Zombi-Episode 7 : Espoir
L’appartement d’Alexis, l’appartement d’Alexis…
Courant sous le soleil de plomb avec l’énergie du désespoir, Joanna a le cœur prêt à exploser et un point de coté qui lui broie le ventre. Elle ne veut pas s’arrêter. Il y a des monstres dans cette ville. Les zombis sont les plus nombreux. Nina Ichka est la plus terrible.
Joanna rate plusieurs fois son but, n’arrivant à reconnaitre les lieux à travers le double rideau de sa sueur et de ses larmes, perturbée aussi par les rues vides et les détours qu’elle fait chaque fois qu’elle croit entendre le râle d’un mort-vivant. La sueur qui coule sur ses mains lui fait craindre à chaque instant de lâcher ses précieuses armes et elle se crispe de toutes ses forces autour du fusil et de la faucille, se sentant parfaitement incapable d’utiliser l’un comme l’autre.
Mais enfin elle y est, l’Appartement d’Alexis, celui qu’il partageait avec sa famille… et sa petite sœur… la petite Eva…
Imaginer Eva transformée en immonde créature la révolte, mais pas autant que de penser qu’Alexis est mort. C’est drôle comme on se découvre quand le moment fatal est arrivé… Il y a seulement une semaine Joanna aurait juré qu’elle serait bien plus triste de la mort de Kévin, son petit ami, que de celle d’Alexis, son ami d’enfance qui s’était peu à peu mué en simple connaissance, qu’elle aimait toujours bien, mais voilà , juste bien… Et bien non. Alexis est mort et ça parait intolérable à Joanna qui monte lentement, tremblant dans la fraîcheur des escaliers en pierre.
Elle entend un râle derrière elle. Elle se retourne. Un zombi est là . Et elle ne sait pas se servir du fusil, ni du revolver, ni de la faucille. Elle reste pétrifiée quelques instants – instants que la créature met à profit pour se rapprocher d’elle en titubant – et à sa grande horreur s’aperçoit qu’elle évalue les forces de son ennemi avec une froide digne de Nina Ichka. Dès que le mort-vivant est assez près d’elle, elle utilise le fusil comme une matraque pour lui donner un grand coup à la poitrine et l’empêcher d’utiliser ses bras. De l’autre main, elle utilise la faucille pour lui trancher la tête. Il faut sans doute la force de Nina Ichka pour trancher d’un seul geste les vertèbres cervicales ; la tête du zombi part en arrière, gorge ouverte, n’étant plus retenue au corps que par les petits os. Joanna cesse de réfléchir et s’acharne de toutes ses forces sur ces vertèbres jusqu’à décapiter la créature, après quoi elle écrase la tête avec la crosse de son fusil comme elle l’avait fait avec la masse, en hurlant du début à la fin de l’opération.
Enfin elle finit par atteindre l’appartement et l’ouvre. Il n’était pas fermé à clé. Elle court partout avec espoir, appelant les amis d’Alexis. Elle tombe sur son cadavre. Une balle dans la tête, c’est un mort bien plus décent que la bouillie de zombi qu’elle a elle-même fait. Jonathan dit qu’il ne s’est pas transformé. Tant mieux…
Ses parents sont morts eux aussi, mais eux présentent les signes indiquant qu’ils avaient repris vie avant qu’on ne mette un terme à leur carrière de suceurs de cervelle. Aucune trace d’Eva. Et aucune trace de ceux qu’Alex appelait toujours ‘la brigade des Geeks’. Joanna tente fébrilement de recevoir un signal avec son portable, en vain. Elle n’a plus aucun refuge. Plus aucun ami. Plus aucune solution. Elle s’escrime quelques minutes à chercher où peut bien être le cran de sûreté du revolver, fini par le trouver, met l’arme dans sa bouche et tire deux fois.
Lorsque Nina Ichka la retrouve, elle peste en voyant sa vengeance lui échapper. Elle inspecte soigneusement l’appartement, cherchant un message semblable à celui qu’elle a trouvé au cours de sa traque. Visiblement la gamine ne l’avait pas vu – elle n’était pourtant pas passé loin, mais les gens, de l’avis de Nina Ichka, sont des crétins qui n’ont pas les nerfs solides, et la gamine n’échappait pas à la règle. Enfin. La guerrière reprend ses armes, prend quelques provisions et outils qui lui paraissent intéressants, et après un cours moment de réflexion prend Joanna par les cheveux – ce qu’il en reste – et la traîne derrière elle. Elle a envie d’essayer de voir l’intérêt que portent les zombis aux morts encore frais. Après quoi, elle va aller dans cette station d’épuration trouver des gens. Elle place de grands espoirs dans cette station et ce message : les survivants doivent être nombreux pour être organisés comme ça, ils arriveront donc à être un peu utile un certain temps, rattrapant ainsi en partie la honte qu’ils font à ce monde en étant nés. Nina Ichka n’a jamais été une grande optimiste mais elle a aujourd’hui un bon pressentiment.
Et une douzaine de fleurs de plus dans son carnet. Ce qui l’aide aussi à voir le bon coté des choses.
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