Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /Oct /2008 14:11

Zombi-Episode 15 : Feu de joie

 

 

 

Enfin un peu d’action. Nina Ichka est toujours affaiblie par sa blessure mais elle va de mieux en mieux et pense bien être plus forte, malgré sa mutilation, que chacun des autres humains prit individuellement. En groupe, bien sûr, c’est une autre paire de manches. Au moins elle peut compter sur le soutien sans faille et un brin fanatique d’Hélène, qui vénère la moindre de ses armes et de sa force de frappe. Ça ne durera peut-être pas, cette admiration devant la puissance sauvage d’une meurtrière. Peut-être qu’elle va s’apercevoir que Nina Ichka est un danger pour toute civilisation qui se respecte, un prédateur à abattre au plus tôt avant qu’il ne vous saute à la gorge. Et peut-être qu’en ces temps où la civilisation n’est plus qu’une façade de bonnes manières précieusement brandis par des survivants épuisés et effrayés, Hélène va définitivement adopter la violence de Nina Ichka. Et peut-être même que d’autres suivront. Pas Oncle Doc ni Jonathan. Ils sont trop attachés à leurs antiques valeurs de rouage d’une belle société d’entraide et de partage. Quand aux autres, ce n’est pas impossible, si Nina Ichka s’y prend bien. Sauf qu’elle n’a pas la moindre envie de s’y prendre bien, elle hait l’humanité, que ce soit ses disciples soumis ou ses ennemis farouches, tous y passerons, l’ordre du massacre n’est qu’une question de méthode et de rentabilité des risques. A la limite, elle supporterait même mieux des ennemis que des alliés. Il y a toujours moyen de s’amuser dans un combat, tandis que frapper quelqu’un dans le dos n’a rien de bien intéressant.

Dans son Requin, elle veut Hélène, Eva et l’un des chevaliers servant de la petite fille. L’oncle Doc, Jonathan, Max, Maëllie et Elliot sont doués, chacun dans leur genre, ils peuvent tous lui être utiles. Mais si elle en accepte deux, ils se mettront à comploter et ça sera difficile à surveiller, même en brandissant la menace de faire exploser la fillette. Ce chantage-là est trop grossier, surtout dans le 4x4 qui malgré sa taille ne permettrait pas de déclencher la grenade sans tous les tuer. Non, elle va utiliser quelque chose de plus subtil, un couteau sous la gorge, un revolver, quelque chose comme ça. De quoi motiver les troupes. Les héros qui composent ce petit groupe seraient bien capables de se laisser tuer pour ne pas céder à la méchante Nina Ichka brusquement dévoilée, tandis qu’ils feraient n’importe quoi pour protéger l’enfant. Stupide et utile. La guerrière ne sait pas encore qui elle va emmener. Elle verra bien qui arrivera au Requin en un seul morceau et fera le tri à ce moment-là.

L’équipe s’avance dans les couloirs. Peu de zombis. Ceux qui restent sont dégommés aussi facilement que des canards sur un stand de tir. Nina Ichka regrette un peu son carnet de proies : elle a perdu le compte. Foutus cachets. A présent la douleur de la blessure la torture mais elle a les idées bien plus claires.

« Recharge » ordonne-t-elle sobrement à Eva qui obéit. Cette petite est vraiment surprenante, pleine de ressources et en même temps trop paniquée pour oser seulement penser à s’enfuir seule. Et elle est agréablement silencieuse. Une prisonnière de choix. En permanence couvée du regard par les adultes, ce qui rehausse encore sa valeur.

La salle qui surplombe le Requin n’est pas envahie par les zombis. Les survivants peuvent facilement enlever le meuble qui bouche la fenêtre, après quoi il ne leur reste plus qu’à sauter sur le toit de l’engin et entrer par le toit ouvrant. C’est si simple…

Trop simple, bien sûr.

Au-dehors, des centaines de zombis grouillent. Nina Ichka grimace en voyant tous ces cadavres pris dans les piques : ce ne sont plus des pieux qui entourent le Requin, mais une couche molletonnée de corps putréfiés. Certains bougent encore : ils ont été pressés contre les pare-chocs par la foule de leurs congénères mais rien n’a touché leurs cerveaux. Ils lèvent un bras pathétique vers les humains en émettant des râles de désir. La faim les tenaille tous. Seuls les humains peuvent l’apaiser. Se frayer un chemin parmi eux présente un beau défi qui arrache un sourire à l’implacable Nina Ichka. Elle imagine déjà la voie de feu et de sang qu’elle va s’ouvrir.

Elle fait signe au groupe de reculer et de fermer la fenêtre. L’armoire métallique claque sur deux bras qui tentaient de s’introduire dans l’ouverture.

« Bien sûr, ironise l’oncle Doc, vous avez un plan.

_ Cocktails Molotov pour démarrer le ménage, armes à feu pour les maintenir en bas, ensuite on entre dans le Requin et on file.

_ Et où est-ce qu’on trouve de l’essence ? Tout est électrique ici.

_ Il y a forcément un garage.

_ Où ils seront aussi nombreux que devant le bâtiment…

_ Pas sûr. Hé, Hélène, tu bossais ici avant ?

L’intéressée redresse la tête brusquement en entendant son nom puis la secoue négativement. Puis elle murmure :

_ De l’alcool, ça irait ?

_ Beaucoup ? Du concentré ?

_ Beaucoup… de l’alcool à boire… wisky, vodka, tout ça…

_ Facile d’accès ?

_ Là où… j’étais enfermée.

_ Bien. Changement de plan ! On arrose tout ça et on fout le feu.

_ Le feu ne leur fera rien, proteste l’oncle Doc de plus en plus excédé. Et on risque de faire exploser votre 4x4 !

_ Aucun risque pour le Requin, il est protégé contre ça. Par contre, un corps qui flambe, à la fin il n’en reste que des cendres. Et les morsures de cendre, ça ne fait pas très mal.

_ Il faudrait plus que quelques bouteilles d’alcool pour réussir un feu pareil !

_ Hélène a dit qu’il y en avait beaucoup, pas vrai ?

_ Oui, vraiment beaucoup.

_ Alors c’est réglé. Les valides vont aider Hélène à chercher ça. Je reste là avec la petite et le transfusé tout pâlot.

_ Je reste aussi, dit sobrement l’Oncle Doc. Des fois qu’ils réussissent à entrer par la fenêtre.

_ Très bien.

_ Parfait. »

Tous les deux se défient du regard. L’Oncle Doc est devenu tout naturellement le chef du petit groupe de survivants, sans que personne ne se donne la peine de formuler ce fait. Nina Ichka est en train de le supplanter. Ce n’est pas ça qui le gêne – il est prêt à laisser la responsabilité du groupe au premier qui serait capable de l’assumer mieux que lui, et avec grand plaisir. Non, le problème, c’est que les gens soient prêts à la suivre aveuglément parce qu’elle est d’une violence redoutable. Dans l’univers chaotique qu’est devenu le monde, ça rassure de savoir qu’un tel concentré de pulsions meurtrières est de son coté. Mais cette puissance est maléfique, l’Oncle Doc en est de plus en plus persuadé, ils ne doivent surtout pas la suivre aveuglément. Pas facile tant que Nina Ichka continuera à être la seule à avoir des plans vraiment efficaces. Des plans de destruction si gigantesques que même le geek admirateur des films de zombis ne les a pas imaginés.

Les autres reviennent, serrant dans leurs bras le précieux butin. Hélène n’avait pas exagéré, il y avait plus d’une centaine de bouteilles dans la cache, et ils sont parvenus à en ramener une trentaine. Ils demandent à Nina Ichka si c’est suffisant mais c’est l’Oncle Doc qui répond. Il ne veut pas perdre complètement le contrôle de la situation. Enfin ils sont prêts à se lancer. Pas de coups de feu pour commencer, les zombis qui tenteront de monter jusqu’à eux seront repoussés à coup de serpe et de crosse de fusil. Ils seront copieusement arrosés. Une fois bien imbibés d’alcool, il n’y aura plus qu’à lancer un chiffon enflammé. Un plan si beau dans sa simplicité qu’on en oublierait le danger à faire une gigantesque flambée de monstres sous leurs pieds, au-dessus d’une voiture qu’ils sont censés gagner tous ensemble. Tout le monde se lance.

Lorsque le feu est lancé, Max se dit que ça ne va pas marcher, qu’il est impossible que quelques gouttes d’alcool suffisent à faire brûler un zombi entier, à plus forte raison une armée de morts-vivants, ils n’auront que quelques blessures superficielles sur la peau, pour ceux qui ont encore une peau, et ça sera tout…

Et c’est bien ce qui se passe dans un premier temps. Jusqu’à ce que Nina Ichka se mette à jeter les bouteilles restantes sur la foule. Plus question d’arroser, le verre explose sur la carlingue du Requin et allume de jolies boules de feu qui entament de plus en plus profondément la chair morte de leurs assaillants. Finalement la guerrière confie les bouteilles aux autres et défend férocement la fenêtre à grands coups de serpe, décapitant leurs assaillants au milieu des flammes. Les corps désarticulés gênent les suivants et s’entassent dans un embrouillamini de membres de plus en plus carbonisés. La scène est dominée par une odeur épouvantable de chair grillée. Malgré la fatigue, la douleur et l’usage de la main gauche, Nina Ichka est d’une redoutable efficacité. Elle est la seule qui n’a pas l’air de souffrir de la chaleur.

Peu à peu, le feu se propage d’un zombi à l’autre et l’espace autour du Requin n’est plus qu’une fournaise dominée par une démone au sourire cruel.

Lorsqu’il ne reste plus sur le toit de l’engin qu’un amas de chairs calcinées inidentifiables, Nina Ichka fait signe à ses troupes de lancer de l’eau pour refroidir un peu leur piste d’atterrissage et saute. Elle explose quelques cervelles trop loin de la ligne de feu pour en être gênées. L’oncle Doc la suit et prend le relais, elle en profite pour ouvrir le toit ouvrant et se glisser dans l’habitacle. La chaleur est atroce mais pas mortelle et c’est tout ce qui importe. Comme prévu, les chevaliers servants prennent toutes les précautions pour descendre la petite Eva en premier. Après quoi ils aident Hélène et Max. Pendant ce temps, en bas, Nina Ichka a sorti l’un de ses innombrables couteaux et l’a attaché à son avant-bras mutilé à l’aide d’un gros scotch de déménagement qu’elle déchire avec les dents. Un bricolage qui n’est peut-être pas très hygiénique mais terriblement efficace. Après quoi, tandis que les autres s’agitent en s’aidant les uns les autres sur le toit brûlant, la guerrière fait un grand sourire d’ogre à la petite fille et lui fait signe de venir s’assoir sur ses genoux, derrière le volant. L’enfant, terrifiée et fascinée, obéit. La lame qui remplace la main d’une façon obscène s’agite près de son visage. Elle ferme les yeux.

Hélène se glisse à son tour dans l’habitacle, suivit par Max. Tous les deux écarquillent les yeux en voyant Nina Ichka menacer la petite fille. Elles obéissent immédiatement lorsqu’elle envoi Max à l’arrière et Hélène sur le siège de droite. Après quoi… puisque le compte est bon, autant démarrer.

« Hélène, passe la première. » ordonne Nina Ichka. Elle va avoir besoin d’aide pour conduire mais tant qu’elle aura la gamine à sa merci elle devrait facilement en obtenir. A l’arrière, Max cache son visage dans ses mains comme pour refuser de se laisser toucher par l’horreur. Ce qui ne change rien, bien sûr. L’horreur est là. L’horreur ne s’en va jamais.

Nina Ichka démarre en trombe, abandonnant les autres à leur sort sans le moindre remord. Elle voit bien que l’Oncle Doc n’est pas tombé du toit comme il l’aurait dû, il s’est sans doute raccroché à quelque chose, mais ça n’a aucune importance. Lui non plus – lui le premier – n’osera rien faire tant qu’elle aura l’enfant.

Dans un terriblement rugissement de moteur elle roule sur les derniers cadavres en train de flamber, empalant quelques membres sur son pare-choc, dont les flammes jettent de jolies lueurs dans la nuit.

 

 

Par Luma - Publié dans : Zombi
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