Jeudi 27 novembre 2008

Zombis-Episode 17 : de nouveaux amis

 

 

Nina Ichka revient à elle. La douleur, elle connait, et à coté de celle qui lui déchire le bras celle de sa tête est ridicule. Une stupide bosse. Une stupide bosse qui l’a mise KO un moment. Elle ne montre pas qu’elle est réveillée et écoute.

« Il faut la tuer, dit Jonathan.

La première parole sensée que Nina Ichka ait entendue de sa bouche. Il lui a fallu du temps mais enfin il comprend ce que l’ignominie d’être humain implique. Les autres n’en sont pas encore à ce stade : à présent que la peur et la décharge d’adrénaline sont passées ils protestent contre l’évidence. Nina Ichka sent des liens autour de ses poignets et de ses pieds, de la corde nylon qui rentre dans sa chair. Elle sent aussi une lame contre la peau de son cou. Elle est là depuis longtemps, elle a pris la température de son corps. Celui qui la tient l’a posée à plat sur le sternum et ne tremble pas. Nina Ichka entend sa respiration mais ne sent pas son souffle, il ou elle doit être trop loin pour qu’elle puisse l’attraper d’un seul geste. Autour d’elle la discussion continue. Mais oui, mais non, il faut, il ne faut pas, pas humain, pas humaine, monstre, mort, zombis, survie… bla bla bla.

Ils ont mis un pansement neuf sur son moignon. Pathétique.

La gamine a sûrement gardé la bombe sur elle. Ça les ferait tous sauter si Nina Ichka la déclenchait maintenat. Elle est prête à le faire malgré tout. Ces salopards l’ont attachée ; peu importe le prix à payer, elle veut leur peau. Elle porte toujours les mêmes vêtements : peut-être qu’ils ne l’ont pas fouillée après l’avoir désarmée et qu’elle a toujours le détonateur. Sinon il faudra qu’elle le leur reprenne.

Peu à peu elle réalise qu’elle est allongée dans l’herbe. Ils sont tous descendus du Requin d’après les voix – à moins que la petite ne soit restée dedans, impossible à dire puisqu’elle ne dit pas un mot. Nina Ichka est attachée et menacée. Pour s’en sortir il ne lui reste qu’à négocier, alors qu’ils savent tous très bien qu’elle veut leur mort. Inutile de continuer à jouer les assommées. Elle ouvre les yeux.

_ Elle se réveille, souffle Elliot.

C’est lui qui lui maintient une lame sur la gorge. Nina Ichka l’ignore. Elle a planté son regard dans les yeux d’Hélène et ne lâche pas. C’est la seule sur laquelle elle a une influence. La femme serre machinalement ses bras autour de son corps, brutalement mise à nue par ce regard de glace. Elle ne se soumet pas, elle ne propose pas de l’aider. Elle lui tient tête quelques secondes avant de détourner violemment les yeux. Manqué.

L’un après l’autre, Nina Ichka fusille du regard chaque personne présente qui s’érige en juge. Tous réagissent, leur colère et leur mépris masquent mal leur peur. Elle aurait pu continuer à les manipuler longtemps si elle avait daigné leur prêter plus d’attention. Mais Nina Ichka n’a pas de temps à perdre avec des regrets.

_ Laissez-moi partir, dit-elle. Vous avez le Requin et les armes. Qu’est-ce que vous gagnez à me tuer ?

Elle tente de ne pas trébucher sur les mots qui la hérissent :

_ Ce n’est pas humain. On est déjà peu nombreux à survivre. On ne gagnera rien à s’entretuer.

Difficile pour elle de garder son sérieux en leur ressortant leurs propres arguments, et elle n’est pas certaine de s’y prendre correctement. Mais ça marche. Ils hésitent de plus en plus. Hélène est la première à dire, d’une petite voix :

_ C’est vrai, on peut la laisser partir, non ? Elle ne nous fera pas de mal puisqu’on a tout gardé…

_ Cette sorcière…

La voix de Jonathan est basse. Etouffée. Par la rage qui monte en lui, une rage dont il tient encore suffisamment les rênes pour ne pas se mettre à hurler, mais pas pour longtemps. Il se lève. Ses poings serrés tremblent. Sa voix est claire lorsqu’il tente une nouvelle fois de convaincre les autres.

_ Cette sorcière, continue-t-il, était prête à nous abandonner. Elle a menacé Eva. Elle lui a mit un couteau sous la gorge. Et l’oncle Doc…

Le jeune homme n’arrive même pas à finir – le fragile lien qui l’empêche de tout simplement vider son chargeur sur la prisonnière sans défense n’est pas loin de se rompre. Dire que l’oncle Doc est mort briserait instantanément cette fragile lanière. Et ensuite ? Il rejoindrait Eva dans le 4x4, du sang sur les mains, et lui dirait qu’à présent lui aussi est un assassin ?

_ Je n’ai pas fait mal à Eva, dit Nina Ichka avec un terrible sang-froid. Je n’ai pas touché à un cheveu de sa tête. C’était juste un moyen de vous faire tenir tranquille. Quand à votre ami, c’est lui qui a sauté sur le Requin. Je ne l’ai pas forcé.

Jonathan lève son arme avant même de réaliser que c’est bien sa main qui s’est refermée sur la crosse de métal. Il hurle :

_ Saloperie de sorcière !

_ Jon, non ! crie Maëllie.

_ Vas-y ! s’exclame Elliot.

Hélène se cache les yeux. Max se lève et esquisse un geste vers Jonathan, sans savoir lui-même s’il veut l’empêcher d’agir ou l’encourager. Jonathan ne tire pas encore.

_ Demande-lui.

Le calme de Nina Ichka tranche parfaitement l’affolement qui monte.

_ Quoi ? demande Jonathan incapable de croire qu’il a réellement entendu ces mots.

_ A Eva. Demande-lui si je lui ai fait mal. Demande-lui si je ne lui ai pas fait un cadeau…

_ Ne mêle pas Eva à tout ça ! hurle Jonathan.

_ Pourquoi pas ? C’est la première concernée, non ? C’est d’abord pour elle qu’on m’accuse. Si c’est bien un simulacre de procès qui est en train de se jouer…

Les autres survivants s’échangent des regards. Ils sont d’accord pour ne pas laisser Eva à portée de Nina Ichka : elle ne pourrait que lui faire peur et ils ne veulent pas que la fillette assiste à sa mort. Pour le reste, ils sont indécis. Nina Ichka a tué l’oncle Doc. Nina Ichka les a sauvés des zombis. Sans sa précision de tir foudroyante et son 4x4, ils ne seraient pas là aujourd’hui. Et elle est cinglée. Mauvaise. Maléfique. Dangereuse. Epouvantablement dangereuse. Mais humaine. A peu près. Quel prix peut bien avoir cette humanité dans un monde en ruine ?

Jonathan a fait son choix. Pour Eva, justement, pour la protéger, il est prêt à exécuter la sentence. Quiconque serait prêt à prendre sa place est le bienvenu. Mais il sait qu’il n’y aura personne. Tout ce qu’il peut faire c’est convaincre les autres de se ranger à son avis.

_ Si vous prenez le temps de me juger, continue Nina Ichka, détachez-moi au moins les mains. Au moins mon moignon. Je souffre horriblement. Et je ne pourrais rien faire avec un bout de bras amputé, pas vrai ?

Hélène s’avance. Elliot lui fait signe de reculer et détache lui-même les poignets de Nina Ichka, tout en maintenant son couteau. Il ne s’attend pas à devoir l’utiliser. Il n’est pas suffisamment prêt pour un assaut suicidaire.

Avec la rapidité d’un serpent Nina Ichka attrape un doigt de la main qui tient le couteau qu’elle brise d’un violent mouvement. Elliot hurle de douleur avant d’avoir compris ce qui se passait. Son propre couteau, lâché et rattrapé par la guerrière, lui tranche la gorge. Puis Nina Ichka coupe les liens de ses jambes. Le tout a pris moins de six secondes. Le temps nécessaire pour que toutes les autres armes se braquent sur elle. Trop tard. Une balle part et la rate. Nina Ichka est derrière Jonathan, le seul dans sa colère à avoir osé s’approcher autant d’elle, le fameux couteau encore dégoulinant de sang est sur sa gorge à lui, tandis qu’Elliot achève de mourir sur le route. Les autres sont pétrifiés.

Lentement Nina Ichka et son prisonnier font un tour sur eux-mêmes. La route est déserte, parsemée ici et là de carcasses de voitures. Au loin, quelques groupes de morts-vivants errent. Ils ne menaceront pas le fragile équilibre avant une bonne heure. Parmi les humains, nul ne fait un geste. Nul n’ose respirer. Le silence rend plus atroce encore le bruit du sang d’Elliot tombant goutte à goutte sur le bitume. Les survivants réfléchissent à toute allure, tentant d’empêcher leurs pensées de tourner en rond comme des hamsters affolés – difficile hélas de penser sainement quand on est coincé avec une psychopathe apparemment increvable. Nina Ichka, quand à elle, ne réfléchit plus. Elle a laissé son instinct de tueuse prendre la relève. Sa haine la guide. Elle pense à la bombe qu’elle a donnée à Eva, au détonateur, à l’explosion qui la tuera sans doute si elle l’utilise maintenant. Ils l’ont attachée et ont volé son Requin. Si elle doit mourir pour tuer enfin les derniers humains souillant encore cette planète, elle le fera.

Si elle doit se contenter de sacrifier le Requin, ce sera presque aussi difficile, mais elle le fera également.

_ Bien. Maintenant tout le monde m’écoute. Je ne vais pas me compliquer la vie en retentant de jouer avec des otages et je ne crois pas que vous teniez assez à votre pote pour me rendre mon Requin en échange. Donc vous me donnez un fusil et des munitions. Et ma serpe. Et nos routes se séparent. Moi d’un coté, vous et le Requin de l’autre, et bon voyage en enfer.

Silence. Nina Ichka donne un coup de coude à Jonathan pour le pousser à encourager ses troupes, il met un point d’honneur à ne même pas gémir. Du coin de l’œil il voit qu’Eva est sortie du 4x4. Il voudrait lui dire quelque chose pour qu’elle ne s’en fasse pas, qu’elle retourne sagement à l’intérieur et qu’elle laisse les grands s’occuper des problèmes. Il voudrait lui jurer que tout ira bien. Sauf que ce serait d’une hypocrisie qu’Eva ne mérite pas. Elle comprend très bien ce qui se passe. Et sait douloureusement que les grands n’ont pas de solution à tous les problèmes.

_ D’accord ! dit Maëllie. On fait l’échange.

Nina Ichka a un bref sourire éclaboussé de sang. Elle réussi pendant une fraction de seconde à être plus terrifiante encore qu’auparavant. Max prend Eva dans ses bras et s’arrange pour la protéger de son corps, au cas où. Maëllie va chercher ce que Nina Ichka demande. Ils ne savent pas où la sorcière veut en venir, ils savent juste qu’elle a un as dans une manche et un lance-flamme dans l’autre et qu’elle est imprévisible. On peut tout redouter de sa part. Hélène continue à braquer son arme sur elle. Le canon de son revolver tremble tellement que si jamais elle lâchait un coup de feu, elle aurait autant de chance de tuer Jonathan que Nina Ichka.

Maëllie jette les armes à l’extérieur du Requin. Nina Ichka entame une manœuvre prudente, Jonathan toujours au bout de son couteau, pour les récupérer. En même temps elle tâte l’une de ses poches. Si le détonateur n’y est pas, c’est forcément Jonathan qui l’a, lui qui semble avoir remplacé l’oncle Doc dans le rôle de chef officieux de leur petite bande. Mais il y est. Nina Ichka retient un nouveau sourire et termine la périlleuse manœuvre sans encombre. Maëllie la menace également. A sa place, Nina Ichka aurait tiré depuis longtemps.

Vont-ils tirer quand elle aura lâché Jonathan ? Peut-être. Avec une seule main elle ne sera pas assez rapide pour attraper le fusil et faire feu à son tour. Elle s’approche de l’arme et oblige lentement Jonathan à se baisser avec elle et à la lui mettre sous le bras. Après quoi elle se sert de lui comme bouclier humain et le jette vers le groupe armé. Ils restent assez longtemps empêtrés pour qu’elle ait le temps de se réfugier derrière la barrière de sécurité, de jeter son couteau et de prendre le fusil. Ils n’ont pas demandé leur reste et s’enfuient à toute allure à bord du Requin, trop heureux d’être débarrassés de cette folle.

La folle lâche l’arme – qui ne servait qu’à les dissuader de la suivre pour la tirer comme un lapin, au cas où une idée sensée leur passerait enfin par la tête – et enclenche le détonateur.

A une cinquantaine de kilomètres de là, la bombe qu’Eva a jeté par la fenêtre ne reçoit pas le signal et n’explose pas.

Le Requin n’explose pas davantage.

Nina Ichka si.

Elle hurle de rage devant l’odieux spectacle de son échec. Elle prend le fusil et gaspille ses munitions autour d’elle. Elle frappe le sol. La rage la transperce en une atroce brûlure interne. Elle n’entend même pas les sons déchirants qui sortent de sa gorge en feu. Jamais, de toute la fureur de sa haine, jamais elle n’avait ainsi perdu le contrôle d’elle-même.

Elle ne se rend même pas compte qu’elle a attiré un groupe d’une dizaine de zombis. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour les fuir. Mais qui parle de fuir ? Elle attaque avec un plaisir sauvage.

 

Dans le Requin, la seule enfant à avoir tenu tête aux ordres de la redoutable Nina Ichka guette anxieusement par la fenêtre. Lorsque la sorcière est hors de vue, elle respire. Elle aurait voulu faire quelque chose d’horrible à cette ignoble femme qui leur a fait tant de mal. Elle ne saura jamais que son seul geste de rébellion les a tous sauvés.

Le silence de l’habitacle devrait être rompu par une question, la question qu’ils se posent tous : « Et maintenant, où va-t-on ? ». Personne ne parle. Jonathan ne veux pas s’excuser d’avoir laissé Nina Ichka en vie, pas devant l’enfant. Max et Maëllie ne veulent pas parler d’Elliot, qu’ils sont les seuls à avoir vraiment connu, et encore, si peu. Eva est perdue dans ses cauchemars. La honte, le regret, le deuil et la culpabilité des survivants leur colle à la peau et englue la moindre de leurs pensées. La peur de l’avenir ne parvient même plus à se frayer un chemin dans leurs esprits embrumés de ténèbres.

Hélène branche la radio. Les grésillements emplissent l’habitacle. Aucune réaction des autres. Méthodiquement Hélène explore toutes les stations radios. C’est finalement elle qui rompt le silence – d’une voix qui s’excuse presque :

« Il doit bien y avoir d’autres survivants quelque part, non ?

Jonathan se force pour lui répondre :

_ Oui. Sûrement.

Son sourire est bien trop pauvre et crispé pour convaincre qui que ce soit. Hélène fait semblant de ne pas s’en apercevoir et se concentre d’autant plus sur la radio. Jusqu’à ce qu’elle entende un mot au milieu des grésillements. Elle s’étonne, repasse en arrière. Rien. Puis un autre, un son si humain, peut-être un mot, peut-être un hasard, en tous cas un espoir…

Elle ne fait aucune remarque et note la fréquence. Lorsqu’ils arrivent à un carrefour, elle demande simplement à Jonathan de continuer tout droit. Pour le jeune homme cette direction en vaut une autre et il obéit. A la tombé de la nuit, alors qu’Hélène commençait à se demander si elle avait eu des hallucinations, ils captent enfin quelque chose, quelques bribes de mots, une voix de femme, et enfin un appel clair et déchirant :

« A tous les survivants ! J’ai un refuge ! J’ai des armes et de la nourriture ! Et beaucoup de matériel ! Je suis seule ! Venez m’aider ! Si il reste un seul être humain sur cette foutu planète, venez ! »

Puis la femme explique qu’elle s’appelle Brenda et a trouvé refuge chez une folle surarmée qui est partie avec sa meilleure amie sans laisser de traces. Brenda a des sanglots dans la voix et quelques traces d’hystérie mais elle arrive à expliquer très clairement comment la retrouver. Au bout de quelques minutes le message revient à son point de départ et recommence. Elle l’a sans doute enregistré avant de le lancer sur les ondes.

_ Qu’est-ce qu’on fait ? demande Jonathan.

_ On y va ! dit Maëllie sans hésiter.

_ On y va, murmure Max qui lutte péniblement contre le sommeil.

_ On y va, marmonne Hélène en regardant ses mains.

_ Moi aussi je veux y aller ! s’exclame Eva.

C’est la première fois qu’elle prend la parole spontanément depuis… une bonne éternité. Jonathan la remercie d’un immense sourire avant de lancer d’une voix joyeuse :

_ Alors on y va ! C’est parti ! »

 

Nina Ichka marche dans la campagne dévastée. Elle n’a pas envie de voler une voiture. Elle préfère pouvoir massacrer tout ce qu’elle trouve sur son chemin. Son humeur épouvantable est loin d’être calmée. Quelque part au fond de son esprit se trouve vaguement l’idée qu’elle devrait rentrer chez elle pour refaire le plein d’armes, de nourriture et de médicaments. Le reste est noyé par la haine et par une fureur qui ne peut s’apaiser que dans le sang. Tous les zombis qu’elle rencontre ne sont pas en état de saigner. Elle s’en contente.

Un véhicule arrive vers elle. Surprise, elle lâche la tête de mort-vivant qu’elle tenait par les cheveux et se cache instinctivement derrière un arbre providentiel. L’engin arrive par les champs et se rit de la boue et des fossés avec une aisance qui aurait ridiculisé le Requin lui-même. C’est un tout-terrain militaire, aucun doute, mais on a peint sur ses flancs différents symboles punks et anarchistes. Peu après un groupe de motard le suivent, volant presque au-dessus des champs tandis qu’ils sautent les obstacles avec une grâce étonnante.

Nina Ichka n’y voit que du danger. Elle range sa serpe et attrape son fusil. Ils sont trop nombreux pour qu’elle puisse les attaquer avec un espoir de victoire – à moins vraiment qu’ils ne se méfient pas du tout et soient incapables de se battre…

Un coup d’œil prudent lui apprend que les motards portent tous un fusil ou des chaînes qu’ils font tournoyer autour d’eux. Leurs engins sont maculés de sang et de morceaux de zombis putréfiés. Dangereux. Autant se faire discrète et les esquiver. Elle peut aussi tenter d’abattre le dernier et de lui prendre sa moto. Mais non, sa main serait un trop grand handicap pour conduire.

Elle les aurait laissé partir s’ils n’avaient pas commis l’erreur de l’apercevoir et de fondre sur elle comme une meute de loups. Du coup la prudence n’est plus de mise et elle commence à les abattre le plus vite possible. Pas assez vite. Elle esquive de justesse une chaîne, roule sur elle-même, parviens à ajuster un autre motard. Les survivants la cernent. Le 4x4 boucle le cercle. Deux femmes surarmées en sortent. Parmi les motards, seules deux autres sont des femmes. Tous ces gens n’ont pas beaucoup de points communs, certains sont coiffés et tatoués à la manière des punks, d’autres ont l’air échevelé de cadres partis faire la tournée des bars à la sortie du bureau, l’un d’eux a une allure militaire sous son survêtement tâché de sang. Ils ont tous moins de vingt-cinq ans. 

Une fois certains de tenir leur proie, les motards ne se donnent pas la peine d’attaquer immédiatement. L’un d’eux l’apostrophe :

« Dis donc la vieille, t’as un joli coup de fusil. Fait voir ton arme ?

Le ton est presque aimable, le contexte suffit amplement à constituer une menace. Nina Ichka ne répond pas, se contentant de braquer son terrible regard dans les yeux du type qui parait légèrement désarçonné. Puis, craignant de perdre la face devant les chiens sauvages qui l’accompagne, il aboi :

_ File ton arme !

Le fusil est vide et ils sont trop nombreux pour qu’elle s’échappe. Jurant de tuer cet homme à la première occasion, Nina Ichka obéit.

_ Bien, approuve-t-il avec un sourire mauvais. Tu nous as dégommé un paquet de gars. Va falloir les remplacer. Qu’est-ce que tu sais faire ? Si tu ne sais rien faire, on va devoir trouver pour toi…

Nina Ichka promène lentement son regard sur les autres motards et les jauge soigneusement. Ce qu’elle voit lui plait. Non, elle n’aime pas ces ignobles déchets humains plus qu’elle n’aime les autres, mais eux obéissent à des lois qu’elle est capable de comprendre. La loi du plus fort. Elle sourit.

_ Tuer des gens, répond-elle calmement, je sais très bien le faire.

L’homme qui l’interrogeait n’a pas le temps de comprendre cette réponse avant de mourir égorgé par la serpe.

Elle regarde les autres, l’arme toujours à la main mais la lame vers le bas, offrant tout ce qu’elle peut rassembler d’expression ressemblant à de la bonne volonté.

_ Alors, pas de boulot pour moi ?

La conductrice du 4x4 émet un petit sifflement admiratif. Les autres regardent Nina Ichka avec un mélange de peur et d’admiration qui lui est familier, mêlé à un autre sentiment qu’elle ne se rappelle pas avoir déjà croisé. Au bout d’un moment elle parvient à mettre le doigt dessus. Du respect. Ils peuvent encore la mettre en miette mais savent qu’individuellement elle se bat mieux qu’eux, et ça leur plait.

_ Sans doute que si, répond un motard. Monte. »

 

 

Par Luma - Publié dans : Zombi
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Catégories

Derniers Commentaires

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés