avis : si l’électricité s’est barrée, le reste va pas tarder à foutre le camp. Pour l’instant on a encore de l’eau, mais imagine qu’il y ait un accroc à la station d’épuration. Y aura plus moyen de trouver une source potable en ville. Et d’un autre côté, ça doit être assez bien barricadé comme infrastructure, nan ? Je pense que ça pourrait faire une bonne étape, pour quelques jours.

_ Pas bête... On le laisse où le message ?

_ Tu penses aussi que c’est une bonne idée ? On pourrait passer demain au parc, voir si les autres sont passés eux aussi et leur laisser un message pour les rapatrier à la station. En supposant que ce soit viable, évidemment. Mais si on sécurise la station, on aura un bon endroit pour se rapatrier et rameuter du monde. Et si les machines lâchent, on sera sur place pour réparer tant que ce sera réparable.

_ Tu sais réparer les stations d’épuration, toi ?”

L’oncle Doc ne sut quoi répondre. Son idée restait logique. Son idée était faisable. Et c’était la seule idée sur laquelle ils pouvaient encore compter. Ils s'aperçurent que Jonathan les avait rejoints. Eva les regardait de ses grands yeux verts, sans comprendre ce qui se tramait.

“Je trouve ça pas mal, moi aussi, répondit juste le troisième garçon.”

L’oncle Doc hocha alors la tête, vérifia que le fusil à pompe était bien armé, et chercha le meilleur mur où laisser un message. Max le suivit, la tête basse, secouant ce qui restait de peinture dans sa bombe. Alors que les lettres rouges apparaissaient sur la belle tapisserie à fleur de l’escalier, Max se mit à marmonner :

“Brigade des Geeks... l’avait de l’humour... La Brigade... n’importe quoi... y a même plus personne pour l’écouter ta blague...”

Il rejoignit rapidement le reste du groupe, accolé à la porte défait de ses gonds. Prenant une grande inspiration l’oncle Doc prépara son coude pour faire tomber le battant et déclama, plus pour lui que pour donner du courage aux autres :

“On peut décoller.”

Par Florent
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 7 juillet 2008

 

Zombi-Episode 5 : Soleil

 

 
 

Nina Ichka la guerrière sanguinaire et Joanna son esclave muette entrent dans la ville à bord du Requin. Le nombre de véhicule abandonnés augmente à chaque tour de roue et malgré la manière redoutable du Requin de se tracer un chemin, circuler devient difficile. Joanna n’avait pas pensé que le point faible du Requin est justement son apparente invincibilité : son blindage et ses protections acérées tiennent beaucoup de place et sont lourdes. Pour se déplacer, il faut beaucoup d’espace et d’essence. Pour le moment Nina Ichka n’a aucun mal à voler l’essence nécessaire mais l’espace manque cruellement dans la ville abandonnée. Joanna se mord la lèvre pour empêcher le moindre son de lui échapper, craignant plus que tout de voir Nina Ichka décider de faire finalement demi-tour. D’autant plus qu’il n’y a pas le moindre zombi en vue. Pour la première fois, Joanna espère de toutes ses forces la venue des atroces morts-vivants. Elle est encore trop loin de chez Alexis pour s’enfuir et tenter de rejoindre les autres par ses propres moyens.

Nina Ichka roule sur une moto dans un atroce grincement de métal et commence à vraiment s’énerver. Joanna a appris à reconnaitre les différents jurons de son irascible protectrice – le juron marmonné qui indique la concentration, le juron craché qui indique la satisfaction, le juron mâché qui indique la colère – et elle sait qu’elle doit agir vite avant que Nina Ichka ne se calme les nerfs à coup de pioche dans la tête la plus proche, c'est-à-dire la sienne. Agir en silence, pour ne pas énerver encore davantage cette psychopathe. Elle attrape le GPS pour tenter de trouver un passage qui ne serait pas encombré de voitures. Et la  précieuse machine l’abandonne. Les satellites se conduisent bizarrement – dans doute parce qu’il n’y a plus personne au sol pour leur donner des ordres, se dit Joanna avec pessimisme – et celui relié à ce GPS a estimé qu’après plus de six heures de bons et loyaux services, il pouvait se mettre en rade sans scrupules. Pile lorsque l’engin est entre ses mains. Comme s’il cherchait sciemment à déchainer sur elle la colère de Nina Ichka.

Mais la guerrière ne lui prête aucune attention et arrête le Requin dans un grand crissement de ferraille. Elle fait un signe impatient à Joanna pour qu’elle descende et aboie un « Fusil ! » pour que son esclave lui apporte son arme. Joanna ne sait pas faire la différence entre un fusil, une carabine ou une mitraillette – pour elle ce sont tous des engins de mort au canon long – et dans le doute elle attrape tous ceux qui lui tombent sous la main. Nina Ichka en prend un et part dans les rues sans un regard en arrière. Joanna attend quelques secondes sans savoir quoi faire, puis elle décide de partir elle aussi. Après tout, Nina Ichka ne lui a pas demandé de garder le Requin ni de la suivre, elle est libre de faire ce qu’elle veut. Elle prend l’un des fusils restant de Nina Ichka en espérant bien arriver à s’en servir le moment venu, glisse le revolver dans sa poche, une faucille à sa ceinture – une faucille allongée comme un sabre, avec juste un léger crochet à son bout, une arme facile à manier et sans doute efficace – et prend la route à son tour. Aller chez Alexis à pied devrait lui prendre une bonne heure et avec beaucoup de chance elle ne fera pas de mauvaises rencontres.

Sous le soleil de plomb, sautant bruyamment de voiture en voiture, Nina Ichka cherche de nouvelles proies. Elle se demande aussi comment capturer des zombis et les contraindre à dégager les rues pour elle. Pour le moment elle ne fait qu’explorer, son fusil est là pour la protéger, elle ne compte pas commencer son élevage tout de suite. Mais elle y réfléchit. Elle est à des kilomètres de penser que quelques restes de l’humanité détestée sont encore là et une autre qu’elle aurait été prise par surprise dans l’embuscade qu’ont dressée des survivants. Elle aperçoit juste à temps le reflet du soleil sur les lunettes de l’un d’entre eux, bien camouflé pourtant, mais qui ne pouvait pas couvrir ses yeux. C’est ce qui l’a trahi. Sans montrer qu’elle a vu ce qui l’attend, Nina Ichka continue à avancer, guettant l’air de rien la rue faussement paisible. Elle en repère deux – dont celui aux lunettes – tapis dans les ombres entre les poubelles, le canon de deux revolvers pointant légèrement hors de vieux cartons. Un autre – une autre, mais Nina Ichka se moque de ce genre de détails – sur le toit d’un petit immeuble, avec un fusil de sniper. Deux autres derrières les voitures, sans armes apparentes. L’un d’eux surgit brutalement au-dessus de la marée de carcasses métalliques et crie :

« Arrête-toi la vieille !

Nina Ichka s’arrête.

_ Pose ton arme ! continue l’homme. T’as aucune chance, laisse tomber ces enculés de Zgeg et rejoins-nous !

Ainsi ils étaient en train de guetter une bande rivale. Nina Ichka a pris sa décision. Ils sont cinq contre une, dont trois armés.

Elle commencera par la fille en hauteur.

La balle qu’elle lui envoi explose son front. Nina Ichka roule sur elle-même avant que les types planqués n’aient commencé à tirer. Elle n’a aucun mal à les abattre tous les deux. Celui qui était caché entre les voitures se met à courir et elle défonce deux vitres avant d’arriver à le toucher à l’épaule. Il s’écroule entre les véhicules. Nina Ichka saute nonchalamment de toit en toit jusqu’à être au-dessus de lui, et l’achève. Toute la bataille n’a duré que deux minutes. L’homme qui lui parlait, celui qui a eu le courage – l’arrogance folle, selon Nina Ichka – de se dresser devant elle sans armes n’a pas bougé. Il a juste mouillé son pantalon. Il bredouille des mots sans suite, incapable de comprendre que tous ses alliés sont morts et que sa propre vie ne tient plus qu’à un fil.

Il ne bouge pas quand Nina Ichka vient jusqu’à lui et l’attrape par le col de sa chemise. Il regarde droit dans les yeux la Mort en marche. Et quand elle lui dit « à genoux » il obéit. Nina Ichka se fiche des signes se soumission, mais elle déteste devoir lever la tête pour parler aux gens, et ce type est plus grand qu’elle.

_ Combien il y a de survivants, ici ?

_ Je…je… je ne sais pas, je crois, je crois que, une dizaine, j’en ai vu, une dizaine, peut-être plus dans les appartements, des barricadés, mais j’ai vu, j’ai vu, une dizaine.

_ Qui d’autre que toi ?

_ Les Zgegs. Je ne sais pas leur vrai nom. C’est comme ça qu’ils s’appellent. Ils ont plein d’armes et ils volent ce qu’ils veulent, ils volent les types comme nous. Nous, on voulait juste se défendre.

Se défendre et voler la précieuse arme de Nina Ichka, mais c’est inutile pour eux deux qu’il le précise.

_ Donc, résume la guerrière, il y a une dizaine de Zgeg ?

_ Peut-être plus. Et il y a les Geeks aussi. Ils n’ont pas voulu se battre avec nous mais ils nous ont donné à manger. Ils sont partis. Ils n’avaient pas peur. On a voulu leur prendre leurs armes mais ils se sont échappés.

_ Qui d’autre ?

_ Personne. Je ne sais pas. Je n’ai rien vu.

_ Et dans ta bande, il y a qui d’autre que ces quatre connards ?

L’homme tremble de tous ses membres et demande d’une voix pitoyable :

_ Vous les avez tués ? Tous ?

_ Qui d’autre ?

_ Personne ! Je suis tout seul !

_ Et les zombis ?

_ Partout ! Surtout autour des boucheries ! L’odeur de viande les attire, mais quand ils comprennent que ce ne sont pas des humains, ils ne mangent pas et tournent en rond en grognant.

_ Combien de zombis ?

_ Je ne sais pas ! Des milliers ! Toute cette foutue ville ! Ils n’aiment pas le soleil, mais à la nuit tombée, ça grouille dans tous les sens !

_ Ah ! soupire Nina Ichka avec un grand sourire de soulagement.

Elle est contente de ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien. L’encombrement des rues est bien sûr un problème, mais elle a à présent un nouvel esclave qui va l’aider à arranger les choses. En retrouvant et en mettant au travail aussi ces Zgegs et ces Geeks, ainsi que Joanna, elle devrait pouvoir profiter pleinement de son terrain de jeu d’ici une semaine ou deux.

Elle retourne au Requin pour s’équiper correctement – une chasse à l’humain, c’est quand même plutôt risqué – tout en trainant derrière elle ce nouvel esclave dont elle ne s’est pas soucié de retenir le nom. Lorsqu’elle arrive le Requin est vide, ce qui n’est pas très grave. Mais cette petite garce qui lui avait pourtant juré fidélité l’a volée, et ça met Nina Ichka dans une fureur noire. Elle lui a volé deux armes à feu et SA faucille, l’outil qu’elle se délectait d’avance d’essayer sur les têtes de zombis, celui dont le manche était à la forme de sa main et avec lequel elle cueillait les fruits et coupait les petites branches d’un seul mouvement du poignet, longuement et amoureusement aiguisé, léger, qu’elle réservait pour le moment où son bras serait fatigué… Joanna peut donc se considérer comme morte. Nina Ichka s’équipe rapidement, tue l’homme qui commence à l’énerver par ses jérémiades, et se met en chasse.

Une jeune fille en baskets ne laisse aucune empreinte sur le goudron, mais le soleil est contre elle. Elle a transpiré. Elle s’est essuyée rapidement de la main. Elle a plaqué cette main contre les voitures entre lesquelles elle se faufilait. Contre leurs vitres, qui gardent la trace de ses doigts. Et elle a recommencé. Plus loin, sur le trottoir, elle s’est appuyé contre un mur. Il ne reste qu’une faible marque de sel. Mais c’est bien elle. Nina Ichka met du temps à remonter cette piste, cent fois elle s’égare en suivant des marques laissés par d’autres, cent fois elle cherche en vain la moindre trace, mais elle finit toujours par trouver. Par endroit, de larges taches de sang éclaboussent les trottoirs, et Nina Ichka sait reconnaitre l’empreinte de ses pieds d’entre toutes les autres. Avec une habilité diabolique, elle suit Joanna jusqu’à l’appartement d’Alexis, son ami décédé.

 

Par Luma
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 16 juillet 2008

Zombi-Episode 6 : Rats d’égouts






Eva mâchouillait l’oreille de son abeille en peluche. Elle savait qu’elle était désormais trop grande pour se balader avec un doudou en pleine rue, lui faire des câlins et lui demander de la rassurer dans les moments pénibles. Mais ça, c’était quand il y avait encore l’école. Quand il y avait encore ses parents. Quand il y avait encore son frère. Mais désormais il n’y avait plus personne pour lui faire des remarques. Les Grands qui l’avait prise avec eux ne faisaient attention à elle que pour s’assurer qu’elle allait bien, qu’elle suivait le rythme. Celui qui s'appelait Jonathan et qu’elle avait déjà vu plusieurs fois avec Alexis essayait de se montrer le plus gentil possible, mais elle voyait bien qu’autre chose de plus important l’occupait. Il ne cessait de se retourner, sursautant au moindre bruit. Et alors il passait son bras autour d’elle, pour la protéger. Eva comprenait ce qui se passait et avait envie de pleurer, mais elle imaginait aussi ce qui pouvait se passer si les Grands devaient s’occuper d’elle plutôt que des Horreurs qui pouvaient surgir de partout. Ces Horreurs qui avaient mordu ses parents. Ces Horreurs qui avaient mordu Alexis.

Le plus costaud des Grands épiait la rue suivante en restant à l’abri d’un angle du mur, serrant fort son propre doudou, une arme qui faisait comme un fusil. Il revint vers eux, glissant son dos le long du mur, puis s’agenouilla vers elle. Prenant une voix rassurante, il lui dit :

“Alors, tu te souviens de mon prénom ?”

Eva le regarda fixement, incapable de formuler une réponse.

“Ok. Moi, c’est l’Oncle Doc. Tout le monde m’appelle comme ça, alors tu peux m'appeler pareil. Ok ? Alors, ce qu’on va faire, c’est qu’on va aller à une super planque qui nous protégera des méchants. Tu es d’accord ?”

Eva hocha timidement la tête. Elle ne demandait qu’à le croire. Elle sentait au fond d’elle cette affreuse sensation qu’elle ne reverrait plus jamais sa famille. Et elle avait peur. Si elle ne pouvait rien faire pour être avec sa famille, elle comprenait qu’en revanche elle pouvait combattre un peu ce tiraillement qui lui serrait le cœur et lui tirait les larmes.

“Le truc, c’est qu’il va falloir traverser cette grande avenue et quelques autres rues encore. Et, je viens de regarder, il n’y a pas de méchants. Ce qui serait bien, c’est de ne pas leur laisser le temps d’apparaître, d’accord ? Comme ça on arriverait jusqu’à ma super-planque sans qu’ils puissent nous suivre et on serait tranquille pour très longtemps !”

La petite fille buvait ses paroles, sans tout comprendre. Ce qui était important ne revanche c’était le ton qu’il employait, ses mains rassurantes qui gesticulaient et ses grandes épaules dans lesquels elle avait envie de se réfugier. La voix de l’Oncle Doc résonnait d’abord dans toute sa carrure avant de lui parvenir, lui donnant un accent grave et imposant qui la tranquillisait.

“Bien. Alors la solution qui serait chouette, pour que tu n’ai pas à courir, c’est que je puisse te porter sur mes épaules. D’accord ? Comme ça, plus tu me serreras fort, plus je courrai vite. D’accord ?”

L’Oncle Doc n’était pas sûr que la gamine accepterait. Il comptait sur l’effet de panique et l’horreur que lui devait lui inspirer les zombis des environs pour qu’elle accepte, tout en se rendant compte qu’elle devait être bien trop âgée pour accepter de se faire porter. Il lui donnait sept, huit ans, ne se rappelant plus de ce qu’Alexis avait pu lui dire à son sujet. Il accueillit avec soulagement l'acquiescement pressé d’Eva. Il se releva, se défaisant rapidement de ses affaires pendant que Jonathan protestait :

“Mais tu vas la porter ? Tu feras pas deux pas ! Laisse-moi le faire, ou m’occupez d’elle. Tu pourras pas tirer si tu l’as sur le dos.

_ Je sais, tiens.”

Il lui tendit le fusil à pompe, puis la petite ceinture de munitions de secours.

“Essaye de pas utiliser les dernières, je crois que ce sont des modèles à billes d’acier, seulement en dernier recours. Ne tire que si tu peux le fumer d’un coup, tu gardes la main du côté de la gâchette sur la gâchette et tu recharges avec l’autre. Tire à reculons si tu peux, ne joue pas au héros, si tu peux te tirer tu te tires. Et surtout tu restes derrière moi. Tu protèges la petite avant tout, c’est ta seule mission, ok ?

_ Ok...”

Jonathan avait répondu sans savoir ce qu’il répondait. Tout allait trop vite. Le poids de l’arme lui paraissait impossible à porter. La responsabilité d’avoir leur seule arme de protection encore plus. Mais l’oncle Doc lança son sac à Max qui le passa par-dessus le sien sans discuter. Entre temps, écoutant le projet du geek, il avait délogé un poteau de barrière pour s’en servir d’arme contondante. Ils se regardèrent tous les trois. Au moment où ils se décidèrent d’un accord silencieux qu’il était temps d’y aller, la montre de Max se mit à sonner. Instinctivement, Jonathan attrapa son portable dans sa poche et l’alluma. Cela faisait six heures qu’ils n’en avaient pas fait usage, trop occupé à retrouver le chemin de la maison d’Alexis. Pendant quelques secondes il maintient un suspens involontaire. Puis son visage se décomposa un peu plus quand il annonça :

“Plus de réseaux...”

Pris d’un accès fébrile il le reteignit et le ralluma aussitôt, accompagnant cette seconde tentative d’une grimace paniquée. Il essaya avec le portable d’Alexis, manquant de tout laisser tomber quand il obtint le même résultat. Max essaya à son tour, sans trop y croire. L’oncle Doc accueillit le désespoir d’un soupir rageur. Ses efforts pour maintenir une cohésion lucide dans le groupe venait d’être balayés.

“Les relais sont hors-service. Va falloir attendre que quelqu’un remette en place. On a toujours les murs... conclu-t’il sans trop y croire lui-même.

_ Putain, ça fait même pas deux jours, s’exclama Max en serrant les dents.”

Jonathan resta muet, croisant le regard apeuré d’Eva qui attendait toujours de grimper sur le dos de l’once Doc. Il lui fit un bref signe de la tête, redressa le fusil à pompe, déglutit péniblement et fit signe aux autres qu’il fallait toujours y aller. Max cracha sur la boîte au lettre la plus proche, serra son poteau et prit la tête. Quelqu’un murmura : “go”, et ils s’élancèrent. La peur leur martela instantanément les tempes. Des silhouettes avaient eu le temps de déambuler entre les carcasses de voitures abandonnées. Des humains décharnés, heurtant le moindre obstacle en travers de leur chemin, soudainement attirés par le mouvement des trois garçons.

Gardant le rythme rapide de leur marche ils se déportèrent de l’autre côté de l’avenue, sous les yeux blancs des premiers morts-vivants. Jonathan se tassa entre ses épaules, les mains brûlantes autour du fusil à pompe. Eva se cacha le visage dans le cou de l’oncle Doc, un bras par-dessus une épaule du garçon, l’autre par-dessous la seconde, les mains jointes autour du torse et les pieds entrecroisés au niveau du ventre. Max se retenait de faire traîner le poteau par terre, comme pour signifier haut et fort son envie de passer ses nerfs sur quelques têtes. Serrant les dents, il pesta :

“Ça va pas le faire... ça va pas le faire...”

Plus il le répétait, plus la panique se changeait en rage. Il guettait les silhouettes amorphes se rapprocher doucement, sur toute la longueur visible de l’avenue, comme une horde se rabattant sur une proie. Plus ils avançaient, plus il lui paraissait évident qu’il faudrait obligatoirement en venir au main. Les devantures des vitrines vides défilaient et à chaque nouveau pas Max arrêtait de surveiller les zombis qu’ils laissaient derrière eux pour s’occuper des suivants qui prenaient leur place. Ils n’avaient plus qu’une dizaine de mètres de disponible pour agir et l’avenue continuait encore sur plusieurs longueurs. D’un bref coup d’oeil il compta une quinzaine d’assaillants potentiels dans les secondes prochaines. Il fallait absolument créer une brèche et forcer le passage. Un déclic indiqua que Jonathan venait d’armer le fusil à pompe. L’action était lancée.

Il se jeta le pied en avant sur le capot d’une voiture, prenant de vitesse le zombi le plus proche dont la tête lui arrivait à présent au genou. Des deux mains il se servit de son poteau comme d’un club de golf et desservit un coup sec et vif qui déchira le cou putréfié du mort-vivant. La tête décolla, laissant le corps privé d’organe pensant s’écraser à terre.

“Allez !” hurla Max en grimpant plus haut sur la voiture.

Il jeta un coup d'œil derrière lui pour s’assurer que l’oncle Doc s’engouffrait à sa suite, Eva solidement agrippé dans son dos. Il envoya la pointe du poteau dans une nouvelle tête dont l’os craqua et déversa une substance purulente, grisâtre et visqueuse. Il sauta sur la voiture suivante, se stabilisant d’une main posée sur le toit de la carrosserie. L’oncle Doc passa à ses côtés, profitant de la voie libre. Jonathan suivit, le fusil à pompe braqué en arrière.

Max renvoya le poteau faire valser la tête d’un zombi proche puis retomba sur le tarmac, se précipitant à la suite des autres. Ils avaient traversés l’avenue, laissant la poche de zombis regroupés derrière eux. Mais l’accalmie fut de courte durée. L’oncle Doc s’arrêta net, cherchant en vain un passage entre les présentoirs d’un supermarché et les arbres du trottoir. Mais plusieurs voitures barraient le chemin, agrémentées de corps ambulants dans leur direction. Reprenant les choses en main, Max se jeta sur le capot le plus proche, passa de véhicule en véhicule et éclata le visage du premier zombi. Attirés par l’agitation, les morts-vivants se désintéressèrent des trois autres membres du groupe qui en profitèrent pour se faufiler de l’autre côté de l’embûche et s’engouffrer dans la rue suivante plus resserrée mais quasiment libre de tout automobile et qui menait à vaste étendue. Un peu plus loin ils leur suffiraient de suivre sur quelques centaines de mètres les lignes de bus pour se retrouver en périphérie de la ville, à portée de marche de la station d’épuration. 

Repérant un cadavre plus vif que les autres, Max l’empêcha de poursuivre les fuyards en lui collant son poteau en travers de la nuque. Le bois suintant le sang et d’autres liquides peu identifiables. De larges gouttes le suivaient à la trace et giclaient à chaque utilisation. Ayant réussis à gagner l’angle de la nouvelle rue, les trois autres se retournèrent pour l’attendre. Un frisson d’effroi les envahit. Max venait tout juste de se faire encercler, juché tant bien que mal sur le toit d’une voiture, écrasant les mains, envoyant bouler une nouvelle tête. Jonathan pointa le fusil à pompe, ne sachant quelle cible choisir. Il y en avait trop. Croisant leurs regards, le garçon aux prises avec la foule zombiesque en arriva à la même conclusion. Pour empêcher Jonathan de gâcher des munitions, il hurla :

“On se retrouvera à la cabane ! Je laisserais un message et je vous rejoins plus tard ! Dégagez ! Allez !”

Il dégomma un zombi de plus et sauta vers un autre véhicule. Son pied ripa et il manqua de se le faire lacérer par les cadavres ambulants à proximité. Mais il réussit à se hisser, changeant de voiture. Le boucan qu’il faisait attirait la foule hébétée autour de lui. Il jeta un dernier coup d'œil derrière lui, incitant les trois autres à fuir, au moins pour rendre sa diversion utile.

L’oncle Doc croulait sous le poids de la petite fille et la dégradation de la situation rajoutait à l’accablement qui le taraudait. Refoulant le désespoir qui cherchait à s’emparer de lui, il recula et s’engouffra dans la rue, courant aussi vite qu’il pu, s'essoufflant de plus en plus. Un zombi affalé dans un tas de détritus agita ses bras à leur passage, incapable de se soulever pour les poursuivre. Ils débouchèrent sur la place où les lignes de bus s'entrecroisaient, autour d’un semblant de verdure. La même foule disparate de zombis se trouvait parsemée sur leur chemin. Ils avaient juste un peu plus d’espace pour se faufiler entre eux.

“Faudra encore trouver une brèche au mur des anciennes lignes. Avec la petite on pourra pas l’escalader. Après ça ira, y aura plus qu’à descendre la pente.

_ Remarque, y a une chance pour que personne ai pu l’escalader, ce mur. Si ça se trouve y a personne de l’autre côté. Enfin, personne de mort... enfin, personne à moitié mort. L’un de nous passe en premier, on fait passer la petite, et l’autre passe à son tour.

_ Mouais. C’est un poil risqué tout ça. En supposant comme tu le dis qu’on soit tranquille à l’extérieur de la station. Et à l’intérieur, merde... j’avais pas pensé qu’ils pouvaient tous être crevés là-bas. Fait gaffe au gros, là. On s’est jeté un peu à l’improviste sur ce coup-là. Déjà qu’on est pas nombreux... Putain, fait gaffe !”

Jonathan réalisa que le coup était parti tout seul. Il surveillait le gros zombi du coin de l'œil tout en écoutant l’oncle Doc, mais il avait mal calculé les distances et le mort-vivant avait failli se jeter sur eux. Il avait à présent une bouillie sanguinolente en guise d’organe cérébrale. L’attroupement des zombis se précipita autour d’eux et ils durent se remettre à courir. Leurs poumons brûlaient comme de l’acide. Les lignes de bus ne leur avaient jamais paru aussi longues à pied. Jonathan fit détoner une seconde fois pour empêcher une vieille femme décharnée de mettre la main sur lui. Il détestait la bruit et l’odeur de l’arme à feu et paniquait tout autant une fois qu’il avait tiré qu’au moment où il était obligé de le faire. Son épaule heurta brutalement le mur des anciennes lignes. Essoufflé, il laissa tomber son sac et se mit à grimper, s’écorchant les mains sur la pierre à nue. Au sommet, il jeta fébrilement un coup d'œil à droite, puis à gauche, recommençant une demi-douzaine de fois pour être sûr de ne pas se faire surprendre une fois de l’autre côté.

“Putain, Jonathan ! On y va !  Ils sont là !”

Il se retourna. Les zombis étaient là. L’oncle Doc soulevait Eva pour la faire passer, manquant de la basculer de l’autre côté la tête la première. Jonathan l’attrapa et la fit descendre le plus doucement possible. Mais les mains moites lâchèrent le tissu et elle tomba à la renverse, déséquilibrant le garçon qui dégringola à son tour. Son épaule fit un bruit sourd. Les sacs volèrent au-dessus d’eux et s’écrasèrent, manquant de les percuter. L’oncle Doc apparu d’un coup, les jambes râpant la pierre, tombant comme une masse droit le long du mur.

“Aaaah. Merde, merde, merde ! Il m’a pas touché, il m’a pas touché, il m’a pas touché !”

Tout en hurlant il souleva avec un regard effrayé le pan de pantalon pour observer la blessure. Sur plusieurs centimètres la chair était striée de bandes rouges et blanches. La morsure calcaire de la pierre. L’oncle Doc s’effondra, expirant tout l’air de ses poumons, fermant les yeux. Un instant, il avait vraiment cru qu’il s’agissait de marques laissées par les ongles saillants d’un zombi. Eva s’était relevée, un hématome sous l'œil gauche, marchant à quatre pattes vers lui. Il l’a pris dans ses bras, l’a serrant fort.

“Désolé... Si même moi je commence à débloquer... Oh punaise...

_ Ça arrive à tout le monde. Et ça prouve aussi que t’es bien un humain comme nous.”

Jonathan lui tendit la main pour qu’il puisse se relever. Ils étaient épuisés. Traînant les sacs à dos à la main, ils s'avancèrent vers les bâtiments circulaires de la station d’épuration, frayant leur chemin à travers les hautes herbes. Eva donnait la main aux deux garçons. La porte était coincée mais le loquet intérieur n’était pas mis. En donnant de gros coups d’épaules l’oncle Doc réussit à l’ouvrir. Plissant les yeux il demanda :

“C’est toi qui a les lampes de poche ?”

Jonathan la sortit et s’avança, Eva prudemment cachée derrière lui. Le hall de la station était vide. Il ne restait plus rien. Les tables, les bureaux, tout ce qui étaient enlevables avait disparu. Il ne restait qu’un large comptoir où de la poussière terreuse flottait autour. L’oncle Doc récupéra une seconde lampe-torche et inspecta les lieux à son tour. En faisant tomber un lourd classeur il déclara :

“Y a encore tout un tas de relevé. J’imagine que ça date pas de si longtemps.

_ Tu crois qu’il y a quelqu’un d’autre ici ?

_ Possible. Tiens, la date d’avant-hier. Ils étaient encore là.

_ À quoi ça a pu leur servir d’enlever tout ce qui aurait dû être là ?

_ L’idée qui me viendrait là, d’un coup, ce serait pour se barricader. Mais j’aime pas trop ça, à vrai dire. On va se poser un peu, le temps de fermer la porte et de faire le point.”

Le faisceau de lumière s’éloigna dans le hall, puis revint à l’accueil. Jonathan avait blotti Eva contre son gros sac à dos pour qu’elle soit à l’aise, sortant quelques barres de céréales piquées chez elle pour qu’ils puissent grignoter un peu. Après tant d’épreuves, le repos avait un goût salutaire. Et un goût de poussière terreuse.

“Mais ça vient d’où toutes ces espèces de particules dans l’air ?

_ Sait pas, répondit l’oncle Doc. T’entends pas le roulement des machines ?

_ Si.”

Ils tendirent l’oreille, soulagés de ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien.

“Tu crois qu’ils avaient un groupe électrogène pour faire marcher tout ça ?

_ Sait pas. Ça paraît bizarre, un groupe électrogène juste pour une station d’épuration. Mais bon, nous ça nous arranges pour l’instant. Si ça se trouve ils sont sur un autre système électrique que le centre ville. Y a peut-être encore l’électricité dans ce secteur. Je ferais un tour tout à l’heure.”

Ils tendirent soudain l’oreille au même pépiement fortement audible. Interloqués, ils balayèrent la pièce pour repérer d’où cela provenait. C’est alors qu’ils remarquèrent les griffures au  pied des murs, comme un sinistre bas-relief. Ils se relevèrent doucement, sous l'instinct du danger, gardant les lampes-torches braquées vers la source de bruits. Des grattements, des pépiements.

“Dans Resident Evil, y avait bien les animaux qui chopaient aussi le virus, nan ?

_ Sauf qu’ils parlaient que de grosses sales bêtes et que c’étaient des expériences. Y avait peut-être des corbeaux aussi.

_ Et tu crois que ça peut se transmettre aux rats cette saloperie ?”

Au regard paniqué de Jonathan, il sut qu’ils partageaient la même crainte.

Par Florent
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 21 juillet 2008

Zombi-Episode 7 : Espoir

 

 

L’appartement d’Alexis, l’appartement d’Alexis…

Courant sous le soleil de plomb avec l’énergie du désespoir, Joanna a le cœur prêt à exploser et un point de coté qui lui broie le ventre. Elle ne veut pas s’arrêter. Il y a des monstres dans cette ville. Les zombis sont les plus nombreux. Nina Ichka est la plus terrible.

Joanna rate plusieurs fois son but, n’arrivant à reconnaitre les lieux à travers le double rideau de sa sueur et de ses larmes, perturbée aussi par les rues vides et les détours qu’elle fait chaque fois qu’elle croit entendre le râle d’un mort-vivant. La sueur qui coule sur ses mains lui fait craindre à chaque instant de lâcher ses précieuses armes et elle se crispe de toutes ses forces autour du fusil et de la faucille, se sentant parfaitement incapable d’utiliser l’un comme l’autre.

Mais enfin elle y est, l’Appartement d’Alexis, celui qu’il partageait avec sa famille… et sa petite sœur… la petite Eva…

Imaginer Eva transformée en immonde créature la révolte, mais pas autant que de penser qu’Alexis est mort. C’est drôle comme on se découvre quand le moment fatal est arrivé… Il y a seulement une semaine Joanna aurait juré qu’elle serait bien plus triste de la mort de Kévin, son petit ami, que de celle d’Alexis, son ami d’enfance qui s’était peu à peu mué en simple connaissance, qu’elle aimait toujours bien, mais voilà, juste bien… Et bien non. Alexis est mort et ça parait intolérable à Joanna qui monte lentement, tremblant dans la fraîcheur des escaliers en pierre.

Elle entend un râle derrière elle. Elle se retourne. Un zombi est là. Et elle ne sait pas se servir du fusil, ni du revolver, ni de la faucille. Elle reste pétrifiée quelques instants – instants que la créature met à profit pour se rapprocher d’elle en titubant – et à sa grande horreur s’aperçoit qu’elle évalue les forces de son ennemi avec une froide digne de Nina Ichka. Dès que le mort-vivant est assez près d’elle, elle utilise le fusil comme une matraque pour lui donner un grand coup à la poitrine et l’empêcher d’utiliser ses bras. De l’autre main, elle utilise la faucille pour lui trancher la tête. Il faut sans doute la force de Nina Ichka pour trancher d’un seul geste les vertèbres cervicales ; la tête du zombi part en arrière, gorge ouverte, n’étant plus retenue au corps que par les petits os. Joanna cesse de réfléchir et s’acharne de toutes ses forces sur ces vertèbres jusqu’à décapiter la créature, après quoi elle écrase la tête avec la crosse de son fusil comme elle l’avait fait avec la masse, en hurlant du début à la fin de l’opération.

Enfin elle finit par atteindre l’appartement et l’ouvre. Il n’était pas fermé à clé. Elle court partout avec espoir, appelant les amis d’Alexis. Elle tombe sur son cadavre. Une balle dans la tête, c’est un mort bien plus décent que la bouillie de zombi qu’elle a elle-même fait. Jonathan dit qu’il ne s’est pas transformé. Tant mieux…

Ses parents sont morts eux aussi, mais eux présentent les signes indiquant qu’ils avaient repris vie avant qu’on ne mette un terme à leur carrière de suceurs de cervelle. Aucune trace d’Eva. Et aucune trace de ceux qu’Alex appelait toujours ‘la brigade des Geeks’. Joanna tente fébrilement de recevoir un signal avec son portable, en vain. Elle n’a plus aucun refuge. Plus aucun ami. Plus aucune solution. Elle s’escrime quelques minutes à chercher où peut bien être le cran de sûreté du revolver, fini par le trouver, met l’arme dans sa bouche et tire deux fois.

 

Lorsque Nina Ichka la retrouve, elle peste en voyant sa vengeance lui échapper. Elle inspecte soigneusement l’appartement, cherchant un message semblable à celui qu’elle a trouvé au cours de sa traque. Visiblement la gamine ne l’avait pas vu – elle n’était pourtant pas passé loin, mais les gens, de l’avis de Nina Ichka, sont des crétins qui n’ont pas les nerfs solides, et la gamine n’échappait pas à la règle. Enfin. La guerrière reprend ses armes, prend quelques provisions et outils qui lui paraissent intéressants, et après un cours moment de réflexion prend Joanna par les cheveux – ce qu’il en reste – et la traîne derrière elle. Elle a envie d’essayer de voir l’intérêt que portent les zombis aux morts encore frais. Après quoi, elle va aller dans cette station d’épuration trouver des gens. Elle place de grands espoirs dans cette station et ce message : les survivants doivent être nombreux pour être organisés comme ça, ils arriveront donc à être un peu utile un certain temps, rattrapant ainsi en partie la honte qu’ils font à ce monde en étant nés. Nina Ichka n’a jamais été une grande optimiste mais elle a aujourd’hui un bon pressentiment.

Et une douzaine de fleurs de plus dans son carnet. Ce qui l’aide aussi à voir le bon coté des choses.

  

 

 

 

 

 

Par Luma
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 28 juillet 2008

Zombi-Episode 8 : Infection

Les rats déferlèrent par un trou du comptoir, par dizaines, puis par centaines. Une vague noire qui remplit en un instant le peu de sol illuminé par les lampes-torches. Eva se mit à crier, soudainement consciente de ce qui se passait. Jonathan n’eut que le temps de se jeter sur elle pour lui éviter d’être submergée par le flot de rongeurs. Ils sentirent les griffes leur pénétrer la peau, par dizaines, par centaines, chaque entaille en appelant une dizaine d’autres. Les petits corps nerveux leur grimpaient sur le dos, s’accrochaient au tissu, s’emmêlaient les pattes dans les cheveux. Les bestioles encore plus paniquées leur labouraient le crâne et les habits pour se défaire des emprises. Ils hurlaient tous les trois, dans une cacophonie où se mêlaient les cris affolés des rats. Ils avaient beau se jeter contre les murs, se secouer dans tous les sens, se rouler par terre, les rongeurs restaient agrippés à même l’épiderme comme des sangsues. À chaque corps fébrile qu’ils arrachaient un autre s’empressait de lui repasser dessus, s’emmêlant de même les pattes dans les lambeaux de tissus, paniquant jusqu’à mordre profondément dans la chair humaine.

Se protégeant les yeux avant tout, l’oncle Doc aperçut le fusil à pompe à travers ses larmes de sang. D’un mouvement rageur il s’arracha à la vague de rongeur pour se jeter plus près de l’arme, aussitôt rattrapé par le flot meurtrissant. Le creux de l’épaule rabattu sur le visage, les yeux fermement clos, il se servit tant bien que mal de ses mains pour recharger le fusil. Puis à l’aveuglette et sans réfléchir il tira un coup au sol, juste devant lui. Le flot de rongeur s’écarta instantanément de l’endroit touché, créant une brève fissure dans la vague incessante. Mais la faille fut rapidement ensevelie et le flot noir recouvra à nouveau tout le sol. Se servant de la crosse du fusil pour dégommer les rats qu’il pouvait sur son chemin, l’oncle Doc se dressa de tout sa taille et avança à contre-courant, manquant à chaque pas d’écraser l’un des petits corps glissant et de se retrouver tête première asphyxié dans la débandade des rongeurs.

D’une solide prise il attrapa Eva par le col et lutta à nouveau contre le courant des rats pour la porter au comptoir poussiéreux, hors d’atteinte. À peine l’eut-il lâchée qu’un silence accablant les frappa de plein fouet. Immobiles, ils se rendirent compte qu’il n’y avait plus rien autour d’eux. Plus rien qui ne bouge. Dans tous les coins gisaient des poignées de rats échoués, victimes de la vague écrasante des leurs. Le souffle court l’oncle Doc s’approcha de Jonathan, courbé par la douleur à vif qui parcourait sa peau comme une incessante décharge électrique. Il l’aida à se relever et ils allèrent heurter le comptoir, fourbus et meurtris. Eva s’en était sortie avec moins d’écorchure mais la terreur se lisait dans ses yeux. Redoutant que le calme ne les accablent et qu’ils se laissent aller trop vite, l’oncle Doc murmura :

“Faut trouver des médocs, ou de... Faut trouver du désinfectant. Faut pas que ça s’infecte. Ok, faut pas que ça s’infecte.

Jonathan hocha la tête, se tenant le bras, marchant comme un bossu, traînant sa jambe droite jusqu’aux sacs. Pendant qu’il se mettait à fouiller l’oncle Doc essaya de faire revenir Eva à la réalité. Les moyens doux ne marchant pas, il se résigna à la secouer par une gifle du dos de la main. La petite fille se mit à trembler, et des larmes s’écoulèrent en flot continu, silencieuses. L’oncle Doc grimaça et la serra fort contre lui, la prenant dans ses bras pour rejoindre Jonathan qui venait de rejeter les sacs d’un solide coup de pied.

“Y a rien. Plus rien. On a tout utilisé pour Maéllie hier.

_ Faut qu’on bouge. Ils ont forcément oublié des trucs ici. Il faut qu’ils aient oublié des trucs.”

Il récupéra l’une des lampe-torche, sous un tas de rats, encore allumée. Il repéra la première porte à sa vue et s’y dirigea. Jonathan le suivit de mauvaise grâce, abandonnant les sacs contre lesquels il gardait rancœur. La porte grinça mais refusa de s’ouvrir. Comme l’oncle Doc portait Eva, toujours tétanisée par ce qu’elle venait de subir, l’autre garçon s’acharna sur le battant, à coup de coudes puis à coups de pieds. La douleur anesthésiant la douleur, il passa ses nerfs sur la ferraille, brisant peu à peu le montant de la serrure. Il termina le travail à l’aide de la crosse du fusil à pompe. Le sang s’écaillait à travers le tissu déchiré. Se retenant à la paroi il rabattit le battant de la porte et avança dans le couloir.

Ils marchèrent par-dessus une barre de bois cassée qui retenait la porte de l’autre côté. Titubant, ils avancèrent prudemment à la recherche du moindre mouvement suspect. Le couloir se divisait en différents bureaux, tous ayant subis la même razzia de matériels. Quelqu’un avait fait le vide, sans doute en prévision d’un siège par les zombis.

“Doit bien y avoir une infirmerie, soupira Jonathan.

_ Attend, y a des panneaux par là.”

Les indications donnaient la direction des écluses et des bassins d’épuration.

“Evidemment, y a pas l’utilité d’indiquer l’infirmerie dans le cycle du traitement de l’eau... C’est pas avec des flottateurs à la manque qu’on va pouvoir se soigner. Dans Max Payne y aurait eu des étagères de soin dans toutes les salles. Même aux WC.

_ C’est pas des médocs dans Max Payne, c’est juste des antidouleurs, répliqua l’oncle Doc. C’est comme dans Postal où t’as juste à fumer du crack pour regagner des points de vie. Sauf que si on était dans un jeu, dans chaque pièce il y aurait tout un panel de zombis pour être sûr que tu aies besoin des médocs. Je préfère qu’on passe plus de temps dans le couloirs où y a personne, mais ça ne tient qu’à moi.

_ Mouais... Bâtiments d’exploitation ? Tu crois que c’est là où on est ?

_ Y a des chances. Si on continue tout droit on va finir dans une impasse, au risque de ressortir. J’avais jamais réalisé que c’était aussi grand. Y a au moins trois bâtiments différents, sans parler des cuves à l’air libre. Pour se barricader ça va pas être facile. Va falloir isoler les issues communicantes.

_ À moins que quelqu’un l’ai déjà fait. Tu crois que c’était pour ça, la porte qu’on a forcé ?

_ T’as vu quelqu’un toi ?”

Devant l’ironie désespérée de l’oncle Doc Jonathan renonça à en discuter plus. Ils continuèrent dans la direction de l’impasse, toujours attentifs au moindre mouvement. La dernière porte se présenta à eux, un petit sigle indiquant l’infirmerie. Avec un mauvais pressentiment Jonathan ouvrit la porte. La salle, comme les autres, avaient été vidée. Une grande armoire à glace béait de tout son néant. Mais jeté en travers des ressorts d’un lit dont le matelas avaient été retiré se tenait un carton oublié, que les pilleurs n’avaient sans doute pas eu le temps de s’accaparer. Jonathan fouilla d’une main rapide, dénichant à leur grand soulagement à tout deux un flacon incolore d’antiseptique. Il posa sa lampe-torche dans un coin de la pièce pour qu’elle soit partiellement illuminée.

“Par contre y a qu’un vieux chiffon pour l’appliquer. Niveau hygiène ça risque d’être un peu contradictoire.

_ Si c’est juste une question de microbes et de poussières, je préfère toujours ça à l’hypothèse de devenir un l’une de ces saloperies parce que mes plaies n’auront pas cautérisé à temps.

_ Et de choper la gangrène. Tu préférerais brûler tes blessures ?

_ Ça pourrait être marrant, conclut l’oncle Doc en se mettant torse nu. Par contre va encore falloir trouver de quoi se mettre suffisamment sur la peau pour pouvoir ressortir un jour. J’ai pas vu de blouses du personnel dans les couloirs.

_ Moi non plus. Tu passes en premier, où je soigne la petite d’abord ?”

Eva grelottait, mal assise sur les ressorts du lit. Voyant le flacon elle fit non de la tête. L’oncle Doc inspecta ses propres griffures, grimaçant en voyant la taille de certaines. Puis il imbiba le chiffon et le passa doucement sur les premières. Il ne put s’empêcher de crier :

“Ah la vache ! Et y a pas de pansements, forcément.”

Mais devant rassurer Eva, il serra les dents et s’appliqua doucement le chiffon sur le reste de ses blessures. Quand il eu fini, il chercha encore quelques instants d’autres blessures potentielles, puis passa la main à Jonathan qui jeta à son tour le haillons qui lui servait de tee-shirt. Sans mot dire il lava comme il put les entailles laissées par les rongeurs. Eva regardait en biais les deux garçons désormais torse nu, frissonnant à la vision de leurs blessures, détournant le regard quand ils jetaient un coup d'œil inquiet dans sa direction. Quand ce fut son tour de se faire soigner ses blessures, elle accueilli la proposition de l’oncle Doc avec un bref soulagement.

“Hey, Jo. Faudrait que l’un de nous deux regarde s’il peut pas trouver de quoi se mettre sur le dos. L’autre reste avec la petite.

_ Si tu veux.”

D’un accord tacite ce genre de décision était prise au hasard, pour empêcher un des membres du groupe d’influencer les autres et de ne pas prendre sa part de responsabilité.

“Par contre je crois que j'ai laissé mes dés à la cabane.

_ On peut tirer à pile ou face, on est que deux, là.

_ Ok. Je dois avoir mon sesterce quelque part... Ouais. Bon, testa, croce ?

_ Face.”

La pièce tournoya quelques secondes, habillement lancée par l’oncle Doc. Quand elle retomba, Jonathan haussa les sourcils et déclara en revenant vers Eva :

“Prend le fusil à pompe.”

L’oncle Doc soupira et disparu dans le couloir. Pendant ce temps Jonathan se trouva face un dilemme qu’il ne savait comment résoudre. Eva, tremblante, ne réagissait pas. Il venait de commencer par les plaies aux poignets, mais pour les autres blessures visibles à travers ses vêtements il ne pourrait les atteindre qu’en enlevant le tout. Il essaya de lui demander si cela ne la gênerait pas, mais en l’absence de réponse, et ne pouvant se résoudre à la laisser sans soin, il commença à lui enlever le haut. Le silence se fit autour d’eux. Les échos des pas de l’oncle Doc avait disparu. Jonathan retenait son souffle, ne voulait ni la brusquer et lui faire mal, ni rester trop longtemps dans cette position inconfortable. Une fois les blessures au torse soignées, il lui remit sa courte veste, seul vêtement réellement épargné. Le reste portait trop de souillures des rats pour être portable. Eva serra fort les pans de sa veste, essayant de couvrir le plus de peau possible. Pour dissiper la gêne, Jonathan lui demanda :

“T’as mal ?”

Sans le regarder elle lui désigna l’arrière de sa cuisse. Le jean ne portait pourtant pas de griffures plus importante qu’ailleurs. Le garçon fit jouer sa pomme d’Adam pour respirer à fond, avant de faire glisser le pantalon avec précaution. Effectivement elle avait une plaie assez profonde juste en-dessous de la fesse. Les abords qui commençaient à cicatriser apparaissaient noirs. Son cœur s’arrêta presque de battre. Cela ressemblait trop aux sales blessures qu’ils avaient en vain essayé de combattre sur certains de leurs amis, dont Alexis. Pourtant ni lui ni l’oncle Doc ne semblaient avoir eu une telle blessure de la part des rats. Il voulu se persuader qu’il se faisait des idées, qu’il avait vu tellement de gens mourir en deux jours qu’il imaginait forcément le pire.

Sans laisser paraître son trouble, il nettoya la plaie en faisant attention de ne jamais la toucher avec les doigts. Eva laissa échapper un cri bref sous la douleur de l’antiseptique. La blessure étaient sensible, c’était finalement pas un si mauvais signe. Ceux qui avaient été mordu ne ressentaient rien à l’endroit de leur morsure. La douleur leur était permanente et les désinfectants n’y avaient rien changé. Le chiffon était désormais inutilisable, probablement infecté, ou du moins imbibé jusqu’aux nœuds du tissu. Des pas retentirent derrière lui et il allait se retourner, prenant à part l’oncle Doc pour lui expliquer la situation. Mais quand il fit demi-tour, le chiffon pendouillant dans une main, l’autre prise par le flacon, il se retrouva nez à nez avec un extincteur braqué sur lui.

Derrière l’engin se tenait un homme en combinaison verte, les yeux révulsés. Ses cheveux électriques vaguement rejetés en arrière. L’intrus le dévisagea, puis jeta un coup d'œil vers la petite fille en culotte et ne portant qu’une veste par-dessus. Jonathan allait protester, avant d’entendre les accusations de l’homme, mais rien ne sortit. La culpabilité qu’il ressentait à la seule pensée préjudiciable qu’on pouvait avoir de lui nouait la gorge. Mais l’employé de la station ne dit rien, les dévisageant toujours de ses grands yeux scrutateurs et menaçants. Soudain, son visage se déforma, les traits s’étirant jusqu’à sa bouche prête à hurler. Il secoua la tête et demanda paniqué :

“Vous avez refermé la porte ? Vous avez refermé la porte ?”

L’extincteur trembla, la lance heurtant le cylindre rouge. L’homme semblait pris d’un accès de folie. Sans prévenir il se jeta sur Jonathan, brisant le flacon d’antiseptique, l’attrapant par le col et lui hurlant au visage :

“Vous n’avez pas refermé la porte ! Vous n’avez pas refermé la porte !”

Par Florent
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 3 août 2008

Zombi-Episode 9 : Une lueur dans la nuit

 

 

La station d’épuration est plutôt à l’écart de la ville et le chemin est assez dégagé pour que Nina Ichka reprenne le Requin. Elle ne le regrette pas. Devant elle, un grand terrain plat est rempli de zombis. Bien sûr, ils ne sont pas totalement immobiles et certains sont protégés par des murs et des grillages. Les grillages, ça va être un jeu d’enfant. Les murs demanderont une poussée un peu plus prudente mais ils tomberont. Et le pas titubant des morts-vivants ne leur permettra pas de s’échapper bien loin.

Nina Ichka arrête son engin de mort dans la rue, juste le temps de bien évaluer la situation. Elle se dit que la situation en question dépasse ses espoirs les plus fous. Des gens par centaines – peut-être par milliers – qui sont installés là, attendant docilement qu’elle les écrase et mette fin à leur misérable existence, trop malades pour courir et s’échapper. Ils ont détruit eux-mêmes l’ordre social qui pouvait les protéger de leur bourreau. Avec un frisson d’excitation, Nina Ichka enclenche la première vitesse et se lance dans son méthodique office de mort. 

Elle écrase les zombis les uns après les autres, empalant les premiers dans le pare-buffle à pointes, créant un matelas de corps plus ou moins remuants qui tamponne les suivants. Elle ne tue que ceux qui passent sous ses roues mais amoche tous ceux qui sont à la portée du Requin. N’importe quelle espèce intelligente aurait fuit. Pas les zombis. Les voitures ne les intéressent pas, mais Nina Ichka a laissé les fenêtres suffisamment entrouvertes pour que son odeur et celle du cadavre de Joanna se répandent, et ils se pressent au contraire contre l’engin de mort. Nina Ichka écrase les jambes, les torses, les bras, puis repasse consciencieusement sur la bouillie humaine jusqu’à avoir toutes les têtes. C’est un long travail mais elle l’aime.

Un trop long travail peut-être, même pour elle. Il en vient toujours plus. Beaucoup morts-vivants de la ville sont là, ce qui confirmerait que les survivants se sont cachés dans la station. Nina Ichka ferme les fenêtres – il y a trop de doigts putréfiés qui se glissent à l’intérieur et tombent dans l’habitacle. Les zombis s’entassent sur le Requin. Ils bouchent les voies d’aération. Nina Ichka possède encore une bonne réserve d’air mais ça ne durera pas éternellement. Le système de protection électrifié ne peut lui être d’aucun secours face à cette masse grouillante. Une diversion ? Non, elle n’a pas les moyens d’attirer d’autres appâts plus juteux à portée des monstres. Elle tente tout de même de klaxonner au cas où les survivants sortiraient pour voir ce qui se passe et attireraient les morts-vivants. En vain. 

Bon. Il ne lui reste plus trente-six solutions. 

Un mur en brique au sommet couronné de fils barbelé n’est pas loin. Au lieu d’utiliser la puissance 4x4 de l’engin pour pousser lentement le mur jusqu’à ce qu’il s’écroule – ce qu’elle a fait avec les précédents – elle accélère. Sa ceinture de sécurité renforcée par un harnais est bouclée. Pas d’airbag. Le choc va être rude.

Les roues patinent sur la chair et le sang, les centaines de corps freinent l’engin, mais il parvient à foncer droit dans le mur. L’onde de choc décolle les zombis qui s’accrochaient et l’impact lui-même broie ceux qui se tenaient devant. Nina Ichka a l’impression d’avoir pris le mur sur la tête, elle lutte contre l’évanouissement. Si elle leur laisse ne serait-ce qu’une seconde pour revenir sur le Requin, alors ça n’aura servi à rien. Son regard est trouble mais elle n’a pas perdu ses réflexes : elle fait machine arrière. Le Requin a bien encaissé le coup et le moteur n’a même pas calé. Elle s’enfuie à toute allure. Aucune créature titubante ne peut plus la rattraper.

Mais le fait de fuir la met en rage. 

Elle avait l’engin destructeur le plus efficace et elle s’est laissée piéger. Cela, Nina Ichka ne peut pas l’accepter. Elle rumine son échec tout en cherchant à se ravitailler en essence et dresse son plan alors qu’elle répare de son mieux le Requin. Les morts-vivants n’étaient jusqu’à présent que des proies rêvées à ses yeux. Mais ceux qui attendent près de la station d’épuration sont devenus ses ennemis personnels. Et sa nuque lui fait mal, une douleur persistante qui attise sa haine et sa soif de revanche. 

Elle a été trop lente, elle a trop fait confiance à la puissance du Requin. Une erreur qu’elle ne doit plus commettre. Elle a réussi à tuer une centaine de zombis et à en estropier environ cinq fois plus, mais beaucoup sont encore valides et lui bloquent l’accès. Il va falloir utiliser la manière forte : grenades et dynamite. Une fois que l’accès sera dégagé, alors elle foncera à l’intérieur, rejoindre ces fameux survivants. Ils ne l’intéressaient pas particulièrement, donnant juste un but à sa sanglante errance, mais à présent qu’on l’empêche de les atteindre elle veut plus que tout les trouver. Ce sera sa victoire. 

La ville est déserte sous le soleil couchant, pourtant tous les monstres ne peuvent pas s’être donnés rendez-vous à la station, il y en a sans doute qui rôdent ailleurs. Mais Nina Ichka est tranquille pour préparer ses munitions. Elle pourrait bien sûr attendre le lendemain pour frapper, quand il fera jour et qu’elle verra bien son chemin. Mais elle n’a pas envie d’attendre. Elle allume ses phares, branche ses phares auxiliaires, et après réflexions enveloppe de tissus imbibés d’essence certains pics tordus de son pare-choc, auxquels elle met le feu. C’est dangereux, inutile et éphémère, mais elle n’aurait renoncé pour rien au monde à la majesté flamboyante du Requin s’élançant à nouveau sur ses proies tel un chariot de l’Enfer venu chercher les âmes damnées. 

Certains zombis avaient tenté de la suivre et elle les retrouve tout au long de son chemin, éparpillés, des proies faciles qu’elle écrase les unes après les autres. Mais l’essentiel du groupe est resté là-bas à tourner en rond. Parfait. Nina Ichka a trois grenades. Elle les lance du bras gauche, par la fenêtre, sans cesser de rouler. La première explose devant le Requin dans une gerbe d’entrailles et de chair. Nina Ichka n’attend pas d’y voir à nouveau quelque chose pour lancer la deuxième, droit devant, juste avant de franchir le cratère laissé par l’explosion précédente. La route est violemment dégagée un peu plus loin. Elle fonce. Le Requin avance sans mal mais les cahots lui interdisent de tirer une troisième fois. Il reste une centaine de mètres avant la station proprement dite. Peut-être qu’elle n’aura même pas besoin de la troisième grenade. Les zombis sont moins nombreux par là et ils ont beau tituber de toutes leurs forces, ils n’arrivent pas à la rattraper. Elle accélère, roule sur les morts-vivants encore sur son chemin et finit sa course folle dans un magnifique dérapage qui lui fait faire un demi-tour complet, dos au mur, phares braqués sur les restes de son carnage et les nouvelles victimes qui titubent vers elle. Elle éteint tout. La scène n’est plus éclairée que par les flammes mourantes des torches de fortune accrochées au Requin. Elle prépare un sac avec quelques provisions, médicaments et munitions, attrape son fusil, hésite mais fini par laisser sa faux, accroche la faucille à sa ceinture et grimpe par le toit ouvrant qu’elle ferme ensuite soigneusement. Les zombis les plus proches sont en train de grimper sur la voiture. Elle prend le fusil et leur loge une balle dans la tête. L’essentiel, c’est de garder une distance de sécurité, le temps qu’elle puisse ouvrir la fenêtre au-dessus de sa tête et qu’elle entre.

Quelqu’un a barricadé cette fenêtre de l’intérieur avec un meuble, sans doute une étagère métallique. Nina Ichka commence par casser le verre à coup de crosses. Les morts-vivants s’étant trop rapprochés à son goût, elle recommence à tirer pour décimer les premières lignes. Ils ne sont pas rapides comparés à un humain qui court, mais il suffit de les quitter des yeux quelques minutes pour être totalement enseveli sous la marée de corps titubants. Mais Nina Ichka ne peut pas non plus utiliser son arme pour tous les achever : la faible lumière des torches ne permet de voir que dans un petit cercle de lumière autour de la voiture. Elle a une lampe électrique mais préfère économiser les piles. A présent, tout ce qui lui indique le nombre d’assaillants, ce sont les râles et les bruits de pieds qui se traînent. Même ceux qu’elle a en partie écrasés rampent vers elle et le bruit de leurs restes frottant la terre se mêle au grondement général, une masse de petits bruits accumulés qui donnent à la nuit un son unique et menaçant. Mais Nina Ichka n’a pas peur.

Elle introduit le canon de son fusil entre l’étagère et l’appui de fenêtre et s’en sert pour faire levier. L’étagère tremble, oscille et finit par tomber avec fracas. Nina Ichka tire une dernière fois sur les zombis qui escaladent les cadavres des autres pour grimper sur la voiture, puis elle se glisse par la fenêtre et entre. Elle inspecte rapidement l’intérieur à la lampe torche mais la pièce est vide, visiblement désertée dans la panique après avoir sommairement barricadé les ouvertures. Sans doute un bureau. Il ne lui reste plus qu’à remettre l’étagère en place avant que les morts-vivants ne parviennent à s’y hisser. Mais juste avant…

Evidemment, il serait plus raisonnable de garder la troisième grenade pour plus tard. Mais Nina Ichka n’est pas toujours raisonnable et, surtout, elle n’aime pas quitter un combat sans avoir abattu ses ennemis jusqu’au dernier. Elle veut leur laisser un petit cadeau, histoire qu’ils sachent – s’ils sont en état de savoir quoi que ce soit – qu’elle ne fuit pas. Elle se penche à la fenêtre et jette la grenade. A la lueur de l’explosion elle constate avec plaisir que les rangs des zombis se sont bien clairsemés depuis sa première attaque. Toute à sa victoire, elle voit trop tard que l’un d’entre eux, parfaitement indifférent au sort de ses camarades, a réussis à grimper sur le toit du Requin. Avec l’ignoble rapidité qu’ils n’ont que lorsqu’ils attaquent, le zombi se jette sur elle et parvient à la mordre à la main droite avant que d’un coup de faucille elle le décapite de la main gauche. Nina Ichka recule précipitamment et remet en place l’étagère métallique qu’elle leste d’une série de lourds classeurs pour faire bonne mesure. Difficile de dire s’ils parviendront à passer. Pour le moment, ce qui fait battre son cœur plus vite, c’est l’état de sa main. Pour autant qu’elle le sache, une morsure contamine toujours sa victime. Mais si cette maladie fonctionne comme un poison, alors il lui reste un espoir.

D’abord, il faut qu’elle se calme. Nina Ichka se concentre et parvient à ralentir les battements désordonnés de son cœur. Surtout, ne pas accélérer l’écoulement du sang. Elle aurait dû agir immédiatement. Tant pis. Il faut qu’elle tente. Et tout le matériel nécessaire pour cette opération est resté dans le Requin. Mais si elle tente une sortie maintenant, elle perdra encore plus de temps à nettoyer la zone. La morsure n’était pas prévue… elle va devoir utiliser les moyens du bord : sa ceinture pour la douleur, son couteau pour trancher, une ficelle pour faire un garrot ensuite. La faucille pleine de sang de zombi ne lui parait être utilisable. Nina Ichka met la ceinture entre ses dents, installe la lampe de poche sur une étagère, pose sa main sur une chaise rescapée, ouvre son couteau aiguisé comme un rasoir. Elle n’a rien pour couper les os, elle veut donc s’amputer sur une articulation. Avant, elle se pique la main à différents endroits. La douleur qui irradie de la morsure insensibilise la zone. Nina Ichka a été mordue aux doigts – deux phalanges ont disparues dans l’estomac du mort-vivant – et elle espère que le reste de la main est sauvable. Mais plusieurs points, sur le dos de sa main, ne réagissent pas à la douleur. Tandis que le poignet est encore sensible. Elle décide de couper là.

Les articulations du poignet sont complexes. Après avoir entaillé la peau, le sang masque tout et c’est de la pointe du couteau que Nina Ichka reconnaît à tâtons les endroits plus tendres à trancher. Elle retient ses cris et ses larmes en mordant férocement sa ceinture et coupe le plus vite possible, massacrant sans doute le travail mais préférant utiliser sa haine pour agir tant qu’elle en a encore la force. C’est son unique chance. Sa main droite se détache peu à peu du poignet. Elle a les mains pleines de sang et serre bien le couteau pour qu’il ne glisse pas. Elle sait que les conditions ne sont pas hygiéniques et qu’elle devra prendre des antiseptiques après. Pour le moment, elle pare au plus urgent. Hors de question qu’elle abandonne ni qu’elle meure alors qu’elle va enfin voir son rêve se réaliser : la disparition totale de l’humanité.

Enfin elle parvient au bout de l’ignoble tâche. Elle serre la ficelle de toutes ses forces autour du moignon qu’elle emmaillote de son mieux pour limiter l’écoulement du sang. Elle sait qu’elle en a déjà perdu beaucoup. Sa tête tourne et l’évanouissement n’est pas loin. Lentement, elle se met en route. Elle doit retrouver les autres survivants. Il faudra qu’elle les embobine pour qu’ils veillent sur elle si elle reste évanouie. Elle leur promettra des masses de provisions et d’armes dans une cachette. Mais au cas où ils tentent malgré tout de profiter de sa faiblesse pour la tuer et la dépouiller, elle prend le temps, avant de s’engager dans le couloir, de cacher sous ses vêtements son revolver et sa faucille. Elle glisse le couteau qui a servit à l’opération dans sa botte. Elle se sert du fusil comme d’une béquille pour parvenir à se relever. Tout est flou autours d’elle. La douleur monstrueuse suffit à peine à lutter contre sa faiblesse. Mais Nina Ichka est forte et elle parvient à marcher dans les couloirs et à descendre les escaliers, obnubilée par l’idée de trouver ceux qu’elle est venue chercher, les survivants. Son but. Les zombis ont tenté de l’en empêcher, mais elle n’aura pas gagné cette bataille tant qu’elle ne les aura pas trouvé. Ils n’ont pas intérêt à être morts. 

Elle hésite entre deux chemins lorsqu’elle entend des hurlements. Ils proviennent de derrière un amoncellement de meubles qui a sans doute servi de barricade. Ils sont trop lourds pour qu’elle puisse les soulever mais en utilisant son fusil comme levier, elle fait tout tomber dans un gigantesque fracas. Les cris se taisent. Pour ne pas se faire tirer dessus, elle appelle d’une voix rauque :

« Amie ! Je viens en paix ! J’ai des armes, des médicaments et de la bouffe ! Et je sais où en trouver d’autres !

_ Venez, vite ! appelle une voix d’homme.

De jeune homme. De jeune homme effrayé mais qui a trop souvent paniqué au cours des derniers jours pour s’étonner de voir une femme débarquer à l’improviste. En entrant dans la pièce, elle voit que le jeune homme s’est reculé, tenant dans ses bras une petite fille à moitié nue et couverte de morsures, tandis que deux hommes plus vieux – dont l’un porte une combinaison verte – se battent. Celui en vert semble avoir le dessous. Elle pourrait facilement tous les tuer, ici et maintenant, même dans son état, mais il est plus prudent de demander de l’aide. Même si elle reste à l’écart, au cas où ils se montreraient agressifs envers elle.

L’homme en vert cesse de s’agiter et lui demande d’une voix terrifiée :

_ Par où vous êtes passée ?

_ Il va falloir remettre les meubles en place. 

_ Oh non, non, non…

_ Qu’est-ce qui est arrivé à votre bras ? demande l’autre homme qui lâche le premier.

_ Main coupée. Aidez-moi. J’ai de quoi me soigner dans mon sac. Mais j’ai perdu beaucoup de sang. Je vais tomber dans les pommes. Si vous m’aidez, vous ne le regretterez pas.

Le jeune frissonne en regardant le moignon de Nina Ichka, mais il s’avance tout de même inspecter la blessure. Il ne doit pas se rendre compte d’à quel point il est pâle et parait mal en point. Lui aussi a de nombreuses cicatrices. 

Ils se présentent, tous, mais elle ne retient pas leurs noms. Elle fait uniquement attention à ce qui pourrait présenter une menace pour elle. Le jeune s’occupe des médicaments – il en donne aussi à la fillette – l’homme pas en vert va voir le barrage qu’elle a défait pour le remettre en place et l’homme en vert s’empare de leur arme. Nina Ichka s’accroche à son propre fusil tout en le surveillant. C’est lui la menace. Elle ne le quitte pas des yeux. Il a peur et a l’air prêt à péter son dernier plomb à n’importe quel moment.

Malgré elle, le choc, la fatigue et la perte de sang l’emportent. Elle finit par s’endormir. 

Par Luma
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Présentation

Catégories

Derniers Commentaires

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés