Zombi

Vendredi 8 août 2008

 

Zombi-Episode 10 : “You want a piece of me” partie 1

“Y a vraiment rien”, annonce l’oncle Doc en jetant un dernier coup d'œil derrière lui. Il tourne à l’angle de l’infirmerie et commenta d’un bref : “Ah...” couvert par les hurlements d’un homme en combinaison verte qui tient Jonathan et Eva en respect avec un extincteur.

“Vous n’avez pas refermé la porte ! Vous n’avez pas refermé la porte !”

Il braque instinctivement le fusil à pompe sur l’hystérique mais ce dernier est plus prompt et lui lance l’extincteur en pleine figure, se jetant à son tour pour lui faire lâcher l’arme. Jonathan a juste le temps de reculer, portant toujours la petite fille. Un vacarme retentit soudain au loin, coupant ses velléités de fuite. Alors qu’ils pensent voir arriver un autre employé en combinaison verte, c’est une grande femme brune aux allures de sauvageonnes, longiligne, sur-armée, et surtout ayant un moignon sanglant à la place d’une main qui débouche à l’angle du couloir.

“Amie ! Je viens en paix ! J’ai des armes, des médicaments et de la bouffe ! Et je sais où en trouver d’autres !”

Elle ne les a pas encore vu. Et Jonathan comprend qu’elle n’est pas avec l’employé de la station et lui crie “ Venez, vite !”, espérant que cela calmera l’homme aux prises avec l’oncle Doc. La femme repère l’infirmerie et s’arrête immédiatement face au spectacle qui s’offre à elle. Pour l’employé planqué sans doute depuis deux jours dans la station, cela fait beaucoup de monde en peu de temps. Il arrête de se battre, se rendant compte qu’une autre brèche a été faite dans sa barricade :

“Par où vous êtes passée ?

_ Il va falloir remettre les meubles en place. 

_ Oh non, non, non...”

L’oncle Doc se dégage de l’homme qui se prend la tête entre les mains. Désignant le moignon, il demande :

“Qu’est-ce qui est arrivé à votre bras ?

_ Main coupée. Aidez-moi. J’ai de quoi me soigner dans mon sac. Mais j’ai perdu beaucoup de sang. Je vais tomber dans les pommes. Si vous m’aidez, vous ne le regretterez pas.”

Instinctivement, ils pensent tous aux infections fulgurantes qu’ils ont tous eu l’occasion de voir ces deux derniers jours. Jonathan repose Eva qui en profite pour filer se rhabiller, puis il s’approche de la sauvageonne. Sa peau est terrifiante de pâleur. Il se demande si elle ne va pas se transformer là sous leurs yeux. En tout cas l’employé ne bronche plus et se contente de l’observer. Elle a parlé de médicaments et Jonathan se saisit du sac pour l’inspecter. En effet, l’épais bagage est bourré de matériel quasi militaire, avec surtout de précieux antiseptiques. Il ne sait si cela fera effet sur la sauvageonne, mais en tout cas Eva en a besoin. Il en prélève quelques cachets et en les tendant à la femme, il se présente : “Moi c’est Jonathan.” Il donne les noms d’Eva et de l’oncle Doc, attendant d’elle et de l’employé qu’ils fassent de même. Mais la seule chose qui sort des lèvres de l’homme en vert est :

“Refaire la barricade... clouer la porte... personne entrer...”

Pour le faire taire l’oncle Doc laisse le fusil non loin de Jonathan et va jeter un oeil à la salle que l’intruse a ouverte. Cette dernière est toujours agrippée à sa propre arme, menaçant de sombrer dans l’inconscience à tout moment. Finalement elle semble seulement s’endormir, sous les yeux révulsés de l’employé qui se remet à marmonner :

“Et la porte... Vous avez pas refermé...”

Jonathan vérifie le pouls de la femme, prêt à faire feu au cas où elle ne se réveillerait pas vivante. Puis il retourne à son sac, jumelant son contenu avec celui plein à craquer de médicament. Puis il met de côté des cathéters, une seringue et un jeu d’aiguilles. Il demande alors à l’employé :

“Il nous faudra de quoi faire de l’eau chaude, de chauffer des aiguilles et de quoi manger.

_ Les rats, se contenta de répondre l’homme en vert. Les rats, ils peuvent revenir.”

Par Florent
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Dimanche 17 août 2008

 


Zombi-Episode 10 : “You want a piece of me” partie 2




L’oncle Doc revient à ce moment, une barre de fer à l’épaule. Il jette un bref coup d'œil à la femme puis à la préparation de Jonathan. Inquiet il demande :
“C’est pour la bonne femme que tu fais ça ? T’es sûr qu’on a le temps et que ça vaille le coup ?”

L’autre garçon se lève immédiatement, laissant l’employé à ses délires à distance respectable, puis glisse rapidement vers l’oncle Doc pour lui dire :

“Eva a une marque comme Maéllie hier. Je vais essayer de lui faire une prise de sang, mais si c’est ce que je pense on va avoir besoin de tout ce matériel, oui. Et il y aura encore le problème du groupe sanguin. Je doute qu’une gamine de son âge soit au courant de ces choses-là.

_ Tu veux quoi, retourner chez elle juste pour retrouver un carnet de santé ? T’es malade ! ?

_ Maéllie a eu de la chance d’avoir son frangin sous la main. Si je refile mon sang à Eva sans faire gaffe à ce qu’elle puisse l’accepter, elle va y passer à coup sûr. Et je croiserais peut-être Joanna, si elle a eu le temps de passer là-bas.”

L’oncle Doc se mord la lèvre. Il ne veut pas abandonner la petite fille à son sort mais un tel sacrifice de la part de Jonathan lui paraît beaucoup trop important. Ils ont déjà dû laisser derrière eux Maéllie a cause de la transfusion qu’elle a subi pour lui laver le sang de la contamination. Mais cela avait aussi trop affaibli son frère, et quelqu’un avait en plus dû se porter volontaire pour veiller sur eux. À cause de ça ils avaient sacrifié toute leur réserve de matériel médical, les obligeant de même à scinder leur groupe pour aller au secours d’Alexis.

Il sait au fond de lui que faire changer Jonathan d’avis reviendrait à l’achever au cas où Eva mourrait sans avoir reçu de soin. Il lui faut trouver une solution, et vite. Tenant solidement la barre de fer, il va vers l’employé, claquant des doigts devant ses yeux et demande d’un ton sec :

“Vous avez un moyen de sortir d’ici sans casser vos barricades ? Et un moyen de locomotion ?

_ Hein... J’ai fait une fenêtre, pour sortir si jamais c’est plus possible de rester... Mais c’est à l’arrière... Et y a des vélos... Et on peut faire votre eau chaude...”

L’oncle Doc se remet à respirer. D’un commun accord les garçons rangent les sacs et tout le monde lève le camp. Avec l’employé le geek porte la femme inconsciente, tandis que Jonathan reste comme toujours avec Eva. Il y a peu de distance à parcourir, mais il faut de nouveau bouger de lourds cartons pour passer d’une partie du bâtiment à une autre. Ils finissent par échouer dans une large pièce où des tables sont entassées dans un coin, portant boîtes de conserve et autres maigres vivres. Il y a aussi un réchaud que Jonathan s’empresse de faire marcher pour stériliser la seringue. L’employé, comprenant ce qu’ils veulent faire, revient avec de l’eau propre. Son visage a perdu un peu de l’éclat hystérique qui le rendait fou peu de temps auparavant.

Quand Eva comprend ce qui va lui arriver, elle se débat, puis finit par céder au ton bienveillant de la voix de Jonathan, pleurant des larmes muettes quand l’aiguille s’enfonce dans sa peau. Un peu de liquide rouge se met à couler, sous les regards inquiets des deux garçons. Et quelques tâches noires apparaissent, accompagnées d’un “Merde...” haineux. Maéllie avait présenté les mêmes symptômes. Jonathan commence instinctivement à se préparer quand l’oncle Doc l’arrête d’une main sur l’épaule, le sesterce à la main. La pièce tournoie au-dessus d’eux, puis retombe sur le dos de la main... et l’oncle Doc serre les dents, obligé de laisser l’autre garçon prendre tous les risques.

“Prend au moins le flingue de la bonne femme, ce sera toujours mieux que ma pétoire.”

L’employé les aide à déblayer l’entrée de la fenêtre pour qu’il puisse passer. Dans un dernier sursaut, l’oncle Doc essaye de le retenir :

“On ne sait même pas si ça a marché sur Maéllie, c’est du suicide !

_ Elle a au moins pu tenir une journée, à ce qu’on en sait. Les autres ont tous été ravagé en moins de quatre heures. Je suis sûr que ça marche. Et vous êtes en sécurité avec ce qu’il faut dans cette pièce apparemment. Tu surveilles juste les deux zigotos, et t’hésites pas à éliminer les menaces.”

L’oncle Doc sourit. D’habitude, c’est lui qui donne ce genre de conseil, pour rassurer tout le monde. Là, il est forcé de capituler. Jonathan glisse le long du mur, chutant de deux mètres. Il fracasse un cadenas, s’empare d’un vélo et remonte la pente qui borde la station, sans se retourner.

Resté seul avec une petite fille épuisée, une femme inconsciente au moignon sanguinolent et un employé en passe de devenir cinglé, l’oncle Doc soupire face à la tâche qui lui incombe. Pour l’instant l’homme en vert se tient tranquille, vérifiant ses réserves de nourritures, probablement inquiet de savoir combien de jours il va à présent pouvoir tenir avec tant de bouches à nourrir. Eva s’est endormie, et elle n’a pour l’instant aucun signe de la pâleur des contaminés. Le geek décide alors de se consacrer à cette mystérieuse femme qui a surgi sans savoir d’où. Il panse sa plaie, lui refait un garrot, et lui administre surtout un puissant antalgique pour qu’elle ne se réveille pas foudroyée de douleurs. Sa peau est pâle mais le sang qui suinte du moignon n’a pas de traces noirâtres. Juste du pus et de la crasse.

Une fois soignée, il retourne au sac qu’elle a apporté. Ses réserves personnelles sont impressionnantes. À croire qu’elle s’est préparée de tout temps à une telle éventualité. Où qu’elle a dérobé tout ça à un camp militaire. Dans tous les cas la provenance des médicaments et des armes apparaît facilement douteuse. Il reste là un bon moment, à répertorier tout ce qui pourrait être utile. Et tout pourrait être utile. Quand il s’aperçoit qu’elle émerge de l’inconscience, il s’approche d’elle, tenant le défibrillateur trouvé au fond du sac. Doucement, alors qu’elle papillone péniblement des yeux, il l’interroge :

“Où est-ce que vous avez pu trouver ça ?”

D’un coup, la femme est parfaitement réveillée. Et à son regard vif et plein de colère, l’oncle Doc comprend qu’il n’aurait pas dû poser la question. Il se rend de même compte que l’employé n’est plus dans la pièce pour lui venir au secours au cas où.

Par Florent
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Samedi 23 août 2008

Zombi-Episode 10 : “You want a piece of me” partie 3




Le pneu crisse, un bang résonne et toute la ferraille passe par-dessus le garçon. C’est la quatrième fois que Jonathan se prend une gamelle, voulant toujours forcer les pédales à s’embrayer plus vite, coupant les trottoirs et les obstacles aux endroits les plus courts et forcément les moins sûrs. Il a contourné l’avenue encombrée où Max a disparu quelques heures plus tôt et recherche à rattraper le retard ainsi occasionné. Les pavillons résidentiels sont en vue, il se remet en route aussi vite qu’il peut, le fusil dans le dos, le sac vide sur les épaules. Il repense à Maéllie, à son frère Arnaud et à Valérian, restés en arrière. À Max, seul, essayant de rallier l’un de deux groupes. À Joanna, sans doute perdue entre la maison d’Alexis et la station. Et à ceux qui ne sont plus nul part, à Alexis, à tous leurs amis qu’ils ont vu devenir ces horreurs. À ses propres parents.

Il réprime un haut le cœur. Il n’a pas le temps de se laisser aller. Tout ça représente trop de dangers, trop de morts. Il leur faut quitter cette ville qui a pourri en moins de deux jours. La situation devient intenable et il commence à sentir des palpitations paranoïaques dés qu’il envisage la catastrophe dans sa globalité. Toutes ces personnes mortes. Toutes ces vies dévastées.

L’air se rafraîchit et il se dit soudain que la nuit risque de tomber avant qu’il n’ait le temps de revenir. Il leur faudrait un moyen de s’enfuir. Ou que quelqu’un ne vienne avec tout ce qu’il faut. Des gars de l’armée avec des camions blindés, des renforts et une artillerie lourde, comme dans les films. Mais à l’évidence, il n’y a rien aux alentours. Il pense soudain aux voitures garées chez Alexis. Aux voitures garées un peu partout, en fait. Est-ce que le risque vaudrait le coup d’en récupérer une ? Jusqu’où pourrait-il aller, pourraient-ils s’enfuir tous ensemble ? Rien que le chemin parcouru depuis la station est impossible avec un véhicule plus gros que son vélo.

Il arrive à la maison d’Alexis et son cœur bat la chamade. Il y aura peut-être Joanna. Les quelques zombis du voisinage commencent à dresser leur tête en entendant le crissement des freins. Il n’a pas beaucoup de temps à s’offrir pour rester immobile. Il ne doit pas cesser de bouger. Il laisse le vélo contre l’allée, en évidence pour pouvoir s’enfuir d’un trait dés qu’il aura ce qu’il cherche. Il entre en courant, le fusil de la sauvageonne braqué vers l’intérieur. Pas de mouvements. Les lieux semblent sûrs, son message est toujours là, badigeonné sur le mur face à l’entrée. Il se précipite dans la salle de bain, fermant les portes derrière lui. Il dévalise les étagères, passe tout sens dessus-dessous, sans rien trouver. Il récupère à la va-vite des compresses, ça peut toujours servir.

Il rouvre la porte, braque le fusil. Il attend une dizaine de seconde, ne perçoit aucun déplacement, puis décampe du seuil et passe dans la pièce voisine. Un coup d'œil dans les coins, le fusil suivant le mouvement. Rien à signaler. Il fouille les tiroirs, fait tomber les classeurs, fait passer en revue les feuilles pour repérer des signes rappelant la médecine. Rien. Cela fait déjà un moment qu’il est là, peine perdue. Il réfléchit brièvement à la prochaine pièce à fouiller et se décide pour la chambre des parents, à l’étage. Il rouvre la porte, fait le guet dans le couloir, le bras du fusil accoudé sur un genoux. Des grattements. Il y en a au moins un qui l’a déjà suivi jusqu’ici. Il s’assure du chemin qu’il a à faire pour atteindre l’escalier. Pas d’obstacle. De là où il est il ne peut voir l’entrer, mais si un zombi s’y trouve, il ne passera pas inaperçu.

Un pas à la fois, il s’avance, bénissant les propriétaires d’avoir mis de la moquette à ces endroits-là. Il marque un temps de pause au moment où le sol redevient du carrelage. Il hésite un instant à enlever ses chaussures, mais sans elle il lui sera impossible de s’enfuir après. Le zombi à l’allure d’une jeune femme aux cheveux frisés, défraîchie et chancelante. Elle butte pour l’instant sur les canapés, où se trouve l’un des corps des parents d’Alexis.

Jonathan réussit à passer à quelques mètres d’elle, sans bruit. Mais l’escalier de bois va obligatoirement le trahir. Il s’apprête à courir, reprend son souffle. Le zombi se retourne, sentant la chair fraîche, conscient de la palpitation vivante à sa portée. Le garçon détale, gravit les marches quatre à quatre. Il doit trouver une solution en moins d’une seconde. Après ce zombi là en viendra d’autres et ils arriveront forcément jusqu’à lui. Il doit bloquer le passage, ou s’enfermer dans une pièce. Il opte pour un meuble et tente de le basculer dans le couloir. Des étoiles de forment dans ses yeux, sa vue s’obscurcit, son champ de vision se rétracte. L’effort est trop cuisant. Il est complètement éreinté. Le peu qu’il a dormi ces deux derniers jours commence à le lâcher. Il se cogne violemment la tête contre la première chose qu’il trouve à sa portée, mais même la douleur est engourdi par une ouate insupportable. Son haut-le-cœur le reprend et il fait trop d’efforts pour le contenir. Il s’écroule dans la chambre, donnant des coups de coude dans le meuble pour le repousser à sa place et fermer la porte. Une vieille clef pendouille. Elle émet un déclic rassurant dans la serrure. Le zombi est là, de l’autre côté. Les grattements restent en surface de sa conscience, comme un nuage d’angoisse persistant.

Il relève la tête brusquement. Il y a plus d’un grattement et la porte lui paraît soudain très dérisoire comme protection. Combien peuvent-ils bien être, là, dans le couloir, à attendre. Il fait nuit. Il a dormi et cela lui fait d’autant plus peur qu’il n’arrive pas à deviner combien de temps. Il nage encore dans les brumes de sommeil et d’effroi. Autour de lui se dessine les contours de la chambre des parents d’Alexis. D’instinct il renonce à allumer la lumière mais il commence à fouiller à la lueur étouffée de sa lampe de poche. Il passe l’armoire à sac, défait le meuble de chevet, et tombe enfin sur un boîte pleine de papiers officiels. Le passeport du père, des pièces d’identité, et surtout les carnets de santé. Incapable de se contenir, il parcoure les lignes à la recherche du précieux indices. Et là, en gras, à côté d’une intervention bénigne en hôpital, un A1+ écrit au feutre l’emplit d’un soulagement. Il ne sait si le 1 est important, mais il sait qu’en terme de rhésus et de lettrage, il est compatible avec Eva. Les A peuvent s’entre-donner du sang, et un rhésus négatif peut en donner à un positif.

Les grattements reviennent à la surface de sa conscience et il réalise qu’il s’est de nouveau endormi. Un glacement paniqué lui parcoure les veines, comme un picotement insupportable à l’intérieur même de la peau. La porte vacille à la périphérie de son champ de vision. Il ne peut sortir par là. Il regarde au balcon, s’assurant en braquant le fusil que rien ne s’y trouve. De l’autre côté de la vitre, le néant de la nuit s’empare de lui. Il tremble et des larmes commencent à couler sans qu’il ne les ait senties. Ses nerfs commencent à lâcher. Le vide est trop important et des silhouettes déambulent à travers les ombres fixes. Et il y en a d’autres à l’intérieur. Il lui suffirait pourtant de pouvoir ouvrir la porte de cette chambre. En quelques pas il passerait l’entrée et l’allée, sauterait sur son vélo et serait provisoirement hors de danger. Par le balcon, il tombe sur une chambre de petite fille. Il reste quelques secondes en observation. Les zombis à l’extérieur l’ont senti arriver et commencent à s'exciter. S’il peut attirer ceux du couloir...

Dans un réflexe de survie il allume à haut volume la chaîne hi-fi d’Eva. Les premières notes électroniques résonnent. Une voix suave roulante dans la gorge s’élève, et d’un coup Jonathan retrouve un réflexe d’avant la catastrophe en s’exclamant intérieurement : “Nan, elle écoute quand même pas ça ! ?”

“I'm Miss American Dream since I was seventeen, don’t matter if I step on the scene...”

Il retourne immédiatement dans la chambre des parents, bouclant le balcon. Les volts retentissent de l’autre côté du mur et les grattements cessent, remplacer par des traînements de pieds. Les zombis, attirés par le bruit, se déplacent lentement. Ecoutant la chanteuse minauder son refrain : “You want a piece of me ?”, il grince des dents en pensant aux mort-vivants qui voudrait bien un morceau d’elle. Ou de lui, en l'occurrence. Il ouvre la porte, le souffle court. Les ombres décharnées se traînassent vers la source de boucan au bout du couloir. Dans l’escalier, rien. Jonathan sert fort le fusil contre lui. Il ferme les yeux, hoche la tête machinalement. Longeant le mur il sort, prudemment. Une marche, puis une autre. Des grattements en bas, que la musique couvrait jusque là. Ils vont grimper et Jonathan va se retrouver coincé. Plus le temps de prendre des précautions, il se jette dans la mêlée. Une détonation, une silhouette de moins. Mais dans le noir, Jonathan est totalement désavantagé. Il fonce, bouscule, il sent la salive des zombis lui couler dans la nuque. Un poids tombe sur lui, il donne du coude pour s’en débarrasser mais il sent un liquide infâme lui goutter au visage. Pas dans l’oeil, pas dans l’oeil ! Pas dans l’oeil. Vite, la salle de bain, la salle de bain. Il s’enferme, allume la lumière et s’écrase le visage contre le miroir. Il n’y a plus d'électricité, il est obligé de s’éclairer avec la lampe-torche. Un coup d’eau sur les mains. Il examine le blanc de l'œil. Pas de trace de sang, ni d’infections.

Ses poumons le brûlent. Des larmes se mettent à couler, à flot. Ses nerfs craquent. Il y a une longue trace de sang sur le mur. À la lueur de la lampe-torche il examine la longue traînée qui continue à travers le pas de la porte. Quelqu’un est mort ici. Mais pas par les zombis. Il frisonne. La seule personne qu’il sait devoir passer ici était Joanna. Pas ça, nan, pas ça... Il tombe, s’effondre. Tout se brouille. Son cœur s’emballe. Des coups sourds lui martèlent la cage thoracique. Il ne sait plus s’il a vomi ou s’il n’y arrive pas. Son front le lance et il se rend compte qu’il est affalé contre la baignoire.

Il doit sortir, il doit sauver Eva. Mais maintenant il doit y avoir une dizaine de zombis de l’autre côté de la porte. Il n’y a rien qu’il puisse faire. Il s’essuie avec une serviette à terre, éclairant autre part que l’éclaboussure de sang sur le mur. Et d’un coup, il se sent prit d’un éclat de folie. Il se lève péniblement. Sa peau lui fait mal. Il fait couler de l’eau froide. Il récupère les fioles d’alcool, de désinfectants dans l’armoire. Il lui faut juste trouver de quoi mettre le feu avant de se passer sous l’eau froide et de tenter une sortie. Le tout pour le tout.


Dans l'obscurité de la station d’épuration, l’employé habillé de vert s’avance. Le son persistant de ses pas résonne le long des tuyaux métallique. Sortant une clef de sa poche, il vérifie que personne ne se trouve dans le coin. L’odeur des cuves et le silence relatif des rotatives lui parvient. Tout va bien, l’autre gars est occupé avec la furie et la gamine. Il a bien refermé les portes derrière lui. Il était temps de revenir faire une petite visite. Le cliquetis de la serrure retentit et un raclement se fait entendre dans le noir complet qui s’ouvre à lui.

“Me revoilà, sussure-t-il. Tout va bien, je suis là.”

Son visage se fend d’un sourire où seules les dents de la mâchoires supérieures viennent refléter le peu de lumière du couloir. Doucement, se traînant sur le sol, une ombre se détache au seuil de la porte. Deux petits yeux effrayés, une main fragile de femme. En tremblotant elle se frotte contre le mur, guettant à quatre pattes les bruits du couloir. L’employé secoue la tête, n’appréciant pas la tentative de sa prisonnière pour s’extirper de la petite salle. Il place sa jambe juste devant elle, la poussant à l’intérieur. Allumant une puissant lampe torche, il s’avance à son tour et referme la porte à clef.

Par Florent
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Samedi 30 août 2008

Zombi-Episode 11 : Confiance

 

 

 

 

« Où est-ce que vous avez trouvé ça ? » demande l’homme qui a soigné Nina Ichka.

Et voilà. Les gens trouvent toujours un moyen de tout gâcher. Elle n’est pas en position de dominer celui-ci et c’est lui qui va lui imposer sa loi idiote jusqu’à ce qu’elle puisse le faire taire. Un instant la guerrière a un fugitif regret envers Joanna, son esclave muette. Elle l’a trahie tôt, mais au moins ce n’était pas trop pénible de la laisser vivre, elle. Nina Ichka ment facilement, en regardant ses interlocuteurs droit dans les yeux d’une manière qui les pousse très vite à baisser le regard, et c’est ce qu’elle fait en expliquant qu’elle est une militaire à la retraite et que ses amis lui ont fait quelques cadeaux avant de tenter leur chance dans une autre direction. Mêlant réalité et fiction pour être plus convaincante et au besoin avoir des preuves, elle décrit l’arrivée des quatre jeunes chez elle, la mort des deux garçons – en cachant bien le plaisir qu’elle y a pris, elle sait qu’un type capable de se demander d’où viennent des armes providentielles n’est pas du genre à aimer massacrer quoi que ce soit – son départ avec Joanna et sa décision d’aider la jeune fille à retrouver les siens. Puis l’arrêt du Requin par les voitures, sa rencontre avec le groupe de survivants qui auraient fait fuir Joanna, elle invente la révélation de plusieurs cachettes très utiles – histoire de donner un peu plus de valeur à sa survie – et dit qu’une fois qu’elle a rejoint Joanna dans l’appartement, celle-ci s’était suicidée. Pour plus de sûreté, Nina Ichka décrit quelques vagues remords à l’avoir laissée seule, surtout en voyant la tête de son interlocuteur à cette nouvelle.

Il parvient à retenir son émotion et demande d’une voix assez neutre :

_ Vous avez fait quoi d’elle… du corps… de son corps ?

Découpé en morceaux et jetés aux zombis. Expérience non concluante : la chair morte ne les intéresse pas. Par contre, la chair morte imbibée de quelques gouttes de sang frais les attire follement. Mais pas la chair de zombi recouverte de sang humain. Ces essais, bien que passionnants et utiles, ne sont sans doute pas très socialement admis et Nina Ichka dit qu’elle l’a laissé dans une cave dont elle a fermé la porte de son mieux, sous l’urgence de la menace. Puis qu’elle a vu le message et qu’elle a décidé de les rejoindre. Elle ne décrit pas la bouillie de zombis qu’elle a tenté de faire mais parle de la puissance du Requin tout en précisant bien qu’il est blindé de codes de sécurité et qu’elle seule pourra le conduire.

Cette longue discussion l’épuise et le choc de son opération la fait trembler, mais hors de question de s’endormir maintenant. Il faut d’abord qu’ils s’organisent. Qu’elle prenne le contrôle. Elle a besoin d’esclaves soumis le temps de se rétablir mais tous ses plans lui paraissent risqués et elle les rejette rageusement. Difficile de réfléchir sainement avec tant de sang en moins.

Le type se veut rassurant et élabore des plans pour sortir de la ville, dès que Jonathan – le jeune type, suppose Nina Ichka – sera de retour. Avec d’autres gens à récupérer, apparemment. Même la gamine devrait faire parti du voyage. Nina Ichka n’aime pas les gens et prend tous ceux qui prétendent les aimer pour des menteurs. Elle sait que tôt ou tard on finit toujours par abandonner les autres pour sauver sa propre peau et les circonstances font ressortir fortement cette faiblesse si humaine. Elle attend de voir la réaction du type lorsqu’il faudra choisir entre jeter la petite fille aux zombis ou y passer lui-même pour juger si c’est un crétin héroïque ou un assassin. Elle préfère les assassins, elle les comprend mieux.

Pendant qu’elle somnole en luttant pour garder conscience, l’oncle Doc retourne vers Eva qu’il tente de rassurer. Une tâche impossible, bien sûr, mais au moins il veille à ce qu’elle garde contact avec la réalité. Avec les aspects les plus positifs de la réalité : elle est vivante et ils sont là pour veiller sur elle. Ce n’est pas le moment de rappeler les zombis et les morts. L’oncle Doc n’ose pas promettre que Jonathan va revenir en pleine forme. Lui-même n’ose même pas y croire.

Au bout d’un moment, il se demande ce qu’est devenu l’employé en vert. Il dit à Eva – assez fort pour que la femme amputée l’entende – qu’il va le chercher et qu’il revient tout de suite. Dès qu’il a tourné les talons Nina Ichka décide de sauter sur l’occasion. La gamine ferait un précieux otage. Elle ne peut pas la maintenir en joue de son revolver en permanence, elle est trop affaiblie pour ça, mais il y a un toujours un moyen…

« Hé petite, tu vois ça ?

Elle lui tend un petit explosif recouvert de plastique d’un noir mat. L’engin ne ressemble à rien de spécial et Eva le regarde d’un œil morne sans acquiescer. Nina Ichka lui dit :

_ Ça repousse les monstres. Même s’ils sont là, ils ne te mordent pas. Je te le donne. Il faut que tu le gardes toujours sur toi et surtout que tu ne le montre pas aux autres, d’accord ?

Eva cherche un peu ses mots. Il y a si longtemps qu’elle obéit passivement qu’elle est tentée de répondre « oui » sans réfléchir, mais c’est une inconnue qui lui fait ce cadeau et surtout, il n’a pas l’air d’avoir été très efficace pour sauver sa main. Elle demande :

_ Pourquoi ?

_ Parce que je n’en ai qu’un et que quelqu’un pourrait te voler.

_ Pas Oncle Doc. Il est gentil. Et Jonathan aussi. Et Max aussi.

_ Le type en vert, c’est Max ?

_ Non.

_ Tu le connais ?

_ Non.

_ Alors prend le protecteur et planque-le. Ne dis à personne que je te l’ai donné.

_ Mais…

_ Si tu le dis à quelqu’un, il ne marchera plus. Je ne vais pas donner un truc aussi précieux à une stupide gamine qui ne sait pas tenir sa langue. C’est clair ?

Eva ne répond rien. Elle a peur de cette femme qui n’a plus qu’une main. Si peur qu’elle obéit et met l’engin dans sa poche. Nina Ichka préfère ça. Son détonateur ne fonctionne qu’à trente mètres de distance au maximum mais au moins ça lui fait un moyen de pression : si jamais ils lui prennent trop la tête, elle efface de la carte leur petite chérie. Tant que la môme daigne obéir, bien sûr. Mais Nina Ichka a déjà terrorisé des enfants et elle sait qu’en général ils sont sages. Toujours prêts à se lancer comme défi d’aller toucher la maison de la sorcière, et prêts à faire n’importe quoi une fois que la sorcière les a attrapés par le col et les a soumis à la torture de son terrible regard. Les adultes sont un peu plus résistants. Quoique.

 

Pendant ce temps, l’oncle Doc croise l’employé, dont il ignore toujours le nom, qui revient vers eux avec deux boites de conserves et un ouvre-boite. Apparemment il avait d’autres réserves un peu plus loin. Il est beaucoup plus calme qu’avant et l’oncle Doc en est soulagé. Il lui dit :

« On veut filer dès que Jonathan sera de retour. Vous venez avec nous ?

_ Partir ? Comment ?

_ Avec la voiture de la femme. Bon sang, je ne sais même pas son nom… ni le vôtre.

_ Moi c’est Georges.

_ Oncle Doc.

Les deux hommes se serrent la main. Un vieux reste de civilisation, désuet et nostalgique dans cette centrale où ils sont occupés à survivre. Et pourtant, ça ne fait que deux jours. Non, trois, quasiment trois jours.

Georges, visiblement très intéressé, pose de nombreuses questions sur la voiture de Nina Ichka et l’oncle Doc se rend compte qu’il est loin d’avoir toutes les réponses. Il lui conseille de poser ses questions directement à la principale intéressée si elle ne s’est pas endormie. Il laisse filer son nouvel allié avec un certain soulagement, ce gars le met mal à l’aise, trop hystérique tout à l’heure et maintenant trop calme, comme si tout était normal. Il est sans doute à deux doigts de péter un nouveau plomb. L’oncle Doc soupire. Après tout, il ne peut pas non plus exiger de tous les survivants qu’ils soient des héros. Il y a sans doute dans le lot un certain nombre qu’il n’aime pas, quelques vrais salopards et un certain nombre de fêlés. Ce n’est pas le moment de chercher qui est quoi exactement. L’essentiel, c’est leur survie à tous.

Nina Ichka ne dort pas quand Georges se penche vers elle, même si elle fait mine d’être plus affaiblie qu’elle ne l’est réellement.

« Elle marche bien, votre voiture ?

En voilà un qui sait ce qu’il veut : survivre. Il ne s’embarrasse pas de politesse. Nina Ichka note la lueur exaltée de son œil et se dit qu’il pourra sans doute être violent s’il a suffisamment peur, mais qu’il ne sait pas se battre. Eviter de lui laisser une arme à feu entre les mains et il sera très gérable. Peut-être même obéissant s’il pense que c’est sa seule chance de survie.

_ C’est un 4x4 blindé comme un tank. Indestructible.

La lueur augmente d’intensité. Peut-être même qu’il va se mettre à baver.

_ Et où sont les clés ?

_ Il démarre par code.

_ Quel code ?

Il n’y a pas de code, les clés sont sur Nina Ichka, mais elle n’a aucune envie qu’il tente de la fouiller. Pour éviter ses questions, elle fait mine de tomber à nouveau évanouie. Georges pousse un cri de rage mais ne la touche pas. Il parait prêt à attendre. L’autre type se méfie de lui mais ils partagent tout de même de la nourriture… la situation est plutôt tendue. Pour le moment, tout le monde attends bien sagement que quelque chose se passe en faisant semblant d’être civilisé. Comme si les dernières miettes de la civilisation n’étaient pas parties en cendre depuis longtemps… Mais ils veulent tous survivre et Nina Ichka fait confiance à cette valeur sûre pour les manipuler jusqu’à ce qu’elle n’ait plus besoin d’eux.

 

Par Luma
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Samedi 20 septembre 2008

Zombi-Episode 12 : Bienvenus


L’oncle Doc vise le vide à travers la fenêtre. Il a peu dormi. L’absence de Jonathan commence à lui peser lourd sur le moral. Il s’est écoulé prêt d’une demi-journée depuis sa sortie. La bonne femme, Nina Ichka, s’est évanouie plusieurs fois. Heureusement, avec les réserves de Georges, le technicien de la station d’épuration, ils ont pu faire de vrais repas, regagner des forces. Nina et Eva ont retrouvé des couleurs. La petite ne tient d’ailleurs plus en place.

Dehors, tout reste calme. Mais même ce calme est en mouvement. Le vent, les arbres, tout semble bouger pour garder l’oncle Doc sur les nerfs. Un coup il s’imagine voir apparaître la silhouette de Jonathan, un autre celle des zombis. Des larmes lui viennent. En si peu de temps, il aura perdu tout le monde, tous ses amis, tous ses protégés de l’association, tous ses potes de jeux de rôle, de la salle d’arcade, de la salle info. Il a pourtant fait ce qu’il a pu, organisé leur résistance, laissé des messages partout, évité les mauvaises zones. Il est allé chercher Max, il a essayé de sauver Maëllie, Alexis, et d’autres qui n’avaient pas survécu. Et maintenant... il n’avait plus qu’Eva, la petite sœur d’un ami, sous sa protection, probablement infectée elle aussi.

Dans un réflexe il faillit appuyer sur la gâchette. Il ne manquait plus que ça, du bruit pour attirer les hordes sauvages de morts-vivant. Il avait réussi à réunir les armes sous sa vigilance, pour éviter d’être pris en traître par Nina Ichka. Elle avait suffisamment prouvé qu’elle ne jouait pas franc jeu comme ça. Et il ne pouvait non plus faire confiance à Georges, qui commençait à s’impatienter. Un coup il voulait partir, un coup il voulait rester là, seul avec ses réserves. Ce gars était trop instable. Et il disparaissait souvent, trop souvent.

Eva apparut au seuil de la salle :

“Elle a mal.”

L’oncle Doc mit quelques temps à comprendre.

“Qui ?

_ La dame, qui chasse les méchants. Elle a mal.”

Il jette un dernier regard dehors, espérant par un hasard vain que Jonathan sortirait des buissons à cet instant. Puis il retourne voir Nina Ichka.

“Y a un truc qui va pas, lance-t-elle. Ça brûle.”

Elle désigne le moignon couvert de croûtes rougeâtres. Du sang suinte encore, du pus, des chairs noires. Mais rien qui ne ressemble à la gangrène qui gagne les humains infectés. Il tente de la rassurer, cherchant dans son sac un antibiotique qui ferait l’affaire.

“File juste un anti-douleur, t’emmerde pas.”

Avec la souffrance elle commence à oublier de jouer son rôle et se met à doner des ordres, à se faire plus tranchante. Elle aiguise ses crocs. Elle arrache le couvercle, s’avale quelques comprimés à sec et se renverse la tête contre le mur. Elle ferme les yeux, puis s’essuie le front. Tout le monde commence à être épuisé et les nerfs craquent. D’un coup d'œil elle renvoie le garçon à ses occupations, jetant un bref :

“Pourquoi tu t’appelles oncle Doc si t’es même pas fichu de lire les médicaments...”

Eva reste à côté d’elle. Depuis quelques heures la petite ne cesse d’observer cette femme à l’allure si étrange. Le garçon ne sait pas ce que ça cache, mais il se doute que ce n’est pas normal. Il en a marre d’attendre. Et Georges a encore disparu, sans prévenir. L’oncle Doc soupire, pose la tête contre un tuyau et ferme les yeux.

Le réveil est brutal. Il voit Jonathan. Ou plutôt, il croit le voir. Il s’est endormi, sans se souvenir de ses rêves, à part que ça bougeait, qu’il y avait les mêmes zombis, qu’il y avait Jonathan qui se débattait. Même le sommeil n’est plus reposant. Il va pour se lever, quand il sent une main le retenir. Il rouvre les yeux, complètement perdu. Jonathan est bien là, devant lui, le teint pâle à faire peur. L’oncle Doc se relève, regardant autour de lui. Eva s’est endormie aussi et Nina regarde dans le vague autour d’elle. Et Georges n’est pas là. L’autre garçon dépose un carnet de santé à ses pieds, en commentant :

“T’as une sale mine.

_ Et toi t’es... s’apprêta à répliqué l’oncle Doc sans trouver le terme adéquat. T’es gris.

_ Ouais. Pour la prise de sang c’est foutu. Elle est de groupe O.

_ Mais y avait quelqu’un de groupe O, c’est...

_ C’était Max.”

L’oncle Doc s’était presque cru sorti d’affaire. Lui, si robuste, qui dépassait en carrure n’importe qui, se sentit soudain minuscule, impuissant. Ils devaient encore attendre qu’un miracle se produise à nouveau. À condition que tout le monde veuille attendre. Jonathan s’assit à ses côtés et l’oncle Doc lui tendit une conserve déjà ouverte, pour qu’il puisse reprendre des forces.

“Des oranges ? En conserve ? On a vraiment inventé n’importe quoi...”

Malgré son commentaire il se jeta dessus, avalant goulûment les tranches acides. Une fois le ventre un peu moins vide, il s’accorda quelques instants pour expliquer :

“J’ai perdu le vélo. Il a fallu que je vienne à pied, dans cette foutue jungle. J’ai cru queje m’étais fait chopé, chez Alexis. Y avait du sang, du sang partout...

_ Johana est morte. La bonne femme l’a vue. Elle a laissé le corps dans la cave.”

Jonathan eut un regard inexpressif, mais fixé sur l’oncle Doc qui s’en voulu immédiatement de son manque de tact. Mais il ne pouvait pas le garder pour lui plus longtemps. Ça lui brûlait la gorge. Des larmes apparurent au coin des yeux de Jonathan, alors qu’il revint  la boîte de conserve, vide.

“J’ai du marcher jusqu’ici. C’était pas facile. Mais j’ai trouvé le carnet. Elle est de groupe O.”

Il s’endormit aussi sec. L’oncle Doc se retrouva de nouveau seul. Un instant il cru que Jonathan ne respirait plus, tellement son teint était vitreux. Mais ce ne devait être que la fatigue. Il vérifiait par crainte qu’aucune blessure n’était visible. Rien. Il avait besoin d’air. Il retourna à la fenêtre. L’air se faisait plus doux. Il allait faire froid sur les prochains jours. Plus ils attendraient pour partir, plus ce sera difficile.

Et d’un coup il y eu un cri. un cri de femme épouvantée. À l’intérieur même de la station, non loin. Nina releva la tête pendant que l’oncle Doc récupérait son arme. Eva épouvantée se réfugia auprès de la personne la plus proche, la guerrière. Nina hocha la tête pour indiquer qu’elel s’occupait de la petite. Jonathan était toujours dans les vapes, alors l’oncle Doc s’avança, seul, dans les couloirs. Au bout d’un court moment Georges apparut, jaillissant de nul part.

“C’est des types, dehors ! Y en a qui viennent ici !

_ Dehors ? Mais ça venait de...

_ Nan, dehors ! hurla l’employé de la station. C’est de votre bande tout ça ! Et ça attire les ennuis ! Y en a plein !”

Pleins ? Suivant Georges paniqué, l’oncle Doc enleva la sécurité de son arme. Ils arrivèrent à la porte du hall par laquelle ils étaient passés où la barricade était de nouveau à terre. Le technicien passa en premier et désigna les silhouettes en mouvement qui s’approchait en courant. Le garçon se précipita vers le seuil de la station. C’était bien eux : Max, Maëllie, et deux ou trois autres de leurs amis. Mais dans la foulée, il était impossible de savoir qui. Car non loin, se regroupant tout autour, d’autres silhouettes affluaient. L’oncle Doc n’arrivait pas à imaginer comment ils avaient pu passer le mur d’enceinte. C’était impossible.

Max fut le premier à se jeter à l’intérieur, lâchant ses affaires pour aider Maëllie qui le suivait de prêt. Il portait une casquette ridicule de titi parisien. L’oncle Doc n’eut pas le temps de le saluer, se posta à l’extérieur et aligna un zombi trop proche de l’un des humains qui vient s’étaler à l’intérieur aussi. Deux coups de fusil après, tout le monde fut planqué, aidant à replacer d’urgence la barricade. Essoufflé, Max eut enfin un sourire et commenta, dans une voix où l’on sentait la fatigue :

“J’imagine qu’on est les bienvenus à la maison ?”

Par Florent
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Lundi 29 septembre 2008

 

 

Episode 13 :Voyage

 

 

 

 

Nina Ichka fixait du regard les nouveaux venus, cherchant à compter leurs armes et à évaluer leurs capacités. Max est un jeune homme épuisé mais assez costaud. Malgré l’enfer qu’il vient de traverser, il n’est pas sur ses gardes, il fait donc confiance aux humains sans trop réfléchir. Maëllie est plus jeune, plus choquée, elle ne réagit pas quand on lui parle, sauf si c’est pour lui dire quoi faire. Dans ces cas-là elle s’exécute mécaniquement. Mais quand oncle Doc lui parle à part, elle finit par relever la tête et lui sourire quelques secondes, preuve que tout n’est pas mort là-dedans et qu’elle pourrait bien les surprendre tous en reprenant du poil de la bête rapidement. Ils sont accompagnés de deux personnes un peu plus âgées, dans la trentaine, Elliot et Kiara. Ni l’un ni l’autre ne paraissent très fort et Elliot a un bandage déjà imbibé de sang sur le bras droit. Il boite un peu de la jambe droite, Kiara l’aide parfois pour marcher, mais il peut se débrouiller seul s’il va lentement. Kiara est mince mais nerveuse, elle est peut-être plus solide qu’elle en a l’air, en tous cas elle n’a pas l’air paniquée ni épuisée, elle est juste silencieuse et très renfermée sur elle-même. Max porte un fusil vide qu’il a utilisé comme matraque, à en juger les traces de cervelle qui maculent la crosse. Elliot a adopté une barre de métal légère, sans doute creuse, qui lui sert de canne lorsque Kiara s’éloigne de lui. Kiara tient une lourde manivelle et porte à la ceinture un grand couteau de cuisine. Niveau armement, ils sont bien faiblement équipés pour traverser un terrain gardé par les zombis et Nina Ichka n’est pas étonnée quand ils disent qu’ils étaient dix au départ. Si tous les autres survivants de cette ville sont aussi stupides, les membres de la bande qu’elle a déjà croisée, ainsi que leurs ennemis, doivent être tous morts. Ce qui n’arrangerait pas vraiment ses affaires.

Elle parvient à se bricoler un sourire pour accueillir les nouveaux venus, qui pourtant restent autant à l’écart d’elle qu’ils l’osent sans la vexer. Sans doute parce que ses sourires artificiels sont au moins aussi terrifiants que ses sourires naturels, même si eux rappellent davantage le rictus des fous qui sont prêt à égorger leur prochain petit déjeuner. Rapidement elle laisse tomber. Il faudrait qu’elle leur inspire confiance, et pour ça l’idéal serait de faire ses preuves dans une bonne petite attaque de zombis, mais il n’y a jamais de monstres quand on en a vraiment besoin, et de toute façon elle est encore trop épuisée pour tirer efficacement de la main gauche. Les nouveaux venus se restaurent et l’oncle Doc demande à Max de faire une transfusion à Eva. A travers le brouillard qui reprend possession de sa conscience, Nina Ichka parvient à comprendre qu’une transfusion peut arrêter le fléau. Puis elle s’évanouit.

Pendant ce temps, Max hésite. Arnaud a donné du sang à Maéllie et il est resté très faible longtemps, ça a sauvé sa sœur, mais lui-même n’était plus en état de se défendre. Lors de leur sortie désespérée, il avait été le premier à se faire prendre. Même s’il n’en est pas fier, le jeune homme est terrifié à l’idée de subir le même sort. Mais un rapide tour de salle indique qu’il est le seul à être compatible avec Eva, et il a apporté le matériel médical nécessaire. Il l’inspecte machinalement, espérant au fond de son cœur le trouver assez abimé pour empêcher l’opération, mais non : malgré tous les chaos et les monstres qui se sont violemment accrochés à son sac, tout est parfaitement utilisable, à peine éraflé. Il soupire. Comment pourrait-il refuser d’aider la sœur d’Alexis ? Il demande pour la énième fois :

« Mais tu es bien sûr qu’elle est contaminée ?

Oncle Doc et Jonathan hochent sinistrement la tête.

_ Et qu’elle est O ? Qu’elle a besoin de moi ?

Jonathan lui tend le carnet de santé. Bien évidemment, il a raison.

Eva ne quitte pas la femme manchot des yeux, la main en train de remuer quelque chose en permanence dans sa poche. Elle a l’air très choquée. Max se mord la lèvre. Si elle l’avait supplié de la sauver, si elle avait pleuré, il aurait craqué. Mais non, rien. La décision lui appartient à lui, et à lui seul. Un risque pour une vie. Il en a déjà couru tellement, des risques. Mais choisir comme ça, à froid, dans la sécurité de la centrale, lui parait bizarrement bien plus difficile, ça lui donne le temps de penser, le temps d’avoir peur. Tant pis.

_ C’est bon, déclare-t-il, j’y vais.

Il veut pendant quelques instants demander aux autres de promettre de le protéger si jamais – ce qui est probable – il tombe dans les pommes, mais se retient : ça serait indigne d’eux tous. Bien sûr qu’ils ne le laisseront pas tomber. Ils ne peuvent pas le laisser tomber. Pas eux.

L’oncle Doc, Jonathan et George mettent en place l’opération, tandis que Maellie et Eva s’endorment aux cotés de Nina Ichka, et que Kiara et Elliot montent une garde prudente à distance des barricades. Max se tourne les pouces avec une certaine angoisse. Il nettoie machinalement son fusil et se retient juste à temps pour ne pas se ronger les ongles. Non, des mains qui ont touché du sang et de la cervelle de zombi ne doivent pas entrer en contact avec sa bouche ou son sang, juste au cas où. Il demande où il peut se laver les mains et Georges se dresse comme un ressort pour l’accompagner. Il lui fait suivre un chemin compliqué qui évite au maximum les zones à risque, suppose Max qui ne se pose pas davantage de questions.

Pendant ce temps, l’oncle Doc réalise qu’il a besoin lui aussi de se laver les mains avant de commencer la transfusion, inutile de tenter le diable, et il suit le chemin que Georges avait l’air d’avoir pris. Pourtant, il commet une erreur. Car lorsqu’il ouvre la porte, ce n’est pas un lavabo qu’il voit, mais une femme encore humaine, attachée et terrorisée. Sous le choc, l’oncle Doc met quelques secondes à réagir. La femme se met à pleurer et à gémir :

_ Pitié… pitié…

En entendant ces mots il se précipite et tente d’arracher les chaines, mais elles sont retenues par plusieurs cadenas. La prisonnière n’est même pas menottée, on lui a enroulé une partie de la chaîne autour des chevilles, des poignets et du cou, et les maillons ont mordu dans sa chair. Oncle Doc balbutie :

_ Je vais vous aider… Je vais chercher de quoi ouvrir ça… des pinces, des… ne bougez pas, d’accord ? Heu, je veux dire… n’ayez pas peur. Je reviens.

Il file à toutes jambes vers la salle demander si quelqu’un a des pinces – ou, mieux encore, les clés des cadenas. Après tout, s’il y a une prisonnière, il doit y avoir un geôlier, non ? Ou une geôlière, mais étant donné la quasi nudité de la femme, il pense plutôt à un homme. Un fou. Un sadique. Sans doute mort à l’heure qu’il est, dévoré par les zombis avec ses clés, mais si jamais ce n’est pas le cas, l’oncle Doc se jure bien de lui faire regretter d’être encore en vie.

Il n’a pas le temps de trouver l’outil nécessaire : Kiara crie « Attaque ! Attaque ! » Quelques coups de feu résonnent, elle hurle de douleur, puis plus rien. Plus rien que le bruit immonde des mastications et des râles déçus de ceux qui n’ont rien eu – mais peut-être qu’oncle Doc se les imagine, car la distance est grande jusqu’à ce qu’il atteigne la barricade enfoncée par les hordes de zombis, elle lui parait grande, il court au ralenti, englué dans ce cauchemar. Pourtant le véritable cauchemar se déroule lorsqu’il arrive.

Ils n’ont pas contaminé Kiara. Ils lui ont dévoré le cerveau et une grande partie des entrailles. D’une certaine manière, c’est mieux. Elle a souffert moins longtemps.

Son arme est irrécupérable, les zombis la piétinent de leur pas titubant. Ils arrivent à avancer à quatre ou cinq de front, dans ce petit couloir, mais ceux qui détruisent méthodiquement les restes de la barricade sont dix fois plus nombreux et certains s’avancent à leur tour.

Elliot est déjà sur place, utilisant le revolver qu’oncle Doc lui a donné, mais presque toutes ses balles se perdent dans la viande putréfiée sans atteindre les cerveaux. Jonathan se défend de son mieux avec la manivelle que Kiara avait laissé dans la salle. Oncle Doc lui-même n’a pas d’arme. Il veut courir en arrière en récupérer dans la salle avant que les zombis ne quittent le couloir – il ne pourra pas défendre la petite troupe des survivants dans un espace plus grand – mais il s’arrête à peine retourné. La blessée est là, Maëllie et Eva à ses cotés. Elle tient dans la main gauche un fusil. Maëllie porte son sac militaire. Eva ses munitions. Tel un trio céleste, elles viennent à la rescousse. Nina Ichka ajuste le zombi qui s’apprête à se jeter sur Elliot et lui fait exploser la cervelle d’un seul coup. Puis elle continue à avancer, faisant mouche presque à chaque fois, ne s’arrêtant que pour présenter son fusil ouvert à Eva avec l’instruction laconique : « Recharge ». Eva a très bien compris lorsque Nina Ichka lui a fait la démonstration, tout à l’heure, et recharge avec une rapidité de professionnelle. De son coté, Maëllie a donné le sac à l’oncle Doc qui a trouvé un revolver qu’il manie avec plus d’habilité qu’Elliot. Le nombre de zombis parait infini mais une fois les premiers éliminés, les suivants arrivent si lentement que tout le monde a le temps de recharger. Max et Georges sont arrivés en courant, paniqués. Le fusil de Georges a pris du service à tort et à travers jusqu’à ce qu’il n’ait plus de munitions, et puisque même Nina Ichka n’en avait pas de rechange pour une telle arme, il est resté en arrière avec Max, leurs deux fusils prêts à servir de matraque si jamais les zombis dépassaient la ligne de feu, la pluie de balles horizontale que Nina Ichka abat sur eux. Mais non, aucun n’est assez rapide. A peine apparus par l’ouverture, les zombis s’écroulent, leur cervelle gicle sur les suivants. Les seuls qui parviennent à s’avancer de quelques pas titubent sous le feu d’Elliot et de Georges tandis que Nina Ichka dit : « Recharge ». Parfois ils parviennent à les abattre. Sinon, c’est la guerrière qui s’en charge, ramenant de quelques balles la ligne de front à la barricade éventrée, loin d’eux. Au bout d’un temps qui leur semble infini, la vague s’arrête. Une cinquantaine de cadavres s’empilent, rebouchant partiellement la barricade.

Lorsque tout est fini, personne n’ose bouger le premier, annoncer que ce qu’ils croient tous est vrai, qu’il n’y a plus de monstres pour les guetter. Personne, sauf Nina Ichka qui dit :

_ On rebouche avec les cadavres. Leur odeur devrait planquer la nôtre. Au cas où ils insistent vraiment, on pose des trucs bruyants pour être prévenus tout de suite.

Une fois ses instructions données, elle s’en retourne tranquillement perdre son sang dans la salle principale. Après tout, elle est blessée, elle ne va pas jouer les terrassières de zombis. Les hommes acquiescent et se mettent au travail, aidés par Maëllie, tandis qu’Eva l’aide à marcher jusqu’à son but sans s’effondrer. Elle est restée droite jusqu’à ce que tout soit finit, mais a dû pour cela puiser au plus profond de ses forces. Ça l’énerve. En passant près d’oncle Doc, elle murmure :

_ J’arrête les antidouleurs. Pas moyen de viser correctement.

_ Mais vous…

_ J’en ai raté.

Oncle Doc fait signe qu’il comprend. Il se demande où cette guerrière a été formée, mais aucun doute, elle est assez résistante pour tenir le choc de l’amputation sans autre médicaments que les antiseptiques. Son sang-froid durant l’affrontement était terrifiant, et même si elle leur a probablement tous sauvé la vie, il se méfie d’elle plus que jamais. La voir agripper le cou d’Eva ainsi ne lui plait pas du tout. Mais il doit parer au plus urgent : d’abord, la barricade, ensuite la prisonnière. Toucher ces cadavres leur répugne à tous mais ils savent que c’est le meilleur moyen de se dissimuler. Former un mur, du moins un tas assez solide pour retenir les prochains, ne leur demande pas tellement de temps, mais tous ont la gorge serrée et ils n’arrivent pas à parler tandis que dans la puanteur ils se servent des os pour maintenant en place les chairs mortes. Max vomit brutalement, immédiatement suivi par Jonathan,  de Maëllie et d’Elliot. Oncle Doc se demande vaguement par quel miracle il tient le coup. Puis il décide d’arrêter de penser et de finir.

Lorsqu’enfin leur ignoble tâche est achevée, il recule, essuie vaguement ses mains sur sa chemise et demande à Max et Elliot de le suivre. Il voit que George s’inquiète quand ils partent dans les couloirs et ça ne fait que renforcer ses soupçons. Enfin ils arrivent jusqu’à la prisonnière.

_ Désolé, j’ai mis du temps, lui dit-il. Mais on a été attaqué…

_ Ils sont encore là ? murmure la femme d’une voix rendue rauque par la soif. Les monstres ?

_ On les a repoussés. On est tranquille. On n’a pas de pinces, on va vous libérer avec un revolver. S’il vous plait, écartez-vous au maximum du mur et fermez les yeux.

En tremblant, la femme s’exécute. Elliot tend son arme à l’oncle Doc qui en deux balles libère la chaine du mur. Il bataille un peu tandis que Max enlève son pull qu’il offre à la prisonnière pour se couvrir. Elle ne réagit pas. L’oncle Doc murmure doucement :

_ C’est bon, madame. Vous êtes détachée. S’il vous plait, venez. On ne vous fera aucun mal. Qui vous a attachée ici ?

D’une main tremblante elle attrape le pull de Max qu’elle transforme en jupe en nouant les manches. Elliot lui tend le sien, qu’elle enfile normalement. Les trois hommes avaient pudiquement évité de trop regarder son corps, mais à présent qu’ils la ramènent à la lumière ils s’aperçoivent qu’elle est recouverte de traces de coups et de plaies qui ont été badigeonnées de mercurochrome. Le geôlier avait sans doute peur de la maladie. A la pensée de ce monstre l’oncle Doc sent ses poings se serrer.

Ils regagnent la salle principale et s’apprêtent à expliquer qui est la femme quand celle-ci se met à hurler. Elle ne désigne pas George mais sa terreur est si intense, dès la seconde où elle l’aperçoit, que les autres comprennent immédiatement et qu’ils se jettent sur lui pour le désarmer. Les autres demandent ce qui se passe et crient pour se faire entendre, un vacarme qui réveille Nina Ichka. Elle suit la scène avec amusement : George tente d’assommer oncle Doc avec son fusil et rate sa cible d’une bonne dizaine de centimètres. Par contre il ne manque pas Elliot qui tentait d’approcher par le coté et se reçoit la crosse dans les côtes d’un coup qui lui coupe le souffle et le fait tomber. Oncle Doc en profite pour lui envoyer un coup de poing à la tempe qui le fait vaciller, juste avant de recevoir tout le poids de Jonathan sur le dos. George est enfin désarmé et maitrisé à terre, tandis qu’oncle Doc explique sobrement ce qu’il a fait à la prisonnière, se tournant parfois vers la femme pour qu’elle confirme d’un signe de tête. Elle ne parvient pas à raconter sa propre histoire. Ni à détacher son regard effrayé et haineux de George. Supposant qu’elle est encore trop sous le choc, l’oncle Doc la fait s’asseoir dans un coin de la pièce, près de Nina Ichka et d’Eva. Tout le monde commence à se demander ce qu’ils vont faire de lui.

La guerrière retient une grimace. Elle estime que ces gens sont vraiment stupides de s’encombrer d’un prisonnier, surtout un prisonnier aussi inutile que George. Déjà qu’ils gardent une gamine malade et une blessée tout aussi mal en point, pourquoi ne pas lui flanquer une balle dans la tête si vraiment ils le détestent tant ? A la limite, il pourrait servir d’appât durant leur sortie, mais cette idée n’est même pas envisagée. Et ils ont beau discuter tous ensembles, Nina Ichka sait bien qu’ils vont finir par jouer les héros et refuser de tuer. Donc ils vont se farcir un prisonnier durant toute leur évasion, et si jamais elle s’y oppose, ils la rejetteront au moment où elle est le plus vulnérable. Pas question. Il doit y avoir un meilleur moyen de se débarrasser du problème.

Nina Ichka a gardé son fusil chargé à sa main gauche. Le plus innocemment possible, elle le déplace à sa droite, du coté de l’ancienne prisonnière. Celle-ci cesse de trembler dès qu’elle touche l’arme. Tachant de garder un visage neutre – au moins de ne pas montrer son dégoût pour cette femme qui s’est laissée attrapée – elle lui signale :

_ Il n’y a pas de sécurité. Si vous voulez tirer, vous y allez, vous appuyez sur la gâchette, et c’est bon. Pas compliqué.

_ Je… je peux ?

_ Ouais. Montrez-nous ce que vous savez faire.

_ Mais si je le rate ?

_ A bout portant, personne ne peut rater.

Pendant un temps, la femme ne dit rien et parait plongée dans ses pensées. Nina Ichka doit se retenir de ne pas la secouer. Non, elle doit trouver un moyen plus discret de la pousser à se venger. Mais heureusement la femme finit par se décider seule. Elle se lève avec une lenteur infinie, le fusil à la main. Elle s’approche de George, toujours immobilisé par Jonathan, lequel s’intéresse plus au débat qu’au mouvement qu’elle fait. C’est Maëllie qui comprend la première. Elle écarquille les yeux et ouvre la bouche pour crier. Trop tard. L’ancienne prisonnière a déjà posé le canon sur la tête de George et a fait feu. Une bouillie infecte macule le sol et les gens. Seule la femme ne parait pas dégoutée. Elle a un léger sourire et murmure :

_ Bon voyage en Enfer, salaud.

Personne n’ose rompre le silence qui suit. Nina Ichka parvient à retenir le rire qui lui monte aux lèvres. L’enfer, ils y sont tous déjà depuis belle lurette.

 

 

 

 

 

 

Par Luma
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Vendredi 24 octobre 2008

Zombi-Episode 14 : Attente


La pulsion du sang glisse tout le long du tube. Cela fait deux fois qu’il doit lutter contre l’inconscience. D’habitude, c’est lui le pseudo-spécialiste qui vient en aide. Là, c’est lui qui a besoin d’aide. Maëllie prend son rôle très à cœur, se sentant sans doute redevable pour avoir été sauvée de cette même façon. L’oncle Doc supervise, mais il se sent maladroit et finit ainsi par le devenir. Alors il faut de temps en temps le rappeler à l’ordre.

Depuis quelques minutes déjà le sang d’Eva s’est fluidifié, sans les traces gangreneuses de contamination. Il ne sait pas ce que c’est, mais il sait que ces traces étaient mauvaises. Et qu’il est possible qu’Eva soit partiellement sauvée. À cause de l’endroit délicat de la morsure, la transfusion n’a pas été aussi bien ciblée que pour Maëllie. Mais avec un peu de chance, ça devrait faire l’affaire. Jonathan s’est réveillé et surveille la petite fille. Il semble vouloir combler le vide d’Alexis. D’un coup, Max sent son cœur s’emballer. Il faut qu’il se contrôle, qu’il ne pense pas à son ami décédé.

Autour de lui, petit à petit les survivants s’activent. Il a écouté le plan de l’oncle Doc. Le 4x4 blindé. Il a fait le compte : l’oncle Doc, plus Jonathan, plus Eva, plus Maëllie, plus Elliot, plus Nina la proprio de l’engin, plus Hélène qui a explosé la tête de son geôlier, plus lui-même... Il doute qu’il y ai assez de place pour huit personnes. Elliot est blessé, Nina aussi, Hélène est mal en point, Eva sera encore un moment sous le choc de la transfusion, lui aussi, Jonathan a vraiment l’air d’aller mal, l’oncle Doc est complètement crevé... Une équipe de choc, vraiment.

Mais tout le monde essaye de se rendre utile. De croire au miracle. Mais, réellement, qu’est-ce qu’ils peuvent espérer trouver ? Un monde identique à cette ville, ravagé, aux prises de mort-vivant dont il faudra faire sauter le tête ? La fatigue et le manque de sang commencent à le faire délirer. Il se met à rire, doucement. Si les zombis l’attrapent, ils n’auront plus grand chose à se mettre sous la dent. Il fera une bien piètre proie.

“Ça va ?”

C’est Maëllie, qui s’inquiète. Il prend une grande bouffée d’air, pour se calmer, et garde son sourire pour la rassurer :

“Ouais, ouais. C’est juste... pour décompresser. On va avoir besoin d’un peu de réconfort, c’est tout. L’oncle Doc m’a dit qu’il restait des oranges en conserve ? Je serais bien tenté...”

Maëllie devient soudain tout sourire et s’empresse de lui en apporter une. Elle la découper avec soin et lui donne à manger, quartier par quartier, comme une véritable infirmière. Il est content qu’elle ne pense ainsi à rien d’autre. Même avec une perfusion sur le bras il s’inquiète à propos des autres. Ça lui donne encore l’impression d’être utile.

L’oncle Doc s’approche à son tour. L’heure tourne et le temps que Max avait prévu pour la transfusion est dépassé. Ils peuvent tout débrancher. Il faudra juste attendre un peu qu’Eva se remette de l’opération. C’est encore une enfant et son corps risque de ne pas supporter un aussi grand changement. Surtout devant les risques de transport qu’ils vont devoir affronter. Le voyage ne sera pas de tout repos et pourtant c’est de ça qu’elle aurait besoin. Lui aussi.

Il se laisse aller à dormir. Jonathan est venu lui dire que tout se passait bien, qu’il pouvait compter sur eux. Les autres n’osent pas venir vers lui. Ils savent que c’est de sa faute s’ils ne peuvent partir tout de suite. S’il n’avait pas été là, s’il n’avait pas eu le bon groupe sanguin, ils seraient déjà loin. Chaque minute leur fait peur. Ils ont pourtant renforcé la barricade, vérifié ce qu’ils leur restaient d’armes. Nina Ichka leur a assuré qu’il restait encore de quoi faire dans le 4x4. Mais il faut encore y arriver. Et ils savent que l’endroit grouillera de mort-vivant.

Eva se réveille, toute pâle, mais vraisemblablement guérie. C’est le signal. On réveille Max, on ramasse les sacs à dos. Ce qui ne peut être emporté est laissé à l’abri des mains mortes, pour de futurs réfugiés. Sans ménagement, Nina Ichka prend la tête du groupe et abat la barricade.

Par Florent
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Dimanche 26 octobre 2008

Zombi-Episode 15 : Feu de joie

 

 

 

Enfin un peu d’action. Nina Ichka est toujours affaiblie par sa blessure mais elle va de mieux en mieux et pense bien être plus forte, malgré sa mutilation, que chacun des autres humains prit individuellement. En groupe, bien sûr, c’est une autre paire de manches. Au moins elle peut compter sur le soutien sans faille et un brin fanatique d’Hélène, qui vénère la moindre de ses armes et de sa force de frappe. Ça ne durera peut-être pas, cette admiration devant la puissance sauvage d’une meurtrière. Peut-être qu’elle va s’apercevoir que Nina Ichka est un danger pour toute civilisation qui se respecte, un prédateur à abattre au plus tôt avant qu’il ne vous saute à la gorge. Et peut-être qu’en ces temps où la civilisation n’est plus qu’une façade de bonnes manières précieusement brandis par des survivants épuisés et effrayés, Hélène va définitivement adopter la violence de Nina Ichka. Et peut-être même que d’autres suivront. Pas Oncle Doc ni Jonathan. Ils sont trop attachés à leurs antiques valeurs de rouage d’une belle société d’entraide et de partage. Quand aux autres, ce n’est pas impossible, si Nina Ichka s’y prend bien. Sauf qu’elle n’a pas la moindre envie de s’y prendre bien, elle hait l’humanité, que ce soit ses disciples soumis ou ses ennemis farouches, tous y passerons, l’ordre du massacre n’est qu’une question de méthode et de rentabilité des risques. A la limite, elle supporterait même mieux des ennemis que des alliés. Il y a toujours moyen de s’amuser dans un combat, tandis que frapper quelqu’un dans le dos n’a rien de bien intéressant.

Dans son Requin, elle veut Hélène, Eva et l’un des chevaliers servant de la petite fille. L’oncle Doc, Jonathan, Max, Maëllie et Elliot sont doués, chacun dans leur genre, ils peuvent tous lui être utiles. Mais si elle en accepte deux, ils se mettront à comploter et ça sera difficile à surveiller, même en brandissant la menace de faire exploser la fillette. Ce chantage-là est trop grossier, surtout dans le 4x4 qui malgré sa taille ne permettrait pas de déclencher la grenade sans tous les tuer. Non, elle va utiliser quelque chose de plus subtil, un couteau sous la gorge, un revolver, quelque chose comme ça. De quoi motiver les troupes. Les héros qui composent ce petit groupe seraient bien capables de se laisser tuer pour ne pas céder à la méchante Nina Ichka brusquement dévoilée, tandis qu’ils feraient n’importe quoi pour protéger l’enfant. Stupide et utile. La guerrière ne sait pas encore qui elle va emmener. Elle verra bien qui arrivera au Requin en un seul morceau et fera le tri à ce moment-là.

L’équipe s’avance dans les couloirs. Peu de zombis. Ceux qui restent sont dégommés aussi facilement que des canards sur un stand de tir. Nina Ichka regrette un peu son carnet de proies : elle a perdu le compte. Foutus cachets. A présent la douleur de la blessure la torture mais elle a les idées bien plus claires.

« Recharge » ordonne-t-elle sobrement à Eva qui obéit. Cette petite est vraiment surprenante, pleine de ressources et en même temps trop paniquée pour oser seulement penser à s’enfuir seule. Et elle est agréablement silencieuse. Une prisonnière de choix. En permanence couvée du regard par les adultes, ce qui rehausse encore sa valeur.

La salle qui surplombe le Requin n’est pas envahie par les zombis. Les survivants peuvent facilement enlever le meuble qui bouche la fenêtre, après quoi il ne leur reste plus qu’à sauter sur le toit de l’engin et entrer par le toit ouvrant. C’est si simple…

Trop simple, bien sûr.

Au-dehors, des centaines de zombis grouillent. Nina Ichka grimace en voyant tous ces cadavres pris dans les piques : ce ne sont plus des pieux qui entourent le Requin, mais une couche molletonnée de corps putréfiés. Certains bougent encore : ils ont été pressés contre les pare-chocs par la foule de leurs congénères mais rien n’a touché leurs cerveaux. Ils lèvent un bras pathétique vers les humains en émettant des râles de désir. La faim les tenaille tous. Seuls les humains peuvent l’apaiser. Se frayer un chemin parmi eux présente un beau défi qui arrache un sourire à l’implacable Nina Ichka. Elle imagine déjà la voie de feu et de sang qu’elle va s’ouvrir.

Elle fait signe au groupe de reculer et de fermer la fenêtre. L’armoire métallique claque sur deux bras qui tentaient de s’introduire dans l’ouverture.

« Bien sûr, ironise l’oncle Doc, vous avez un plan.

_ Cocktails Molotov pour démarrer le ménage, armes à feu pour les maintenir en bas, ensuite on entre dans le Requin et on file.

_ Et où est-ce qu’on trouve de l’essence ? Tout est électrique ici.

_ Il y a forcément un garage.

_ Où ils seront aussi nombreux que devant le bâtiment…

_ Pas sûr. Hé, Hélène, tu bossais ici avant ?

L’intéressée redresse la tête brusquement en entendant son nom puis la secoue négativement. Puis elle murmure :

_ De l’alcool, ça irait ?

_ Beaucoup ? Du concentré ?

_ Beaucoup… de l’alcool à boire… wisky, vodka, tout ça…

_ Facile d’accès ?

_ Là où… j’étais enfermée.

_ Bien. Changement de plan ! On arrose tout ça et on fout le feu.

_ Le feu ne leur fera rien, proteste l’oncle Doc de plus en plus excédé. Et on risque de faire exploser votre 4x4 !

_ Aucun risque pour le Requin, il est protégé contre ça. Par contre, un corps qui flambe, à la fin il n’en reste que des cendres. Et les morsures de cendre, ça ne fait pas très mal.

_ Il faudrait plus que quelques bouteilles d’alcool pour réussir un feu pareil !

_ Hélène a dit qu’il y en avait beaucoup, pas vrai ?

_ Oui, vraiment beaucoup.

_ Alors c’est réglé. Les valides vont aider Hélène à chercher ça. Je reste là avec la petite et le transfusé tout pâlot.

_ Je reste aussi, dit sobrement l’Oncle Doc. Des fois qu’ils réussissent à entrer par la fenêtre.

_ Très bien.

_ Parfait. »

Tous les deux se défient du regard. L’Oncle Doc est devenu tout naturellement le chef du petit groupe de survivants, sans que personne ne se donne la peine de formuler ce fait. Nina Ichka est en train de le supplanter. Ce n’est pas ça qui le gêne – il est prêt à laisser la responsabilité du groupe au premier qui serait capable de l’assumer mieux que lui, et avec grand plaisir. Non, le problème, c’est que les gens soient prêts à la suivre aveuglément parce qu’elle est d’une violence redoutable. Dans l’univers chaotique qu’est devenu le monde, ça rassure de savoir qu’un tel concentré de pulsions meurtrières est de son coté. Mais cette puissance est maléfique, l’Oncle Doc en est de plus en plus persuadé, ils ne doivent surtout pas la suivre aveuglément. Pas facile tant que Nina Ichka continuera à être la seule à avoir des plans vraiment efficaces. Des plans de destruction si gigantesques que même le geek admirateur des films de zombis ne les a pas imaginés.

Les autres reviennent, serrant dans leurs bras le précieux butin. Hélène n’avait pas exagéré, il y avait plus d’une centaine de bouteilles dans la cache, et ils sont parvenus à en ramener une trentaine. Ils demandent à Nina Ichka si c’est suffisant mais c’est l’Oncle Doc qui répond. Il ne veut pas perdre complètement le contrôle de la situation. Enfin ils sont prêts à se lancer. Pas de coups de feu pour commencer, les zombis qui tenteront de monter jusqu’à eux seront repoussés à coup de serpe et de crosse de fusil. Ils seront copieusement arrosés. Une fois bien imbibés d’alcool, il n’y aura plus qu’à lancer un chiffon enflammé. Un plan si beau dans sa simplicité qu’on en oublierait le danger à faire une gigantesque flambée de monstres sous leurs pieds, au-dessus d’une voiture qu’ils sont censés gagner tous ensemble. Tout le monde se lance.

Lorsque le feu est lancé, Max se dit que ça ne va pas marcher, qu’il est impossible que quelques gouttes d’alcool suffisent à faire brûler un zombi entier, à plus forte raison une armée de morts-vivants, ils n’auront que quelques blessures superficielles sur la peau, pour ceux qui ont encore une peau, et ça sera tout…

Et c’est bien ce qui se passe dans un premier temps. Jusqu’à ce que Nina Ichka se mette à jeter les bouteilles restantes sur la foule. Plus question d’arroser, le verre explose sur la carlingue du Requin et allume de jolies boules de feu qui entament de plus en plus profondément la chair morte de leurs assaillants. Finalement la guerrière confie les bouteilles aux autres et défend férocement la fenêtre à grands coups de serpe, décapitant leurs assaillants au milieu des flammes. Les corps désarticulés gênent les suivants et s’entassent dans un embrouillamini de membres de plus en plus carbonisés. La scène est dominée par une odeur épouvantable de chair grillée. Malgré la fatigue, la douleur et l’usage de la main gauche, Nina Ichka est d’une redoutable efficacité. Elle est la seule qui n’a pas l’air de souffrir de la chaleur.

Peu à peu, le feu se propage d’un zombi à l’autre et l’espace autour du Requin n’est plus qu’une fournaise dominée par une démone au sourire cruel.

Lorsqu’il ne reste plus sur le toit de l’engin qu’un amas de chairs calcinées inidentifiables, Nina Ichka fait signe à ses troupes de lancer de l’eau pour refroidir un peu leur piste d’atterrissage et saute. Elle explose quelques cervelles trop loin de la ligne de feu pour en être gênées. L’oncle Doc la suit et prend le relais, elle en profite pour ouvrir le toit ouvrant et se glisser dans l’habitacle. La chaleur est atroce mais pas mortelle et c’est tout ce qui importe. Comme prévu, les chevaliers servants prennent toutes les précautions pour descendre la petite Eva en premier. Après quoi ils aident Hélène et Max. Pendant ce temps, en bas, Nina Ichka a sorti l’un de ses innombrables couteaux et l’a attaché à son avant-bras mutilé à l’aide d’un gros scotch de déménagement qu’elle déchire avec les dents. Un bricolage qui n’est peut-être pas très hygiénique mais terriblement efficace. Après quoi, tandis que les autres s’agitent en s’aidant les uns les autres sur le toit brûlant, la guerrière fait un grand sourire d’ogre à la petite fille et lui fait signe de venir s’assoir sur ses genoux, derrière le volant. L’enfant, terrifiée et fascinée, obéit. La lame qui remplace la main d’une façon obscène s’agite près de son visage. Elle ferme les yeux.

Hélène se glisse à son tour dans l’habitacle, suivit par Max. Tous les deux écarquillent les yeux en voyant Nina Ichka menacer la petite fille. Elles obéissent immédiatement lorsqu’elle envoi Max à l’arrière et Hélène sur le siège de droite. Après quoi… puisque le compte est bon, autant démarrer.

« Hélène, passe la première. » ordonne Nina Ichka. Elle va avoir besoin d’aide pour conduire mais tant qu’elle aura la gamine à sa merci elle devrait facilement en obtenir. A l’arrière, Max cache son visage dans ses mains comme pour refuser de se laisser toucher par l’horreur. Ce qui ne change rien, bien sûr. L’horreur est là. L’horreur ne s’en va jamais.

Nina Ichka démarre en trombe, abandonnant les autres à leur sort sans le moindre remord. Elle voit bien que l’Oncle Doc n’est pas tombé du toit comme il l’aurait dû, il s’est sans doute raccroché à quelque chose, mais ça n’a aucune importance. Lui non plus – lui le premier – n’osera rien faire tant qu’elle aura l’enfant.

Dans un terriblement rugissement de moteur elle roule sur les derniers cadavres en train de flamber, empalant quelques membres sur son pare-choc, dont les flammes jettent de jolies lueurs dans la nuit.

 

 

Par Luma
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Mercredi 12 novembre 2008

Zombi-Episode 16 : boîte à sardine


En voyant le 4x4 démarrer, Jonathan écarquille les yeux en hurlant :

“Nan ! Qu’est-ce qu’elle... ?”

L’oncle Doc s’est raccroché tant bien que mal aux grilles renforcés, luttant pour ne pas tout lâcher. Ils restent là, regardant le véhicule blindé se frayer un chemin au travers des cadavres en putréfaction, partiellement en flamme. Maëllie se cache le visage dans les mains et s’effondre, en larmes. Elle n’en peut plus. Ils avaient tous eu une porte de sortie et il a fallu qu’un improbable coup du sort vienne tout gâcher. Une fois de plus. Elle a envie de prendre une arme, de s’en servir, contre n’importe qui, même elle s’il le faut. Les horreurs s’accumulent et le coup de poignard de la Capitaine-Crochet est l’horreur de trop.

Elliot est lui aussi décontenancé, à cheval sur le rebord de la fenêtre. Il ramène sa jambe du bon côté, l’air penaud. Jonathan ne cesse de jurer, donnant des coups de pied rageurs au mur. Il ne se contrôle plus et frappe encore. Ils sont coincés ici, à plus de deux mètres du sol infesté par le brasier de morts-vivants.

“C’est elle, je vais la buter, c’est forcément elle...”

Il ne leur reste que peu d’armes mais il prend le fusil à pompe de l’oncle Doc et vise. Sauf que le 4x4 est à présent trop loin et qu’il pourrait tout aussi bien tuer son ami avec. En bas, les morts-vivants se sont désintéressés d’eux et tentent de suivre la véhicule, sans se soucier des flammes qui les rongent. Une lueur vive embrase ses yeux. Faisant signe aux autres de faire le moins de bruit possible, il dit :

“On décolle.”

Il soulève Maëllie et lui demande de passer juste après lui. Il saute, tombant douloureusement sur ses pieds. Quelques zombis essayent de repérer ce brusque mouvement mais Jonathan reste tapis sur le bitume, sans bouger, prêt à dégommer les curieux. Rapidement ils se désintéressent de lui pour suivre toute la troupe dans le sillon du 4x4 encore empêtré dans les amas de corps, à l’autre bout de la place. Jonathan se redresse et fait signe à Maëllie de se suspendre à la fenêtre. Puis elle lâche, tombant sur le garçon qui amortit sa chute. Elliot, tout tremblant, s’écroule à sa suite. Sa blessure lui fait mal mais il se contente de serrer les dents, pour ne pas paraître moins téméraire que cette bande de gamin qui l’ont déjà sauvé plus d’une fois.

“Suffit de traverser l’enfer... jure Jonathan.

_ T’es sûr que... essaye de lui demander Maëllie.”

Il se contente de hocher la tête, le fusil à pompe en main. À l’autre bout le 4x4 reste embourbé entre deux tas de cadavres, mais il n’y a plus de trace de l’oncle Doc. À l’intérieur du véhicule, Nina Ichka fulmine.

“Allez ! Ecrase, écrase !”

Elle donne de violents coups de pieds à l’accélérateur mais les roues refusent se suivre.

“Et merde ! La marche arrière ! hurle-t-elle à Hélène qui s’empresse d’obéir. Allez, bon sang, dégage ! Ecrase !”

Le 4x4 dérape d’un seul coup, dans une gerbe de chair et de sang qui suinte des roues. Cela fait un moment qu’à l’arrière Max ne voit plus rien. Il se sent mal, son front le brûle et il a une furieuse envie de vomir. Nina Ichka se remet à pester : à travers le pare-brise elle peut voir les autres approcher, derrière la horde de morts-vivants. Un instant elle a envie d’appuyer à fond sur l’accélérateur pour aller les écraser. Mais de loin, Jonathan lui fait bien comprendre qu’il pourrait facilement lui tirer dans les roues, seul point faible apparent du Requin. Elle ne peut pas reculer à cause de la rue obstruée. Si elle avance, elle sera dans la ligne de mire. Et les morts-vivants commencent à s’amasser autour du véhicule.

Elle déteste être obligée de revoir son plan si limpide. Il suffirait d’attirer l’attirer l’attention sur les trois autres humains pour qu’ils se fassent dévorer. Mais de là où elle est, cela lui semble impossible. Il va falloir parlementer, trouver encore un discours crédible pour s’attirer leur faveur... Et puis zut. Elle a passé trop de temps avec cette bande de pseudo-héros. Si elle ne met pas une distance avec eux, jamais Hélène ne sera à sa solde.

“Passe la première. Faut qu’on se sauve nous. On ne peut pas traîner éternellement ces boulets, tu comprends ?”

Hélène se contente de hocher la tête et d’abaisser le levier. Le couteau est toujours collé à la gorge d’Eva. Le 4x4 s’approche lentement du reste du groupe, heurtant les morts-vivants incapables de s’accrocher. Le temps que la foule de zombis fasse demi-tour, le véhicule se place de biais face à Jonathan et ses deux suiveurs. Abaissant un peu la vitre, Nina Ichka hurle :

“J’ai déblayé le terrain ! Fallait rester là-bas ! Essayez de grimper !”

Jonathan abaisse son arme pour un temps. Il n’est pas question de faire un geste brusque. Il a repéré le couteau. Et il ne sait toujours pas où se trouve l’oncle Doc. Il n’y a pas de zombis hystériques dans le coin, il ne peut donc pas être en train de servir de déjeuner. Il faut faire vite, Déjà Elliot grimpe sur le véhicule et rampe jusqu’à l’ouverture du toit. Il donne un coup de pied paniqué au premier mort-vivant et se brûle la main sur la carrosserie bouillante. Il tombe sur Max qui commence à délirer sur la banquette arrière, se faisant le plus petit possible.

Maëllie commence à son tour l’ascension alors que la foule des morts-vivants heurte le 4x4. Jonathan se doute qu’il n’aura pas le temps d’entrer. Il dégomme une tête. Une fois Maëllie à l’intérieur, il n’y aura plus vraiment de place. Et il ne voit pas comment virer Nina Ichka de sa place. Sauf que s’il les laisse à sa merci, il y aura des sacrifices.

La femme le regarde droit dans les yeux, donne un coup d’accélérateur, demandant à Hélène qu’elle passe la marche arrière, puis la première, pour déblayer un peu les environs. Cela laisse quelques secondes de répit à Jonathan pour prendre sa décision. Et à Hélène pour lui asséner un violent coup derrière le crâne. Eva s’empresse d’ouvrir la portière pour se réfugier auprès de Jonathan, s'immobilisant aussitôt en voyant les dizaines de zombis encore debout, que le feu généralisé n’a pas consumé.

La place n’est désormais plus qu’un incendie. Le feu a dû prendre quelque part et petit à petit tous les corps à terre propagent les flammes. Jonathan tire encore quelques coups en entrant dans le 4x4. Hélène est occupée à déloger le corps de Nina Ichka du siège avant mais personne ne l’aide. Elliot hurle en voyant les morts-vivants grimpés sur le véhicule, rebouchant tant bien que mal le toit ouvrant :

“Jetez-la dehors !

_ Elle nous a sauvé ! proteste Hélène.

_ Elle voulait nous laissez crever ! On fait pareil !

_ Elle nous a sauvé !

_ Et elle ne le voulait plus !”

Jonathan met fin à l’engueulade en poussant le corps de la femme contre Hélène. Ils n’ont pas le temps de se débarrasser d’elle. Le sang du moignon de Nina commence à suinter mais la jeune fille n’en a plus rien à faire. Elle défait comme elle peut l'amalgame de scotch et s’empare du couteau qu’elle place sous la gorge de leur ennemie, pour le moment où elle se réveillera. Ecrasée par le poids du corps inerte, elle ne voit pas grand chose. Mis à part le visage crispé de Jonathan, Eva sur ses genoux, qui malmène le 4x4 pour le sortir du bourbier de zombis et de la place incendié.

Il se demande finalement s’il aurait pu faire sauter un pneu avec son fusil à pompe au vue de leur extrême résistance à toutes les embûches. Il fait brièvement un tour pour revenir près du mur de la station d’épuration. Aucune trace de l’oncle Doc. Il sait ce que ça signifie. Il sait aussi ce qu’il doit faire et il en a les larmes aux yeux. Faisant rugir le moteur il s’éloigne de la place, suivant les voies des bus et du tramway, moins encombrées d’autres véhicules. Le regard brûlant concentré vers l’extérieur, Jonathan mène le 4x4 hors de la ville, loin du foyer de zombi, loin de l’oncle Doc.

Par Florent
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Jeudi 27 novembre 2008

Zombis-Episode 17 : de nouveaux amis

 

 

Nina Ichka revient à elle. La douleur, elle connait, et à coté de celle qui lui déchire le bras celle de sa tête est ridicule. Une stupide bosse. Une stupide bosse qui l’a mise KO un moment. Elle ne montre pas qu’elle est réveillée et écoute.

« Il faut la tuer, dit Jonathan.

La première parole sensée que Nina Ichka ait entendue de sa bouche. Il lui a fallu du temps mais enfin il comprend ce que l’ignominie d’être humain implique. Les autres n’en sont pas encore à ce stade : à présent que la peur et la décharge d’adrénaline sont passées ils protestent contre l’évidence. Nina Ichka sent des liens autour de ses poignets et de ses pieds, de la corde nylon qui rentre dans sa chair. Elle sent aussi une lame contre la peau de son cou. Elle est là depuis longtemps, elle a pris la température de son corps. Celui qui la tient l’a posée à plat sur le sternum et ne tremble pas. Nina Ichka entend sa respiration mais ne sent pas son souffle, il ou elle doit être trop loin pour qu’elle puisse l’attraper d’un seul geste. Autour d’elle la discussion continue. Mais oui, mais non, il faut, il ne faut pas, pas humain, pas humaine, monstre, mort, zombis, survie… bla bla bla.

Ils ont mis un pansement neuf sur son moignon. Pathétique.

La gamine a sûrement gardé la bombe sur elle. Ça les ferait tous sauter si Nina Ichka la déclenchait maintenat. Elle est prête à le faire malgré tout. Ces salopards l’ont attachée ; peu importe le prix à payer, elle veut leur peau. Elle porte toujours les mêmes vêtements : peut-être qu’ils ne l’ont pas fouillée après l’avoir désarmée et qu’elle a toujours le détonateur. Sinon il faudra qu’elle le leur reprenne.

Peu à peu elle réalise qu’elle est allongée dans l’herbe. Ils sont tous descendus du Requin d’après les voix – à moins que la petite ne soit restée dedans, impossible à dire puisqu’elle ne dit pas un mot. Nina Ichka est attachée et menacée. Pour s’en sortir il ne lui reste qu’à négocier, alors qu’ils savent tous très bien qu’elle veut leur mort. Inutile de continuer à jouer les assommées. Elle ouvre les yeux.

_ Elle se réveille, souffle Elliot.

C’est lui qui lui maintient une lame sur la gorge. Nina Ichka l’ignore. Elle a planté son regard dans les yeux d’Hélène et ne lâche pas. C’est la seule sur laquelle elle a une influence. La femme serre machinalement ses bras autour de son corps, brutalement mise à nue par ce regard de glace. Elle ne se soumet pas, elle ne propose pas de l’aider. Elle lui tient tête quelques secondes avant de détourner violemment les yeux. Manqué.

L’un après l’autre, Nina Ichka fusille du regard chaque personne présente qui s’érige en juge. Tous réagissent, leur colère et leur mépris masquent mal leur peur. Elle aurait pu continuer à les manipuler longtemps si elle avait daigné leur prêter plus d’attention. Mais Nina Ichka n’a pas de temps à perdre avec des regrets.

_ Laissez-moi partir, dit-elle. Vous avez le Requin et les armes. Qu’est-ce que vous gagnez à me tuer ?

Elle tente de ne pas trébucher sur les mots qui la hérissent :

_ Ce n’est pas humain. On est déjà peu nombreux à survivre. On ne gagnera rien à s’entretuer.

Difficile pour elle de garder son sérieux en leur ressortant leurs propres arguments, et elle n’est pas certaine de s’y prendre correctement. Mais ça marche. Ils hésitent de plus en plus. Hélène est la première à dire, d’une petite voix :

_ C’est vrai, on peut la laisser partir, non ? Elle ne nous fera pas de mal puisqu’on a tout gardé…

_ Cette sorcière…

La voix de Jonathan est basse. Etouffée. Par la rage qui monte en lui, une rage dont il tient encore suffisamment les rênes pour ne pas se mettre à hurler, mais pas pour longtemps. Il se lève. Ses poings serrés tremblent. Sa voix est claire lorsqu’il tente une nouvelle fois de convaincre les autres.

_ Cette sorcière, continue-t-il, était prête à nous abandonner. Elle a menacé Eva. Elle lui a mit un couteau sous la gorge. Et l’oncle Doc…

Le jeune homme n’arrive même pas à finir – le fragile lien qui l’empêche de tout simplement vider son chargeur sur la prisonnière sans défense n’est pas loin de se rompre. Dire que l’oncle Doc est mort briserait instantanément cette fragile lanière. Et ensuite ? Il rejoindrait Eva dans le 4x4, du sang sur les mains, et lui dirait qu’à présent lui aussi est un assassin ?

_ Je n’ai pas fait mal à Eva, dit Nina Ichka avec un terrible sang-froid. Je n’ai pas touché à un cheveu de sa tête. C’était juste un moyen de vous faire tenir tranquille. Quand à votre ami, c’est lui qui a sauté sur le Requin. Je ne l’ai pas forcé.

Jonathan lève son arme avant même de réaliser que c’est bien sa main qui s’est refermée sur la crosse de métal. Il hurle :

_ Saloperie de sorcière !

_ Jon, non ! crie Maëllie.

_ Vas-y ! s’exclame Elliot.

Hélène se cache les yeux. Max se lève et esquisse un geste vers Jonathan, sans savoir lui-même s’il veut l’empêcher d’agir ou l’encourager. Jonathan ne tire pas encore.

_ Demande-lui.

Le calme de Nina Ichka tranche parfaitement l’affolement qui monte.

_ Quoi ? demande Jonathan incapable de croire qu’il a réellement entendu ces mots.

_ A Eva. Demande-lui si je lui ai fait mal. Demande-lui si je ne lui ai pas fait un cadeau…

_ Ne mêle pas Eva à tout ça ! hurle Jonathan.

_ Pourquoi pas ? C’est la première concernée, non ? C’est d’abord pour elle qu’on m’accuse. Si c’est bien un simulacre de procès qui est en train de se jouer…

Les autres survivants s’échangent des regards. Ils sont d’accord pour ne pas laisser Eva à portée de Nina Ichka : elle ne pourrait que lui faire peur et ils ne veulent pas que la fillette assiste à sa mort. Pour le reste, ils sont indécis. Nina Ichka a tué l’oncle Doc. Nina Ichka les a sauvés des zombis. Sans sa précision de tir foudroyante et son 4x4, ils ne seraient pas là aujourd’hui. Et elle est cinglée. Mauvaise. Maléfique. Dangereuse. Epouvantablement dangereuse. Mais humaine. A peu près. Quel prix peut bien avoir cette humanité dans un monde en ruine ?

Jonathan a fait son choix. Pour Eva, justement, pour la protéger, il est prêt à exécuter la sentence. Quiconque serait prêt à prendre sa place est le bienvenu. Mais il sait qu’il n’y aura personne. Tout ce qu’il peut faire c’est convaincre les autres de se ranger à son avis.

_ Si vous prenez le temps de me juger, continue Nina Ichka, détachez-moi au moins les mains. Au moins mon moignon. Je souffre horriblement. Et je ne pourrais rien faire avec un bout de bras amputé, pas vrai ?

Hélène s’avance. Elliot lui fait signe de reculer et détache lui-même les poignets de Nina Ichka, tout en maintenant son couteau. Il ne s’attend pas à devoir l’utiliser. Il n’est pas suffisamment prêt pour un assaut suicidaire.

Avec la rapidité d’un serpent Nina Ichka attrape un doigt de la main qui tient le couteau qu’elle brise d’un violent mouvement. Elliot hurle de douleur avant d’avoir compris ce qui se passait. Son propre couteau, lâché et rattrapé par la guerrière, lui tranche la gorge. Puis Nina Ichka coupe les liens de ses jambes. Le tout a pris moins de six secondes. Le temps nécessaire pour que toutes les autres armes se braquent sur elle. Trop tard. Une balle part et la rate. Nina Ichka est derrière Jonathan, le seul dans sa colère à avoir osé s’approcher autant d’elle, le fameux couteau encore dégoulinant de sang est sur sa gorge à lui, tandis qu’Elliot achève de mourir sur le route. Les autres sont pétrifiés.

Lentement Nina Ichka et son prisonnier font un tour sur eux-mêmes. La route est déserte, parsemée ici et là de carcasses de voitures. Au loin, quelques groupes de morts-vivants errent. Ils ne menaceront pas le fragile équilibre avant une bonne heure. Parmi les humains, nul ne fait un geste. Nul n’ose respirer. Le silence rend plus atroce encore le bruit du sang d’Elliot tombant goutte à goutte sur le bitume. Les survivants réfléchissent à toute allure, tentant d’empêcher leurs pensées de tourner en rond comme des hamsters affolés – difficile hélas de penser sainement quand on est coincé avec une psychopathe apparemment increvable. Nina Ichka, quand à elle, ne réfléchit plus. Elle a laissé son instinct de tueuse prendre la relève. Sa haine la guide. Elle pense à la bombe qu’elle a donnée à Eva, au détonateur, à l’explosion qui la tuera sans doute si elle l’utilise maintenant. Ils l’ont attachée et ont volé son Requin. Si elle doit mourir pour tuer enfin les derniers humains souillant encore cette planète, elle le fera.

Si elle doit se contenter de sacrifier le Requin, ce sera presque aussi difficile, mais elle le fera également.

_ Bien. Maintenant tout le monde m’écoute. Je ne vais pas me compliquer la vie en retentant de jouer avec des otages et je ne crois pas que vous teniez assez à votre pote pour me rendre mon Requin en échange. Donc vous me donnez un fusil et des munitions. Et ma serpe. Et nos routes se séparent. Moi d’un coté, vous et le Requin de l’autre, et bon voyage en enfer.

Silence. Nina Ichka donne un coup de coude à Jonathan pour le pousser à encourager ses troupes, il met un point d’honneur à ne même pas gémir. Du coin de l’œil il voit qu’Eva est sortie du 4x4. Il voudrait lui dire quelque chose pour qu’elle ne s’en fasse pas, qu’elle retourne sagement à l’intérieur et qu’elle laisse les grands s’occuper des problèmes. Il voudrait lui jurer que tout ira bien. Sauf que ce serait d’une hypocrisie qu’Eva ne mérite pas. Elle comprend très bien ce qui se passe. Et sait douloureusement que les grands n’ont pas de solution à tous les problèmes.

_ D’accord ! dit Maëllie. On fait l’échange.

Nina Ichka a un bref sourire éclaboussé de sang. Elle réussi pendant une fraction de seconde à être plus terrifiante encore qu’auparavant. Max prend Eva dans ses bras et s’arrange pour la protéger de son corps, au cas où. Maëllie va chercher ce que Nina Ichka demande. Ils ne savent pas où la sorcière veut en venir, ils savent juste qu’elle a un as dans une manche et un lance-flamme dans l’autre et qu’elle est imprévisible. On peut tout redouter de sa part. Hélène continue à braquer son arme sur elle. Le canon de son revolver tremble tellement que si jamais elle lâchait un coup de feu, elle aurait autant de chance de tuer Jonathan que Nina Ichka.

Maëllie jette les armes à l’extérieur du Requin. Nina Ichka entame une manœuvre prudente, Jonathan toujours au bout de son couteau, pour les récupérer. En même temps elle tâte l’une de ses poches. Si le détonateur n’y est pas, c’est forcément Jonathan qui l’a, lui qui semble avoir remplacé l’oncle Doc dans le rôle de chef officieux de leur petite bande. Mais il y est. Nina Ichka retient un nouveau sourire et termine la périlleuse manœuvre sans encombre. Maëllie la menace également. A sa place, Nina Ichka aurait tiré depuis longtemps.

Vont-ils tirer quand elle aura lâché Jonathan ? Peut-être. Avec une seule main elle ne sera pas assez rapide pour attraper le fusil et faire feu à son tour. Elle s’approche de l’arme et oblige lentement Jonathan à se baisser avec elle et à la lui mettre sous le bras. Après quoi elle se sert de lui comme bouclier humain et le jette vers le groupe armé. Ils restent assez longtemps empêtrés pour qu’elle ait le temps de se réfugier derrière la barrière de sécurité, de jeter son couteau et de prendre le fusil. Ils n’ont pas demandé leur reste et s’enfuient à toute allure à bord du Requin, trop heureux d’être débarrassés de cette folle.

La folle lâche l’arme – qui ne servait qu’à les dissuader de la suivre pour la tirer comme un lapin, au cas où une idée sensée leur passerait enfin par la tête – et enclenche le détonateur.

A une cinquantaine de kilomètres de là, la bombe qu’Eva a jeté par la fenêtre ne reçoit pas le signal et n’explose pas.

Le Requin n’explose pas davantage.

Nina Ichka si.

Elle hurle de rage devant l’odieux spectacle de son échec. Elle prend le fusil et gaspille ses munitions autour d’elle. Elle frappe le sol. La rage la transperce en une atroce brûlure interne. Elle n’entend même pas les sons déchirants qui sortent de sa gorge en feu. Jamais, de toute la fureur de sa haine, jamais elle n’avait ainsi perdu le contrôle d’elle-même.

Elle ne se rend même pas compte qu’elle a attiré un groupe d’une dizaine de zombis. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour les fuir. Mais qui parle de fuir ? Elle attaque avec un plaisir sauvage.

 

Dans le Requin, la seule enfant à avoir tenu tête aux ordres de la redoutable Nina Ichka guette anxieusement par la fenêtre. Lorsque la sorcière est hors de vue, elle respire. Elle aurait voulu faire quelque chose d’horrible à cette ignoble femme qui leur a fait tant de mal. Elle ne saura jamais que son seul geste de rébellion les a tous sauvés.

Le silence de l’habitacle devrait être rompu par une question, la question qu’ils se posent tous : « Et maintenant, où va-t-on ? ». Personne ne parle. Jonathan ne veux pas s’excuser d’avoir laissé Nina Ichka en vie, pas devant l’enfant. Max et Maëllie ne veulent pas parler d’Elliot, qu’ils sont les seuls à avoir vraiment connu, et encore, si peu. Eva est perdue dans ses cauchemars. La honte, le regret, le deuil et la culpabilité des survivants leur colle à la peau et englue la moindre de leurs pensées. La peur de l’avenir ne parvient même plus à se frayer un chemin dans leurs esprits embrumés de ténèbres.

Hélène branche la radio. Les grésillements emplissent l’habitacle. Aucune réaction des autres. Méthodiquement Hélène explore toutes les stations radios. C’est finalement elle qui rompt le silence – d’une voix qui s’excuse presque :

« Il doit bien y avoir d’autres survivants quelque part, non ?

Jonathan se force pour lui répondre :

_ Oui. Sûrement.

Son sourire est bien trop pauvre et crispé pour convaincre qui que ce soit. Hélène fait semblant de ne pas s’en apercevoir et se concentre d’autant plus sur la radio. Jusqu’à ce qu’elle entende un mot au milieu des grésillements. Elle s’étonne, repasse en arrière. Rien. Puis un autre, un son si humain, peut-être un mot, peut-être un hasard, en tous cas un espoir…

Elle ne fait aucune remarque et note la fréquence. Lorsqu’ils arrivent à un carrefour, elle demande simplement à Jonathan de continuer tout droit. Pour le jeune homme cette direction en vaut une autre et il obéit. A la tombé de la nuit, alors qu’Hélène commençait à se demander si elle avait eu des hallucinations, ils captent enfin quelque chose, quelques bribes de mots, une voix de femme, et enfin un appel clair et déchirant :

« A tous les survivants ! J’ai un refuge ! J’ai des armes et de la nourriture ! Et beaucoup de matériel ! Je suis seule ! Venez m’aider ! Si il reste un seul être humain sur cette foutu planète, venez ! »

Puis la femme explique qu’elle s’appelle Brenda et a trouvé refuge chez une folle surarmée qui est partie avec sa meilleure amie sans laisser de traces. Brenda a des sanglots dans la voix et quelques traces d’hystérie mais elle arrive à expliquer très clairement comment la retrouver. Au bout de quelques minutes le message revient à son point de départ et recommence. Elle l’a sans doute enregistré avant de le lancer sur les ondes.

_ Qu’est-ce qu’on fait ? demande Jonathan.

_ On y va ! dit Maëllie sans hésiter.

_ On y va, murmure Max qui lutte péniblement contre le sommeil.

_ On y va, marmonne Hélène en regardant ses mains.

_ Moi aussi je veux y aller ! s’exclame Eva.

C’est la première fois qu’elle prend la parole spontanément depuis… une bonne éternité. Jonathan la remercie d’un immense sourire avant de lancer d’une voix joyeuse :

_ Alors on y va ! C’est parti ! »

 

Nina Ichka marche dans la campagne dévastée. Elle n’a pas envie de voler une voiture. Elle préfère pouvoir massacrer tout ce qu’elle trouve sur son chemin. Son humeur épouvantable est loin d’être calmée. Quelque part au fond de son esprit se trouve vaguement l’idée qu’elle devrait rentrer chez elle pour refaire le plein d’armes, de nourriture et de médicaments. Le reste est noyé par la haine et par une fureur qui ne peut s’apaiser que dans le sang. Tous les zombis qu’elle rencontre ne sont pas en état de saigner. Elle s’en contente.

Un véhicule arrive vers elle. Surprise, elle lâche la tête de mort-vivant qu’elle tenait par les cheveux et se cache instinctivement derrière un arbre providentiel. L’engin arrive par les champs et se rit de la boue et des fossés avec une aisance qui aurait ridiculisé le Requin lui-même. C’est un tout-terrain militaire, aucun doute, mais on a peint sur ses flancs différents symboles punks et anarchistes. Peu après un groupe de motard le suivent, volant presque au-dessus des champs tandis qu’ils sautent les obstacles avec une grâce étonnante.

Nina Ichka n’y voit que du danger. Elle range sa serpe et attrape son fusil. Ils sont trop nombreux pour qu’elle puisse les attaquer avec un espoir de victoire – à moins vraiment qu’ils ne se méfient pas du tout et soient incapables de se battre…

Un coup d’œil prudent lui apprend que les motards portent tous un fusil ou des chaînes qu’ils font tournoyer autour d’eux. Leurs engins sont maculés de sang et de morceaux de zombis putréfiés. Dangereux. Autant se faire discrète et les esquiver. Elle peut aussi tenter d’abattre le dernier et de lui prendre sa moto. Mais non, sa main serait un trop grand handicap pour conduire.

Elle les aurait laissé partir s’ils n’avaient pas commis l’erreur de l’apercevoir et de fondre sur elle comme une meute de loups. Du coup la prudence n’est plus de mise et elle commence à les abattre le plus vite possible. Pas assez vite. Elle esquive de justesse une chaîne, roule sur elle-même, parviens à ajuster un autre motard. Les survivants la cernent. Le 4x4 boucle le cercle. Deux femmes surarmées en sortent. Parmi les motards, seules deux autres sont des femmes. Tous ces gens n’ont pas beaucoup de points communs, certains sont coiffés et tatoués à la manière des punks, d’autres ont l’air échevelé de cadres partis faire la tournée des bars à la sortie du bureau, l’un d’eux a une allure militaire sous son survêtement tâché de sang. Ils ont tous moins de vingt-cinq ans. 

Une fois certains de tenir leur proie, les motards ne se donnent pas la peine d’attaquer immédiatement. L’un d’eux l’apostrophe :

« Dis donc la vieille, t’as un joli coup de fusil. Fait voir ton arme ?

Le ton est presque aimable, le contexte suffit amplement à constituer une menace. Nina Ichka ne répond pas, se contentant de braquer son terrible regard dans les yeux du type qui parait légèrement désarçonné. Puis, craignant de perdre la face devant les chiens sauvages qui l’accompagne, il aboi :

_ File ton arme !

Le fusil est vide et ils sont trop nombreux pour qu’elle s’échappe. Jurant de tuer cet homme à la première occasion, Nina Ichka obéit.

_ Bien, approuve-t-il avec un sourire mauvais. Tu nous as dégommé un paquet de gars. Va falloir les remplacer. Qu’est-ce que tu sais faire ? Si tu ne sais rien faire, on va devoir trouver pour toi…

Nina Ichka promène lentement son regard sur les autres motards et les jauge soigneusement. Ce qu’elle voit lui plait. Non, elle n’aime pas ces ignobles déchets humains plus qu’elle n’aime les autres, mais eux obéissent à des lois qu’elle est capable de comprendre. La loi du plus fort. Elle sourit.

_ Tuer des gens, répond-elle calmement, je sais très bien le faire.

L’homme qui l’interrogeait n’a pas le temps de comprendre cette réponse avant de mourir égorgé par la serpe.

Elle regarde les autres, l’arme toujours à la main mais la lame vers le bas, offrant tout ce qu’elle peut rassembler d’expression ressemblant à de la bonne volonté.

_ Alors, pas de boulot pour moi ?

La conductrice du 4x4 émet un petit sifflement admiratif. Les autres regardent Nina Ichka avec un mélange de peur et d’admiration qui lui est familier, mêlé à un autre sentiment qu’elle ne se rappelle pas avoir déjà croisé. Au bout d’un moment elle parvient à mettre le doigt dessus. Du respect. Ils peuvent encore la mettre en miette mais savent qu’individuellement elle se bat mieux qu’eux, et ça leur plait.

_ Sans doute que si, répond un motard. Monte. »

 

 

Par Luma
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