Lundi 7 juillet 2008

 

Zombi-Episode 5 : Soleil

 

 
 

Nina Ichka la guerrière sanguinaire et Joanna son esclave muette entrent dans la ville à bord du Requin. Le nombre de véhicule abandonnés augmente à chaque tour de roue et malgré la manière redoutable du Requin de se tracer un chemin, circuler devient difficile. Joanna n’avait pas pensé que le point faible du Requin est justement son apparente invincibilité : son blindage et ses protections acérées tiennent beaucoup de place et sont lourdes. Pour se déplacer, il faut beaucoup d’espace et d’essence. Pour le moment Nina Ichka n’a aucun mal à voler l’essence nécessaire mais l’espace manque cruellement dans la ville abandonnée. Joanna se mord la lèvre pour empêcher le moindre son de lui échapper, craignant plus que tout de voir Nina Ichka décider de faire finalement demi-tour. D’autant plus qu’il n’y a pas le moindre zombi en vue. Pour la première fois, Joanna espère de toutes ses forces la venue des atroces morts-vivants. Elle est encore trop loin de chez Alexis pour s’enfuir et tenter de rejoindre les autres par ses propres moyens.

Nina Ichka roule sur une moto dans un atroce grincement de métal et commence à vraiment s’énerver. Joanna a appris à reconnaitre les différents jurons de son irascible protectrice – le juron marmonné qui indique la concentration, le juron craché qui indique la satisfaction, le juron mâché qui indique la colère – et elle sait qu’elle doit agir vite avant que Nina Ichka ne se calme les nerfs à coup de pioche dans la tête la plus proche, c'est-à-dire la sienne. Agir en silence, pour ne pas énerver encore davantage cette psychopathe. Elle attrape le GPS pour tenter de trouver un passage qui ne serait pas encombré de voitures. Et la  précieuse machine l’abandonne. Les satellites se conduisent bizarrement – dans doute parce qu’il n’y a plus personne au sol pour leur donner des ordres, se dit Joanna avec pessimisme – et celui relié à ce GPS a estimé qu’après plus de six heures de bons et loyaux services, il pouvait se mettre en rade sans scrupules. Pile lorsque l’engin est entre ses mains. Comme s’il cherchait sciemment à déchainer sur elle la colère de Nina Ichka.

Mais la guerrière ne lui prête aucune attention et arrête le Requin dans un grand crissement de ferraille. Elle fait un signe impatient à Joanna pour qu’elle descende et aboie un « Fusil ! » pour que son esclave lui apporte son arme. Joanna ne sait pas faire la différence entre un fusil, une carabine ou une mitraillette – pour elle ce sont tous des engins de mort au canon long – et dans le doute elle attrape tous ceux qui lui tombent sous la main. Nina Ichka en prend un et part dans les rues sans un regard en arrière. Joanna attend quelques secondes sans savoir quoi faire, puis elle décide de partir elle aussi. Après tout, Nina Ichka ne lui a pas demandé de garder le Requin ni de la suivre, elle est libre de faire ce qu’elle veut. Elle prend l’un des fusils restant de Nina Ichka en espérant bien arriver à s’en servir le moment venu, glisse le revolver dans sa poche, une faucille à sa ceinture – une faucille allongée comme un sabre, avec juste un léger crochet à son bout, une arme facile à manier et sans doute efficace – et prend la route à son tour. Aller chez Alexis à pied devrait lui prendre une bonne heure et avec beaucoup de chance elle ne fera pas de mauvaises rencontres.

Sous le soleil de plomb, sautant bruyamment de voiture en voiture, Nina Ichka cherche de nouvelles proies. Elle se demande aussi comment capturer des zombis et les contraindre à dégager les rues pour elle. Pour le moment elle ne fait qu’explorer, son fusil est là pour la protéger, elle ne compte pas commencer son élevage tout de suite. Mais elle y réfléchit. Elle est à des kilomètres de penser que quelques restes de l’humanité détestée sont encore là et une autre qu’elle aurait été prise par surprise dans l’embuscade qu’ont dressée des survivants. Elle aperçoit juste à temps le reflet du soleil sur les lunettes de l’un d’entre eux, bien camouflé pourtant, mais qui ne pouvait pas couvrir ses yeux. C’est ce qui l’a trahi. Sans montrer qu’elle a vu ce qui l’attend, Nina Ichka continue à avancer, guettant l’air de rien la rue faussement paisible. Elle en repère deux – dont celui aux lunettes – tapis dans les ombres entre les poubelles, le canon de deux revolvers pointant légèrement hors de vieux cartons. Un autre – une autre, mais Nina Ichka se moque de ce genre de détails – sur le toit d’un petit immeuble, avec un fusil de sniper. Deux autres derrières les voitures, sans armes apparentes. L’un d’eux surgit brutalement au-dessus de la marée de carcasses métalliques et crie :

« Arrête-toi la vieille !

Nina Ichka s’arrête.

_ Pose ton arme ! continue l’homme. T’as aucune chance, laisse tomber ces enculés de Zgeg et rejoins-nous !

Ainsi ils étaient en train de guetter une bande rivale. Nina Ichka a pris sa décision. Ils sont cinq contre une, dont trois armés.

Elle commencera par la fille en hauteur.

La balle qu’elle lui envoi explose son front. Nina Ichka roule sur elle-même avant que les types planqués n’aient commencé à tirer. Elle n’a aucun mal à les abattre tous les deux. Celui qui était caché entre les voitures se met à courir et elle défonce deux vitres avant d’arriver à le toucher à l’épaule. Il s’écroule entre les véhicules. Nina Ichka saute nonchalamment de toit en toit jusqu’à être au-dessus de lui, et l’achève. Toute la bataille n’a duré que deux minutes. L’homme qui lui parlait, celui qui a eu le courage – l’arrogance folle, selon Nina Ichka – de se dresser devant elle sans armes n’a pas bougé. Il a juste mouillé son pantalon. Il bredouille des mots sans suite, incapable de comprendre que tous ses alliés sont morts et que sa propre vie ne tient plus qu’à un fil.

Il ne bouge pas quand Nina Ichka vient jusqu’à lui et l’attrape par le col de sa chemise. Il regarde droit dans les yeux la Mort en marche. Et quand elle lui dit « à genoux » il obéit. Nina Ichka se fiche des signes se soumission, mais elle déteste devoir lever la tête pour parler aux gens, et ce type est plus grand qu’elle.

_ Combien il y a de survivants, ici ?

_ Je…je… je ne sais pas, je crois, je crois que, une dizaine, j’en ai vu, une dizaine, peut-être plus dans les appartements, des barricadés, mais j’ai vu, j’ai vu, une dizaine.

_ Qui d’autre que toi ?

_ Les Zgegs. Je ne sais pas leur vrai nom. C’est comme ça qu’ils s’appellent. Ils ont plein d’armes et ils volent ce qu’ils veulent, ils volent les types comme nous. Nous, on voulait juste se défendre.

Se défendre et voler la précieuse arme de Nina Ichka, mais c’est inutile pour eux deux qu’il le précise.

_ Donc, résume la guerrière, il y a une dizaine de Zgeg ?

_ Peut-être plus. Et il y a les Geeks aussi. Ils n’ont pas voulu se battre avec nous mais ils nous ont donné à manger. Ils sont partis. Ils n’avaient pas peur. On a voulu leur prendre leurs armes mais ils se sont échappés.

_ Qui d’autre ?

_ Personne. Je ne sais pas. Je n’ai rien vu.

_ Et dans ta bande, il y a qui d’autre que ces quatre connards ?

L’homme tremble de tous ses membres et demande d’une voix pitoyable :

_ Vous les avez tués ? Tous ?

_ Qui d’autre ?

_ Personne ! Je suis tout seul !

_ Et les zombis ?

_ Partout ! Surtout autour des boucheries ! L’odeur de viande les attire, mais quand ils comprennent que ce ne sont pas des humains, ils ne mangent pas et tournent en rond en grognant.

_ Combien de zombis ?

_ Je ne sais pas ! Des milliers ! Toute cette foutue ville ! Ils n’aiment pas le soleil, mais à la nuit tombée, ça grouille dans tous les sens !

_ Ah ! soupire Nina Ichka avec un grand sourire de soulagement.

Elle est contente de ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien. L’encombrement des rues est bien sûr un problème, mais elle a à présent un nouvel esclave qui va l’aider à arranger les choses. En retrouvant et en mettant au travail aussi ces Zgegs et ces Geeks, ainsi que Joanna, elle devrait pouvoir profiter pleinement de son terrain de jeu d’ici une semaine ou deux.

Elle retourne au Requin pour s’équiper correctement – une chasse à l’humain, c’est quand même plutôt risqué – tout en trainant derrière elle ce nouvel esclave dont elle ne s’est pas soucié de retenir le nom. Lorsqu’elle arrive le Requin est vide, ce qui n’est pas très grave. Mais cette petite garce qui lui avait pourtant juré fidélité l’a volée, et ça met Nina Ichka dans une fureur noire. Elle lui a volé deux armes à feu et SA faucille, l’outil qu’elle se délectait d’avance d’essayer sur les têtes de zombis, celui dont le manche était à la forme de sa main et avec lequel elle cueillait les fruits et coupait les petites branches d’un seul mouvement du poignet, longuement et amoureusement aiguisé, léger, qu’elle réservait pour le moment où son bras serait fatigué… Joanna peut donc se considérer comme morte. Nina Ichka s’équipe rapidement, tue l’homme qui commence à l’énerver par ses jérémiades, et se met en chasse.

Une jeune fille en baskets ne laisse aucune empreinte sur le goudron, mais le soleil est contre elle. Elle a transpiré. Elle s’est essuyée rapidement de la main. Elle a plaqué cette main contre les voitures entre lesquelles elle se faufilait. Contre leurs vitres, qui gardent la trace de ses doigts. Et elle a recommencé. Plus loin, sur le trottoir, elle s’est appuyé contre un mur. Il ne reste qu’une faible marque de sel. Mais c’est bien elle. Nina Ichka met du temps à remonter cette piste, cent fois elle s’égare en suivant des marques laissés par d’autres, cent fois elle cherche en vain la moindre trace, mais elle finit toujours par trouver. Par endroit, de larges taches de sang éclaboussent les trottoirs, et Nina Ichka sait reconnaitre l’empreinte de ses pieds d’entre toutes les autres. Avec une habilité diabolique, elle suit Joanna jusqu’à l’appartement d’Alexis, son ami décédé.

 

Par Luma - Publié dans : Zombi
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Commentaires

Ah ouais... j'imaginais que ça allait plus ou moins rentrer dans l'ordre tout ça... J'avais presque oublié que tout pouvait se dégrader en quelques secondes dans un monde de Zombis... La chasseuse a changé de proie désormais... ça va être coton pour la suite !!!!!
Commentaire n°1 posté par Florent Gaillard le 13/07/2008 à 13h41
Brr ça fait froid dans le dos... Cours jojo, cours!
Commentaire n°2 posté par Elodie le 13/07/2008 à 13h49

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