Zombi-Episode 16 : boîte à sardine
En voyant le 4x4 démarrer, Jonathan écarquille les yeux en hurlant :
“Nan ! Qu’est-ce qu’elle... ?”
L’oncle Doc s’est raccroché tant bien que mal aux grilles renforcés, luttant pour ne pas tout lâcher. Ils restent là, regardant le véhicule blindé se frayer un chemin au travers des cadavres en putréfaction, partiellement en flamme. Maëllie se cache le visage dans les mains et s’effondre, en larmes. Elle n’en peut plus. Ils avaient tous eu une porte de sortie et il a fallu qu’un improbable coup du sort vienne tout gâcher. Une fois de plus. Elle a envie de prendre une arme, de s’en servir, contre n’importe qui, même elle s’il le faut. Les horreurs s’accumulent et le coup de poignard de la Capitaine-Crochet est l’horreur de trop.
Elliot est lui aussi décontenancé, à cheval sur le rebord de la fenêtre. Il ramène sa jambe du bon côté, l’air penaud. Jonathan ne cesse de jurer, donnant des coups de pied rageurs au mur. Il ne se contrôle plus et frappe encore. Ils sont coincés ici, à plus de deux mètres du sol infesté par le brasier de morts-vivants.
“C’est elle, je vais la buter, c’est forcément elle...”
Il ne leur reste que peu d’armes mais il prend le fusil à pompe de l’oncle Doc et vise. Sauf que le 4x4 est à présent trop loin et qu’il pourrait tout aussi bien tuer son ami avec. En bas, les morts-vivants se sont désintéressés d’eux et tentent de suivre la véhicule, sans se soucier des flammes qui les rongent. Une lueur vive embrase ses yeux. Faisant signe aux autres de faire le moins de bruit possible, il dit :
“On décolle.”
Il soulève Maëllie et lui demande de passer juste après lui. Il saute, tombant douloureusement sur ses pieds. Quelques zombis essayent de repérer ce brusque mouvement mais Jonathan reste tapis sur le bitume, sans bouger, prêt à dégommer les curieux. Rapidement ils se désintéressent de lui pour suivre toute la troupe dans le sillon du 4x4 encore empêtré dans les amas de corps, à l’autre bout de la place. Jonathan se redresse et fait signe à Maëllie de se suspendre à la fenêtre. Puis elle lâche, tombant sur le garçon qui amortit sa chute. Elliot, tout tremblant, s’écroule à sa suite. Sa blessure lui fait mal mais il se contente de serrer les dents, pour ne pas paraître moins téméraire que cette bande de gamin qui l’ont déjà sauvé plus d’une fois.
“Suffit de traverser l’enfer... jure Jonathan.
_ T’es sûr que... essaye de lui demander Maëllie.”
Il se contente de hocher la tête, le fusil à pompe en main. À l’autre bout le 4x4 reste embourbé entre deux tas de cadavres, mais il n’y a plus de trace de l’oncle Doc. À l’intérieur du véhicule, Nina Ichka fulmine.
“Allez ! Ecrase, écrase !”
Elle donne de violents coups de pieds à l’accélérateur mais les roues refusent se suivre.
“Et merde ! La marche arrière ! hurle-t-elle à Hélène qui s’empresse d’obéir. Allez, bon sang, dégage ! Ecrase !”
Le 4x4 dérape d’un seul coup, dans une gerbe de chair et de sang qui suinte des roues. Cela fait un moment qu’à l’arrière Max ne voit plus rien. Il se sent mal, son front le brûle et il a une furieuse envie de vomir. Nina Ichka se remet à pester : à travers le pare-brise elle peut voir les autres approcher, derrière la horde de morts-vivants. Un instant elle a envie d’appuyer à fond sur l’accélérateur pour aller les écraser. Mais de loin, Jonathan lui fait bien comprendre qu’il pourrait facilement lui tirer dans les roues, seul point faible apparent du Requin. Elle ne peut pas reculer à cause de la rue obstruée. Si elle avance, elle sera dans la ligne de mire. Et les morts-vivants commencent à s’amasser autour du véhicule.
Elle déteste être obligée de revoir son plan si limpide. Il suffirait d’attirer l’attirer l’attention sur les trois autres humains pour qu’ils se fassent dévorer. Mais de là où elle est, cela lui semble impossible. Il va falloir parlementer, trouver encore un discours crédible pour s’attirer leur faveur... Et puis zut. Elle a passé trop de temps avec cette bande de pseudo-héros. Si elle ne met pas une distance avec eux, jamais Hélène ne sera à sa solde.
“Passe la première. Faut qu’on se sauve nous. On ne peut pas traîner éternellement ces boulets, tu comprends ?”
Hélène se contente de hocher la tête et d’abaisser le levier. Le couteau est toujours collé à la gorge d’Eva. Le 4x4 s’approche lentement du reste du groupe, heurtant les morts-vivants incapables de s’accrocher. Le temps que la foule de zombis fasse demi-tour, le véhicule se place de biais face à Jonathan et ses deux suiveurs. Abaissant un peu la vitre, Nina Ichka hurle :
“J’ai déblayé le terrain ! Fallait rester là-bas ! Essayez de grimper !”
Jonathan abaisse son arme pour un temps. Il n’est pas question de faire un geste brusque. Il a repéré le couteau. Et il ne sait toujours pas où se trouve l’oncle Doc. Il n’y a pas de zombis hystériques dans le coin, il ne peut donc pas être en train de servir de déjeuner. Il faut faire vite, Déjà Elliot grimpe sur le véhicule et rampe jusqu’à l’ouverture du toit. Il donne un coup de pied paniqué au premier mort-vivant et se brûle la main sur la carrosserie bouillante. Il tombe sur Max qui commence à délirer sur la banquette arrière, se faisant le plus petit possible.
Maëllie commence à son tour l’ascension alors que la foule des morts-vivants heurte le 4x4. Jonathan se doute qu’il n’aura pas le temps d’entrer. Il dégomme une tête. Une fois Maëllie à l’intérieur, il n’y aura plus vraiment de place. Et il ne voit pas comment virer Nina Ichka de sa place. Sauf que s’il les laisse à sa merci, il y aura des sacrifices.
La femme le regarde droit dans les yeux, donne un coup d’accélérateur, demandant à Hélène qu’elle passe la marche arrière, puis la première, pour déblayer un peu les environs. Cela laisse quelques secondes de répit à Jonathan pour prendre sa décision. Et à Hélène pour lui asséner un violent coup derrière le crâne. Eva s’empresse d’ouvrir la portière pour se réfugier auprès de Jonathan, s'immobilisant aussitôt en voyant les dizaines de zombis encore debout, que le feu généralisé n’a pas consumé.
La place n’est désormais plus qu’un incendie. Le feu a dû prendre quelque part et petit à petit tous les corps à terre propagent les flammes. Jonathan tire encore quelques coups en entrant dans le 4x4. Hélène est occupée à déloger le corps de Nina Ichka du siège avant mais personne ne l’aide. Elliot hurle en voyant les morts-vivants grimpés sur le véhicule, rebouchant tant bien que mal le toit ouvrant :
“Jetez-la dehors !
_ Elle nous a sauvé ! proteste Hélène.
_ Elle voulait nous laissez crever ! On fait pareil !
_ Elle nous a sauvé !
_ Et elle ne le voulait plus !”
Jonathan met fin à l’engueulade en poussant le corps de la femme contre Hélène. Ils n’ont pas le temps de se débarrasser d’elle. Le sang du moignon de Nina commence à suinter mais la jeune fille n’en a plus rien à faire. Elle défait comme elle peut l'amalgame de scotch et s’empare du couteau qu’elle place sous la gorge de leur ennemie, pour le moment où elle se réveillera. Ecrasée par le poids du corps inerte, elle ne voit pas grand chose. Mis à part le visage crispé de Jonathan, Eva sur ses genoux, qui malmène le 4x4 pour le sortir du bourbier de zombis et de la place incendié.
Il se demande finalement s’il aurait pu faire sauter un pneu avec son fusil à pompe au vue de leur extrême résistance à toutes les embûches. Il fait brièvement un tour pour revenir près du mur de la station d’épuration. Aucune trace de l’oncle Doc. Il sait ce que ça signifie. Il sait aussi ce qu’il doit faire et il en a les larmes aux yeux. Faisant rugir le moteur il s’éloigne de la place, suivant les voies des bus et du tramway, moins encombrées d’autres véhicules. Le regard brûlant concentré vers l’extérieur, Jonathan mène le 4x4 hors de la ville, loin du foyer de zombi, loin de l’oncle Doc.
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